Alors que les conservateurs pressent le gouvernement de rapatrier tous les Canadiens coincés à l’étranger, une jeune Québécoise toujours en Inde demande aux citoyens d’être plus indulgents envers eux.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Mathilde Lafortune est l’une des quelque 15 000 Canadiennes et Canadiens qui se trouvent en Inde, où le premier ministre, Narendra Modi, a ordonné mardi un confinement total de son pays pendant 21 jours.

Alors que tous les vols internationaux commerciaux sont interdits depuis dimanche dernier, le pays a continué de renforcer son cloisonnement en mettant en place des mesures encore plus draconiennes pour éviter que le virus se propage entre ses différents États. Ainsi, les vols intérieurs et l’immense réseau ferroviaire indien sont aussi à l’arrêt.

La jeune Québécoise de 23 ans est confinée à Rishikesh, située à environ six heures de Delhi, où elle est allée pratiquer le yoga.

Voyageant seule depuis octobre dernier, elle a la chance de partager une maison avec sept autres touristes. Sauf qu’il n’est pas possible pour eux de sortir de la demeure, même pas pour se ravitailler. « Le propriétaire nous aide en nous hébergeant, mais il nous a dit que, si nous sortions, nous ne pouvions plus rentrer », explique Mathilde Lafortune.

Des amis viennent donc leur déposer de la nourriture devant leur porte. « Je suis dépendante des gens à l’extérieur. C’est une situation difficile et ça pourrait devenir dangereux rapidement », dit la Québécoise, implorant le gouvernement de les rapatrier, elle et les autres Canadiens sur place.

De nombreux pays sont venus chercher leurs citoyens. Pourquoi pas le Canada ?

Mathilde Lafortune, Canadienne prise en Inde

« Je sais que les gens ne comprennent pas pourquoi nous ne sommes pas revenus au Canada quand c’était possible, mais j’aimerais leur dire que j’ai pris la meilleure décision pour ma sécurité », explique calmement Mathilde Lafortune. « Arrêtez de nous démoniser. »

Lorsque le gouvernement Trudeau a demandé aux Canadiens à l’étranger de revenir au pays, elle suivait la situation de près. « Je venais d’arriver à Rishikesh, et c’était déjà problématique. Ici, les gens croient que les touristes sont responsables de la propagation du virus, alors ça arrive qu’on se fasse crier des noms dans la rue », dit la Québécoise.

« Quand j’ai constaté que le nombre de vols diminuait, je devais prendre la décision de sortir de mon safe space [espace sécuritaire] pour me rendre à Delhi, où bien des hôtels n’acceptent plus de touristes », raconte la Québécoise.

Elle a eu peur de se retrouver à Delhi sans vol de retour et sans endroit pour dormir.

Jeudi soir, elle a créé une pétition demandant au gouvernement Trudeau de rapatrier les Canadiens en Inde. La mère de Mathilde Lafortune est la première à avoir écrit un commentaire sous la pétition : « Mon cœur de mère ne supporte pas de la savoir en danger et loin en cette période difficile », a écrit Martine Rivest. « Je n’arrive plus à contenir cette peur qui m’envahit », a-t-elle ajouté.