Après le Maroc, l’Espagne, plusieurs pays d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud, voilà que le gouvernement fédéral est interpellé par des Canadiens coincés en Inde. D’autres ressortissants attendent désespérément des vols nolisés pour quitter d’autres pays, dont les Philippines. À Cuba, les autorités ont expulsé les voyageurs des hôtels et maisons de location pour les regrouper en isolation dans la capitale.

Sara Champagne Sara Champagne
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Mélanie Marquis Mélanie Marquis
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Audrey Ruel-Manseau Audrey Ruel-Manseau
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« Nous sommes entassés l’un sur l’autre dans un hôtel de la Havane avec des ressortissants de l’Italie. Eux, ils attendent un vol. Pas nous. Et on n’a pas le droit de sortir, on n’a aucune information du gouvernement canadien », a raconté Robert Nault, un retraité de 70 ans, qui séjournait depuis le 7 février dernier dans une maison située dans un secteur reculé de Cuba.

En Inde, second pays le plus densément peuplé de la planète, une quarantaine obligatoire de 21 jours est imposée à ses 1,3 milliard d’habitants. Les autorités policières n’hésitent plus à sortir le bâton pour punir les contrevenants.

L’instabilité devient difficile à gérer pour les Canadiens qui sont pris sur place, a expliqué Lambert Desrosiers-Gaudette. Le résidant de Saint-Lambert de 28 ans a passé les dernières journées à échouer dans ses multiples tentatives pour quitter New Delhi. Les vols sont tour à tour annulés.

« Plusieurs Indiens ont fait une association voyageurs-coronavirus », a-t-il relaté dans un courriel envoyé à ses proches, que sa sœur Joëlle Desrosiers a partagé avec La Presse.

« Le propriétaire de mon auberge, se disant surveillé par la police, nous a expulsés, moi et quelques autres voyageurs occidentaux […] All is good, mais ça reste étrange de se sentir persona non grata dans un pays dont on ne peut pas sortir », a-t-il précisé.

Pas encore de vol prévu

Chez Affaires mondiales, on signale à La Presse qu’il y avait 15 225 citoyens canadiens officiellement inscrits au registre de l’ambassade à New Delhi en date du 22 mars. Ce nombre peut cependant inclure des gens résidant en Inde ne voulant pas forcément rentrer au Canada.

Jeudi après-midi, aucun vol à destination de l’Inde n’avait été nolisé. « On est en train de travailler là-dessus. On n’a pas oublié l’Inde », a fait valoir une porte-parole du ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne.

Le diplomate en chef du Canada a assuré mercredi sur Twitter qu’il travaillait en étroite collaboration avec le haut-commissaire d’Ottawa en Inde, Nadir Patel, afin de « faciliter les vols dans une situation complexe », précisant « que le confinement rend les déplacements difficiles pour les voyageurs canadiens bloqués en Inde qui souhaitent rentrer chez eux ».

Coincés sur un bateau

Au large du Chili, les passagers du Celebrity Eclipse comptant plusieurs Canadiens à son bord attendent toujours d’être rapatriés. Karine Marchand, dont le père et sa conjointe sont sur le navire de croisière, a fait suivre à La Presse une note transmise par le capitaine Leonardos Palaiokrassas.

PHOTO BRIAN BURNELL, WIKIPÉDIA

Le Celebrity Eclipse

Selon le haut officier, le Celebrity Eclipse sera autorisé à accoster le 30 mars dans le port de San Diego, en Californie. À partir de ce port, les passagers seront reconduits directement à l’aéroport international de San Diego, où des billets d’avion seront remis.

« On se demande quels sont les arrangements pour revenir au Canada. On le sait, la Californie est un foyer de contamination aux États-Unis. Est-ce que mon père sera en sécurité ? Est-ce qu’il ira en quarantaine, à Trenton, en Ontario ? Nous n’avons pas de réponse du gouvernement fédéral », s’inquiète Mme Marchand.

« Nous sommes au courant de rapports selon lesquels de nombreux navires de croisière ont des difficultés à trouver un endroit pour accoster, et nous surveillons activement la situation », a laissé savoir Affaires mondiales Canada, jeudi soir.

Par ailleurs, 280 Canadiens se trouvent à bord du navire de croisière MS Maasdam. L'embarcation doit accoster à San Diego et le débarquement aura lieu vendredi et samedi. Affaires mondiales Canada confirme que la plupart des passagers pourront immédiatement repartir par avion à destination du Canada et qu'il n'y a pas de cas de COVID confirmés à bord.

Aux Philippines et ailleurs dans le monde

Pendant ce temps, Ginette Laporte s’inquiète pour sa fille Amélie Ouellette et son copain Sébastien Cholette coincés dans une maison en location de l’île de Siargao, dans la mer des Philippines.

« Leur santé est bonne. Mais, ils n’ont pas de nouvelles de l’ambassade sur les lieux. Ils sont inquiets. Ils se demandent si le Canada est au courant de leur situation, s’ils vont pouvoir revenir. Nous n’arrivons pas à obtenir des réponses », a déploré Mme Laporte.

Au Pérou, où plusieurs centaines de Canadiens sont pris, le président a annoncé jeudi que l’état d’urgence est prolongé d’au moins 13 jours, jusqu’au 12 avril. Un deuxième vol d'Air Canada a quitté le Pérou jeudi avec 400 Canadiens à bord. Un troisième vol est prévu pour vendredi.

« Nous remercions les autorités locales du Pérou d'avoir travaillé avec nous à la coordination du transport par avion et par bus afin d'aider les Canadiens à se rendre à Lima pour rejoindre leur vol », a déclaré Affaires mondiales Canada.

Jeudi, 365 Canadiens sont aussi rentrés d'Espagne et 107 du Panama. Au total, trois vols en provenance du Maroc ont ramené environ 1 300 citoyens et résidents permanents canadiens, dont 432, mercredi. Le deuxième des trois vols en provenance de l'Équateur est prévu vendredi.

Le gouvernement fédéral assure que des vols du Salvador, du Guatemala, du Honduras, et de la Tunisie sont en cours de planification.

Au moins 419 000 Canadiens se trouvent ailleurs dans le monde, selon les inscriptions volontaires du formulaire fédéral de Canadiens à l'étranger. Tous ne veulent pas nécessairement rentrer au pays. Or, ceux qui ont besoin d'aide consulaire d'urgence, où qu'ils soient, peuvent téléphoner au Centre de surveillance et d'intervention d'urgence 24/7 au +1 613-996-8885 (les appels à frais virés sont acceptés dans la mesure du possible), ou envoyer un courriel à sos@international.gc.ca. Le personnel du centre a répondu à 2 477 appels et 4 619 courriels de Canadiens, durant la seule journée de mercredi.