En conférence de presse mardi, François Legault a déclaré que le Québec est « l’un des endroits au monde qui a fait le plus de tests diagnostiques » pour la COVID-19. A-t-il raison ?

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Les sceptiques n’ont pas tardé à répliquer. Philippe J. Fournier, professeur de physique au cégep de Saint-Laurent et fondateur du site de statistiques politiques Canada338/Québec125, a noté sur Twitter que le Québec arrive au quatrième rang des provinces canadiennes pour ce qui est du nombre de tests par tranche de 1000 habitants.

En réponse à M. Fournier, Stéphane Gobeil, conseiller spécial au bureau du premier ministre, a diffusé sur Twitter un tableau du nombre de tests par 100 000 habitants dans différents pays et régions. M. Gobeil affirme que c’est sur ce tableau que se basait Horacio Arruda, directeur national de santé publique, quand il a parlé de la même question, lundi. Le Québec arrive loin derrière l’Islande et la Norvège, mais au deuxième rang des provinces canadiennes. Seul l’État de New York, parmi les États américains, dépasse le Québec.

En se basant sur le total des cas confirmés, des tests en attente de résultat et des analyses négatives au Québec, soit 73 141, La Presse peut confirmer que parmi les cinq provinces les plus populeuses, le Québec n’est surpassé que par la Colombie-Britannique, qui a fait 11 tests par 1000 habitants, contre 8,6 pour le Québec. La Saskatchewan et l’Alberta (qui ne donne des résultats qu’au 30 mars contrairement aux autres provinces) suivent de près. L’Ontario est loin derrière, avec 3,5 tests par 1000 habitants.

Les États-Unis sont au même niveau que l’Ontario, alors que l’Italie et la Corée du Sud, en date du 30 mars, sont juste sous la barre des 8 tests par 1000 habitants, selon FindDx, une ONG vouée à la lutte contre les inégalités diagnostiques entre pays riches et pauvres. Les données pour la France, 1,5 test par 1000 habitants, datent du 24 mars, mais même en tenant pour acquis que, depuis, le gouvernement français fait 9000 tests par jour, comme il l’a affirmé lundi, on n’arrive qu’à 2,5 tests par 1000 habitants pour l’Hexagone.

Les maladies et les morts

En conférence de presse mardi, François Legault a déclaré que « si on compare nos résultats avec les États-Unis, avec l’Europe, nous avons de meilleurs résultats ». Est-il exact que le Québec est en meilleure posture que l’Italie, la France, l’Espagne ou les États-Unis quand ces pays avaient un nombre de cas comparable au nôtre ?

Commençons par l’Italie. Le Québec vient de passer de 3430 à 4162 cas, avec 31 morts et 286 patients hospitalisés, dont 82 aux soins intensifs. Le 6 mars en Italie, le nombre total de cas confirmés passait de 3858 à 4636. Mais le bilan était alors six fois plus lourd que celui du Québec actuellement : 197 morts, 2394 personnes hospitalisées, dont 462 aux soins intensifs.

La France avait aussi plus de morts (une centaine) quand elle a dépassé les 4500 cas, le 15 mars ; en Espagne, le 13 mars, il y avait 4200 cas et 120 morts.

Les États-Unis ont dépassé le bilan actuel du Québec le 16 mars, avec 4226 cas, mais avaient un bilan plus proche de celui du Québec que de ceux de ces trois pays européens, avec 44 morts et 508 hospitalisations, dont 121 aux soins intensifs. Mais encore une fois, le bilan québécois est moins lourd.

Ces comparaisons doivent être tempérées par une distribution géographique des cas un peu différente pour l’Italie et les États-Unis. La patrie de Dante avait, au début de mars, des cas presque seulement dans le nord du pays, qui est plus densément peuplé que le centre et le sud, mais avec une différence moins grande que ce qu’on voit au Québec, où la grande région montréalaise est la plus touchée par la pandémie. Aux États-Unis, des centres de population importants n’étaient pas encore touchés à la mi-mars.

Aussi, le taux de tests au Québec actuellement est plus élevé qu’il ne l’était dans ces quatre pays dans la première moitié de mars, ce qui peut affecter la comparaison.