Est-on immunisé contre la COVID-19 après l’avoir eue ? Ou est-ce qu’une personne qui l’a attrapée est toujours à risque d’être infectée à nouveau après sa guérison ? Réponse courte : il est trop tôt pour le savoir. Mais les scientifiques ont quelques hypothèses.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

Prématuré de conclure

« C’est prématuré de dire que c’est possible ou non » d’être infecté à nouveau par la COVID-19 après en avoir guéri, explique le pharmacologiste Francis Beaudry, professeur agrégé à l’Université de Montréal et chercheur associé au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal. « On ne le sait pas », résume-t-il. Quelques cas de personnes qui auraient attrapé le nouveau coronavirus une seconde fois ont été rapportés en Asie, mais la validité des diagnostics est mise en doute dans le milieu scientifique. « On ne sait pas exactement comment les tests ont été réalisés, on parle beaucoup de “quick tests” [tests rapides] », qui ne sont pas suffisamment fiables, indique M. Beaudry. Seuls des tests validés permettront d’en avoir le cœur net. Avant de pouvoir conclure à une seconde infection, explique-t-il, « il faut que la personne en rémission ait eu deux tests consécutifs négatifs à trois jours d’intervalle ».

Immunité à déterminer

Il est cependant acquis que les gens infectés développent une immunité à la COVID-19, affirme Francis Beaudry. Aux États-Unis, l’administration fédérale de la santé a d’ailleurs autorisé mardi la transfusion de plasma sanguin à des fins de traitement expérimental pour les personnes infectées dont la vie est en danger. Celles-ci peuvent donc recevoir une transfusion de plasma d’une personne guérie, qui contient les anticorps permettant de combattre la maladie. « C’est le même principe que ce qu’on a fait pour Ebola et pour d’autres infections aussi, indique le professeur Beaudry. Ce n’est pas nouveau. » Il est cependant trop tôt pour penser utiliser ce traitement à grande échelle. « On n’a pas suffisamment de personnes qui ont récupéré de la maladie pour arriver à ce point-là, dit-il. Il faut un certain volume. » La durée de l’immunité développée par les patients guéris, elle, demeure inconnue.

Comparaison avec le SRAS

L’expérience de l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) de 2003 permet d’avoir une petite idée de l’immunité des personnes guéries. « Génétiquement, ils se ressemblent énormément, ces deux virus, ils sont de la même famille », explique Francis Beaudry. Une étude publiée en 2006 dans le Journal of Infectious Diseases (Journal des maladies infectieuses) avait démontré « une perte significative de l’immunité active chez les patients après 16 mois », ce qui signifie qu’ils « pourraient potentiellement être réinfectés », dit-il. Les patients conservent sans doute des anticorps, mais leur nombre n’est alors plus forcément suffisant pour éradiquer le coronavirus. « C’est comme si c’était des soldats, illustre le professeur Beaudry. S’il n’y a pas assez de soldats pour combattre la maladie, la maladie va prendre le dessus. » Si l’immunité des patients guéris de la COVID-19 devait être comparable, il s’agirait d’un « défi » pour la vaccination, ajoute-t-il, puisque l’effet du vaccin serait de relativement courte durée.

Expérience sur des macaques

Des signes encourageants ont émergé d’une expérience menée par l’Académie des sciences médicales de Pékin, rapportait mercredi l’hebdomadaire New Scientist. Quatre macaques rhésus ont été exposés au nouveau coronavirus. Une semaine plus tard, ils avaient tous des symptômes de la COVID-19 et présentaient une forte charge virale. Après deux semaines supplémentaires, ils étaient guéris et présentaient tous des anticorps dans leur sang. Les chercheurs ont alors tenté de réinfecter deux des macaques, sans succès, ce qui suggère qu’ils sont donc immunisés et qu’il est possible d’induire une immunité, rapporte la publication, qui prévient toutefois que rien n’indique que cette immunité soit de longue durée. D’ailleurs, d’autres virus de la famille des coronavirus engendrent une immunité de courte durée, ajoute-t-on. Francis Beaudry déplore qu’il n’y ait pas eu davantage de recherches après l’épidémie de SRAS. « On aurait dû apprendre de ça, dit-il, ce que nos gouvernements n’ont pas fait. »

Une grippe… sans écoulements

Avec 94 % de tests négatifs au Québec, on constate qu’il est très difficile de faire la différence entre un banal rhume, une grippe corsée et la COVID-19. Est-ce que des problèmes gastriques, un nez qui coule ou des maux de tête sont des signes annonciateurs ? Pas très souvent, peut-on conclure à la vue d’une des rares compilations des symptômes de la COVID-19 qu’une mission médicale commune de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de la Chine a effectuée du 16 au 24 février derniers. Première évidence : dans pratiquement 9 cas sur 10, c’est l’apparition de la fièvre qui est le symptôme le plus significatif de l’infection. À peine 3,7 % ont noté une diarrhée et seulement 4,8 % ont souffert de congestion nasale, le symptôme le plus courant d’un rhume. Une étude plus récente, menée en Chine sur 204 patients, a indiqué cependant que la moitié des personnes analysées avaient souffert de symptômes tels que la perte d’appétit (41 %) ou la diarrhée (14 %). L’écart avec l’étude de plus grande envergure de l’OMS est difficile à expliquer.

Légende

Et la perte d’odorat ?

Le symptôme qui semble être le grand absent de cette étude, c’est la perte ou la diminution de l’odorat et du goût. Des associations britanniques, françaises et américaines ont relevé depuis une semaine une fréquence particulièrement élevée, allant parfois jusqu’aux deux tiers des patients atteints. Au Québec, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux a publié un avis relevant ce phénomène, notant qu’il « serait généralement observé chez de jeunes patients ayant des formes “peu sévères” de la maladie liée à la COVID-19 ». Aucune étude scientifique n’est toutefois encore venue le confirmer, précise l’organisme relevant du gouvernement du Québec.

— Avec Karim Benessaieh, La Presse