Ce qui semblait être une décision simple a pris les allures d’un véritable débat de société. Les points de vue sur la fermeture des épiceries et des supermarchés le dimanche se multiplient et suscitent un véritable tollé.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Réglons d’abord le cas du fameux « dans le temps où les supermarchés étaient fermés le dimanche ». Il faut savoir qu’il y a près de 30 ans, l’embauche et les horaires étaient faits en fonction de six jours de travail, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Je suis donc sensible aux préoccupations des propriétaires de supermarchés qui se demandent comment ils devront composer avec les centaines d’heures de travail normalement distribuées. Certains songent à profiter de cette journée pour garnir les tablettes et désinfecter le magasin.

Il y a aussi la forte affluence de clients que l’on craint maintenant le samedi. Un ami qui travaille pour une importante chaîne disait que toutes ses journées ressemblent maintenant à un « 23 décembre ». Imaginez ce qui va se passer à compter du week-end prochain.

Les employés des épiceries, des fruiteries et des supermarchés ont la langue à terre. Le livreur de mon quartier effectue jusqu’à 60 livraisons à domicile par jour. Je l’ai croisé l’autre jour. Il était en sueur.

Est-ce que ce jour de repos sera bénéfique ? Est-ce que les objectifs sanitaires porteront leurs fruits ? Rien n’est moins sûr. Un post-mortem après le premier week-end est souhaitable.

Une dictée devant la télé

Je ne comprends pas que pour assurer un suivi des programmes scolaires au primaire, personne ne pense à s’emparer du temps d’antenne de Télé-Québec pour offrir chaque jour des classes d’une heure en divisant les niveaux en trois groupes (1er et 2e, 3e et 4e, 5e et 6e).

Vous imaginez un peu, on prend des enseignants qui sont de bons communicateurs, on les met devant un tableau, on leur accole un collaborateur jeune et dynamique qui intervient de temps en temps avec des questions soumises par les élèves via le web ou au téléphone et le tour est joué.

Le lendemain, on précède à la correction et à la révision. Il me semble que ça serait tellement facile à mettre sur pied. Pas besoin de décor ou de fla-fla. Tu fais cela en direct le matin à la télé et tu offres ensuite la webdiffusion aux autres.

Au ministère de l’Éducation, on m’a dit hier que des solutions seront bientôt annoncées. Pour le moment, il règne un flou certain sur la manière d’assurer le suivi pédagogique. Personne ne semble marcher dans la même direction.

Le regard des autres

D’autres que moi ont aussi fait cette observation : les gens n’osent plus se regarder dans les yeux lorsqu’ils se croisent dans la rue. Il est normal de respecter une distance raisonnable lorsqu’on rencontre quelqu’un, mais j’ai remarqué que plusieurs détournent le regard.

C’est sans doute un réflexe instinctif auquel certains ont recours pour se protéger. Mais au contraire, il faut se regarder dans les yeux. Et se saluer. C’est du tonique par les temps qui courent.

Humour douteux

Il y a beaucoup d’humour suave sur les réseaux sociaux inspiré de la COVID-19. Je pense à cette image où l’on voit un chat qui quitte la maison par la petite trappe de la porte d’entrée et qui dit à sa maîtresse assise dans son fauteuil : « Je sors ! As-tu besoin de quelque chose ? ».

Mais certaines personnes sont tentées de profiter de cette période difficile pour s’attaquer à des personnalités publiques ou médiatiques en souhaitant qu’elles contractent la COVID-19. C’est du plus mauvais goût. Et « liker » ces mauvaises blagues n’est guère plus brillant.

Nous viendrait-il à l’esprit de souhaiter à quelqu’un qu’il contracte le VIH ou qu’il ait le cancer ?

Je sais que la consommation d’alcool a monté de plusieurs crans au cours des dernières semaines. Mais avant de publier une niaiserie sur les réseaux sociaux vers 22h après trois verres de vin, vaut mieux attendre au lendemain matin, après son café.

Trump et ses cotes d’écoute

Donald Trump ajoute à son impressionnant palmarès de bêtises celle de publier les cotes d’écoute de ses conférences de presse. En effet, le président à l’ego surdimensionné se vante sur Twitter d’attirer un nombre important de téléspectateurs lors de ses allocutions télévisées.

Celui qui est à la tête d’un pays de 330 millions d’habitants s’imagine qu’il trône encore dans l’émission The Apprentice alors que ses citoyens traversent une crise sans précédent.

Quoi dire sinon qu’il faut avoir une pensée pour le peuple américain.

Ces évangélistes dangereux

Parlant des États-Unis, certains évangélistes américains commettent beaucoup d’âneries depuis le début de la pandémie. Kenneth Copeland, celui qui me fait plus peur que Jack Nicholson dans The Shining, y est allé d’une demande absolument renversante auprès des membres de son église.

Le millionnaire de 83 ans (sa fortune est évaluée à 760 millions) a récemment rappelé à ses ouailles (qu’il guérit en leur faisant mettre les mains sur le téléviseur) de ne pas oublier de verser leur dîme, même s’ils sont présentement sans travail.

« Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtement de brebis, mais au-dedans ce sont des loups ravisseurs. » Qui a dit cela encore ?

Confinement et rapprochement

Lundi matin, je rentrais de ma marche quotidienne lorsque j’ai aperçu un père et son fils d’environ 8 ans. Ils revenaient visiblement du parc La Fontaine. Ils marchaient tous les deux avec une branche d’arbre dans la main. Et ils discutaient.

Le temps était suspendu.

Normalement, le lundi matin, papa est au travail et fiston à l’école. Mais là, confinement oblige, ils vivaient un moment qui restera, j’en suis persuadé, ancré dans leurs plus beaux souvenirs.

Nous sommes plusieurs en ce moment à collectionner ces moments. Cette crise nous laissera au moins cela de beau en héritage.