Un diagnostic de COVID-19 peut-être stressant pour la personne atteinte, mais aussi pour sa famille. Voici trois cas de familles qui ont affronté le virus.

Émilie Bilodeau Émilie Bilodeau
La Presse

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

« Vous allez tous avoir la COVID-19 »

Pour le petit Samuel, tout a commencé par une toux sèche et persistante. « Quand la médecin m’a appelée pour me donner le résultat, ç’a été un choc. Je me suis assise et je me suis dit : ça y est, ça arrive chez nous », raconte Odile Morin, mère du garçon de 9 ans.

L’enfant a manifesté les premiers symptômes de la COVID-19 quelques jours après la semaine de relâche. Sa famille a voyagé dans un tout-inclus à Cuba pendant le congé scolaire.

« Dans la nuit du 17 au 18 mars, Samuel n’a pas dormi. Il n’a fait que tousser en boucle. Tousser, tousser, tousser. On a essayé toutes les recettes de grand-mère, le miel, les tranches d’oignon sous l’oreiller, de l’eau. Le lendemain, il était épuisé », raconte celle qui est enseignante au primaire.

Quand la médecin de l’hôpital Sainte-Justine a appelé pour donner le résultat du test de dépistage de Samuel, elle a dit : « Le mal est fait chez vous. Il faut que vous viviez avec le fait que vous allez tous avoir la COVID-19 », raconte Mme Morin.

Tour à tour, tous les membres de la famille montréalaise ont développé des symptômes. Mme Morin s’est mise à souffrir de problèmes gastriques et de maux de gorge. Blanche, 4 ans, a eu la diarrhée. Louis, le père des enfants, a eu des douleurs articulaires et des maux de gorge.

« J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de personnes qui sont insouciantes, qui ne se sentent pas concernées. Quand ça touche ta famille, ce n’est plus drôle. Ici, on le vit pour vrai. On n’est plus en mode protection ; on doit guérir », souligne Mme Morin.

Samuel a repris juste assez de forces pour célébrer son neuvième anniversaire, lundi dernier. Pour l’occasion, le garçon a reçu une vidéo de quelque 25 personnes lui offrant des vœux d’anniversaire et une bonne dose de réconfort afin de passer au travers du coronavirus.

« C’était foudroyant »

Marie-Noëlle Théorêt, ses deux enfants et son copain sont allés dans une croisière qui partait de Miami durant la semaine de relâche. « J’étais nerveuse d’y aller, mais notre voyage n’était pas remboursable et ils nous ont assuré que toutes les précautions seraient prises. »

À bord, il y avait du désinfectant à mains partout. Mais sept jours après son retour au Québec, Mme Théorêt a manifesté des symptômes.

PHOTO FOURNIE PAR MARIE-NOËLLE THÉORÊT

Marie-Noëlle Théorêt a contracté le nouveau coronavirus à bord d’une croisière qui partait de Miami durant la semaine de relâche. 

« C’était foudroyant. J’avais des douleurs musculaires, une hypersensibilité de la peau : mon linge me faisait mal. Quand je toussais, c’était une sensation de déchirure. C’était intense. » Un test lui a confirmé qu’elle était infectée à la COVID-19. « Tu ne peux même pas dormir parce que tousser fait trop mal. Tu t’épuises et tu ne reprends pas de forces. Je ne me suis jamais sentie comme ça de ma vie. Je me forçais à manger, et j’ai aussi perdu le goût et l’odorat. » Sa maladie a duré deux semaines – elle commence à peine à s’en remettre, et attend un appel du médecin avant de pouvoir sortir de chez elle.

Mme Théorêt est heureuse de savoir qu’elle n’a pas transmis le virus à ses enfants ni à leur père, qui les garde depuis le début de sa maladie – tandis que son copain, qui n’habite pas avec elle, l’a lui aussi attrapée.

« Au début, je parlais à mes enfants chaque jour au téléphone. Depuis la semaine dernière, nous faisons plein de choses sur FaceTime. Je leur fais la classe, nous faisons des dessins, nous avons même fait des recettes. On se débrouille comme on peut. »

Quelles leçons a-t-elle tirées de tout cela ? « Il faut respecter les consignes d’isolement, même si c’est difficile. Ne sortez pas si ce n’est pas essentiel. Ce virus peut vous rentrer dedans. »

Une maladie vicieuse

Cédric a quitté le Québec le 10 mars avec une bande de copains pour aller fêter un anniversaire à Saint-Martin, dans les Antilles. Il est revenu huit jours plus tard avec la COVID-19 et l’a transmise sans le savoir à sa conjointe et peut-être aussi à ses trois jeunes enfants.

« C’est une maladie vicieuse et hypocrite », dit-il.

Tout avait pourtant bien commencé. Les neuf amis avaient planifié ce voyage de longue date. « Il n’y avait pas de stress au sujet de la COVID-19 quand on est partis. C’est 48 heures plus tard que tout a déboulé. »

Cédric est le seul de son groupe d’amis à avoir eu un résultat positif au test de dépistage de la COVID-19, subi le 26 mars. À son retour, il a éprouvé quelques symptômes, mais rien de grave : légers frissons et mal de tête.

En quarantaine, chez lui, il a dormi seul au sous-sol pour protéger sa conjointe et ses enfants. « J’ai mis un masque et des gants, et je me suis lavé les mains aux 15 minutes, dit-il. Je prenais aussi trois, quatre douches par jour et je changeais de vêtements. »

Cela n’a pas empêché sa conjointe Marie-Christine de tomber malade, cinq jours plus tard, et d’être déclarée positive au coronavirus, dimanche. Au lit depuis sept jours, elle s’est rarement sentie aussi malade. « C’est plus qu’une grosse grippe », explique Cédric.

Les trois enfants du couple, âgés de 8 mois, 6 ans et 8 ans, ont aussi subi le test le 26 mars, mais les résultats se font attendre. Ils ont eu un peu mal à la tête et à la gorge, sans plus. « Leur état général est quand même bien », dit leur père.

Depuis samedi, une infirmière téléphone tous les jours pour s’informer de leur état de santé. « Il faut faire très attention », insiste Cédric.