Une aire de quarantaine sera aménagée dans les 17 prisons québécoises, pour recevoir les nouveaux prévenus et détenus qui arriveront, et ainsi réduire les risques de contamination à la COVID-19 derrière les murs, a appris La Presse.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Toutes les personnes nouvellement incarcérées qui arriveront à la prison devront y rester 24 heures sur 24, durant 14 jours, même si elles ne présentent aucun symptôme et répondent avec succès au questionnaire de triage. En revanche, tous les nouveaux qui présenteront des symptômes ou reviendront de voyage seront immédiatement placés en isolement préventif.

Il faudra que chaque prison fasse de la place pour accueillir cette nouvelle aire qui ne sera pas nécessairement aménagée dans le secteur d’admission de chaque établissement carcéral. Pour faire de la place, des détenus seront transférés dans d’autres prisons, mais les autorités s’assureront que ceux-ci se trouvaient dans leur établissement depuis au moins 14 jours et ne présentent aucun symptôme.

Le va-et-vient des employés, dont l’entrée de nouveaux détenus dans les prisons, est l’une des principales craintes des détenus et prévenus, des membres de leur famille, et des agents correctionnels.

L’arrivée de nouveaux détenus dans des ailes de certaines prisons avaient causé certaines tensions ces derniers jours, notamment à l’Établissement de détention de Montréal (Bordeaux) car les plus anciens pensionnaires ne voulaient pas les accueillir.

Le président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec, Mathieu Lavoie, croit que cette mesure devrait contribuer à diminuer ces tensions.

« Nous sommes parfaitement d’accord avec cette mesure, que ce soit nous ou le ministère de la Sécurité publique. Elle est nécessaire pour prévenir la propagation de la maladie dans les prisons et protéger la santé des agents correctionnels et de la population carcérale », affirme M. Lavoie.

D’autres mesures à venir ?

En plus de cette mesure, les audiences devant les commissaires de la Commission québécoise des libérations conditionnelles se feront par visioconférence et les avocats en droits carcéraux ont été invités à communiquer avec leurs clients par téléphone.

Des avocats en droit carcéral et la Ligue des droits et libertés ont demandé récemment la libération de certaines catégories de détenus, et l’envoi, à la maison, sous surveillance, de condamnés qui finissent de purger leur peine en maison de transition, mais pour le moment, aucune mesure en ce sens n’a encore été prise.

M. Lavoie continue de marteler que les agentes correctionnelles qui sont également des infirmières devraient être formées et outillées pour effectuer des tests de dépistage de la COVID-19. « Le ministère de la Sécurité publique est aussi d’accord, mais la Santé publique fait la sourde oreille, c’est aberrant », affirme M. Lavoie.

Dans les prisons québécoises, les détenus n’ont plus accès au gymnase. Ils demeurent dans leur cellule 22 heures sur 24, n’ont plus d’activités communautaires et ne reçoivent plus de visite, en raison de la COVID-19.

Par contre, M. Lavoie n’entend pas parler de fortes tensions comme celles qui ont mené à des émeutes dans des prisons en Italie. « Les détenus regardent et écoutent les nouvelles. Ils voient tout ce qu’il se passe à l’extérieur. Ils comprennent, ce ne sont pas des fous », affirme le chef syndicat.

À 14 h jeudi, toujours aucun détenu provincial n’avait été déclaré infecté par la COVID-19. Par contre, certains ont été placés en isolement préventif, car ils revenaient de voyage au moment de leur incarcération, ou présentaient des symptômes.

Un agent fédéral contaminé

On ne déplorait non plus aucun agent correctionnel provincial contaminé. En revanche, on a appris aujourd’hui qu’un agent correctionnel fédéral du pénitencier de Port-Cartier a contracté la maladie et a été renvoyé chez lui, en isolement, comme quelques autres de ses collègues de travail, ces derniers par mesure de prévention.

« Il ne fait pas partie de notre syndicat, mais ce sont quand même des collègues de travail. C’est navrant et cela démontre l’importance de prendre les bonnes mesures et d’avoir les bons outils pour lutter contre la COVID-19 dans les prisons. On sent que cela se rapproche », affirme Mathieu Lavoie.

« Notre syndicat a été informé qu’un agent correctionnel de l’établissement Port-Cartier a été diagnostiqué porteur du coronavirus. Immédiatement, les mesures nécessaires ont été déployées par Service correctionnel Canada afin d’éviter la propagation du virus à l’intérieur des murs. Notre syndicat entend suivre la situation de très près afin que ses membres soient protégés, aient accès au matériel nécessaire et que les directives des autorités de la santé publique soient respectées. Notre priorité absolue est la santé et la sécurité de nos membres », a écrit à La Presse une porte-parole du Syndicat des agents correctionnels du Canada, affilié à la CSN.

De son côté, une porte-parole de Service correctionnel Canada a expliqué qu’après la découverte de la contamination de l’agent, l’isolement cellulaire a été imposé dans le pénitencier de Port-Cartier et des mesures ont été prises pour nettoyer les lieux.

Elle a également ajouté qu’à l’heure actuelle, il n’y a aucun cas confirmé de détenu ayant contracté la COVID-19 dans les pénitenciers au Québec et dans le reste du Canada.

Les visites de détenus, permissions de sortie — sauf celles jugées nécessaires pour des raisons médicales —, placements à l’extérieur et transfèrements interrégionaux et internationaux des détenus ont été suspendus dans et entre les pénitenciers fédéraux depuis le début de la crise de la COVID-19.

Pour joindre Daniel Renaud, composez-le (514) 285-7000, poste 4918, écrivez à
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