Avec la pénurie de masques N95, les dentistes du Québec craignent que des cliniques mal équipées ou mal ventilées deviennent des foyers de contamination de la COVID-19 une fois les patients de retour. Selon les projections gouvernementales, les cliniques dentaires privées pourraient rouvrir leurs portes le 1er mai. Une date qui arrive avec de très grands risques pour la santé, dénoncent des dentistes inquiets.

Sara Champagne Sara Champagne
La Presse

Sur les réseaux sociaux, les dentistes sont nombreux à sortir de l’ombre pour réclamer la création d’un réseau de cliniques privées désignées dans l’ensemble de la province. Ils en sont même à préparer leur propre liste de cliniques.

« On fait quoi avec les patients asymptomatiques ? Nos salles ne sont pas ventilées adéquatement. » Ou encore, « on a des directives qui changent tous les jours ». Ce sont des craintes qui reviennent souvent dans les fils de discussions.

La Dre Marie-Claude Whittom, dentiste à Laval, en est réduite à offrir de la télédentisterie depuis l’ordre de fermeture de toutes les cliniques, à la mi-mars. La crainte, explique-t-elle, ce sont les particules projetées dans l’air, ce qu’on appelle les aérosols, créées lors de l’utilisation d’une turbine ou d’autres instruments dentaires.

« Le même phénomène va se reproduire si on utilise un jet d’eau ou d’air lors d’une intervention. Il ne me reste que trois boîtes de masques N95, et ce sont des restes d’équipement de protection du SRAS [syndrome respiratoire aigu sévère] de 2003. Nous ne sommes pas équipés pour recevoir les patients, sans compter la ventilation de nos salles qui peut représenter un risque. Nous ne pratiquons pas dans les mêmes conditions qu’un hôpital », rappelle-t-elle.

Rien en périphérie

À l’heure actuelle, quand le dentiste « soupçonne » qu’un patient pourrait être porteur de la COVID-19, et qu’il s’agit d’une urgence, il est dirigé vers des hôpitaux de Montréal, Québec ou Chicoutimi. Mais il n’y a pas de ressources dentaires publiques désignées pour le coronavirus en périphérie ou en région.

À l’Ordre des dentistes du Québec, la direction affirme que des annonces auront lieu prochainement. Qu’il y aura de nouvelles directives, de nouveaux critères. Les façons de pratiquer vont changer dans le domaine dentaire, assure le Dr Guy Lafrance, nouveau président de l’Ordre.

« On est à l’étape de dresser une liste de cliniques privées désignées », a-t-il assuré lors d’un entretien avec La Presse.

Des masques bientôt

« En ce moment, les masques sont limités et réservés aux hôpitaux, aux soins médicaux, mais ça va changer. Des masques vont arriver bientôt. On a des normes très élevées, mais un comité est en train de revoir les procédures. Les méthodes vont changer avec cette pandémie, tout comme les habitudes des gens », ajoute le Dr Guy Lafrance.

En attendant, la Dre Katy Tiernan, chirurgienne dentiste propriétaire à Laval, explique qu’elle n’a que des gants, qu’elle n’a accès qu’à de simples masques chirurgicaux et à des lunettes pour intervenir dans la bouche.

« On peut utiliser un scalpel pour crever un abcès, mais je suis limitée dans mon intervention. Ce n’est pas évident avec les risques de contamination asymptomatique. J’ai passé des heures au téléphone avec une dame de 85 ans qui n’avait pas internet pour essayer de comprendre ce dont elle souffre. Il n’y a pas de code d’acte pour ça. »