Toute la guerre contre la COVID-19 se résume en une équation mathématique très simple. Elle porte une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise : cette équation montre que nous n’avons, pour l’instant, qu’un seul réel levier pour agir. La bonne : les maths indiquent que si chacun d’entre nous réduit son nombre de contacts à risque avec les autres par un facteur de quatre, nous allons gagner.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

R0

Les épidémiologistes l’appellent le « R0 » – le nombre de reproduction élémentaire du virus. En simple, il s’agit du nombre de gens qu’une personne infectée contamine. Pour la COVID-19, le R0 varie selon les régions et les situations, mais il se situe autour de 3. « On peut quand même s’estimer heureux : le R0 de la rougeole est de 16 », souligne Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. Le nerf de la guerre est d’abaisser la valeur du R0 sous la barre de 1. Si chaque personne atteinte infecte moins d’une personne en moyenne, ça veut dire que l’épidémie décroît et finira par s’estomper.

Risque de contracter la COVID-19 lors d’un contact avec une personne infectée

Les gens qui portent des masques à l’épicerie ou dans le métro tentent d’agir sur cette variable. Le réflexe est louable, mais il y a un hic. Le premier problème : à moins d’être ajustés par des professionnels, les masques ne sont pas étanches et peuvent créer un faux sentiment de sécurité. Le deuxième est sans doute encore plus sérieux : leur utilisation à grande échelle entraînerait des pénuries qui mettraient en danger ceux qui en ont le plus besoin, soit les travailleurs de la santé.

Se laver les mains contribue à diminuer le risque d’infection. Mais si des gouttelettes infectées éjectées par une personne malade se trouvent dans votre environnement, vous pouvez les inhaler et devenir malade même si vous avez les mains parfaitement propres. En clair : le lavage des mains est une mesure essentielle. Mais elle ne peut, à elle seule, vaincre l’épidémie.

Il existe en fait une méthode extrêmement puissante pour réduire le risque d’être infecté au contact d’une personne malade : la vaccination. Avec un vaccin efficace, le R0 tombe pratiquement à zéro, et la bataille est gagnée.

Les plus optimistes espèrent qu’un vaccin contre la COVID-19 puisse être trouvé d’ici 9 à 12 mois. Notons qu’en abaissant la charge virale, les médicaments antiviraux peuvent aussi abaisser cette variable. Mais eux non plus ne sont pas encore disponibles. Pour l’instant, il faut donc un autre angle d’attaque pour abaisser le R0.

Nombre de contacts par jour

Si nous sommes tous confinés à la maison, privés de contacts humains et de sorties, c’est pour une raison bien simple : le nombre de contacts par jour est actuellement la seule variable sur laquelle nous pouvons agir pour abaisser le fameux R0. L’équation montre que ça peut fonctionner. Si nous réduisons tous le nombre de contacts à risque par deux (rencontres avec une personne à moins de deux mètres, contact avec des surfaces potentiellement contaminées), le R0 chute de moitié. Mais à 1,5, il sera encore trop élevé, et le virus continuera de se propager. Diviser les contacts par quatre, par contre, nous permet de gagner la bataille.

« Attention, c’est une moyenne. Ceux qui assurent les services essentiels ne peuvent pas diminuer leurs contacts, et il faut donc que les autres fassent encore plus d’efforts. Mais si, en moyenne, chaque Québécois qui voyait 12 contacts à risque avant l’épidémie les réduit à 3, oui, ça va freiner l’épidémie », dit Benoît Mâsse.

Nombre de jours pendant lesquels une personne est contagieuse

La période pendant laquelle une personne infectée par la COVID-19 est contagieuse fait encore l’objet de débats. Les scientifiques utilisent généralement la valeur de 14 jours, mais une étude publiée dans la prestigieuse revue The Lancet a montré que la période de contagion peut aller jusqu’à 37 jours.

Dans tous les cas, on a peu de contrôle sur cette variable. Seul un éventuel médicament antiviral permettrait de la réduire.