Le virus en lui-même suscite de nombreuses questions. Par ailleurs, vous voulez vous assurer d’adopter les bons comportements tout en essayant de vous adapter à votre quotidien chamboulé. D’une part, Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec, répond à vos interrogations d’ordre scientifique. D’autre part, nous répondons à vos questions d’ordre général.

Audrey Ruel-Manseau Audrey Ruel-Manseau
La Presse

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

On parle beaucoup de colchicine et de chloroquine. De quoi s’agit-il ? S’ils s’avèrent efficaces, ces médicaments pourront-ils être administrés à tous les malades ?

« On connaît bien ces médicaments. S’ils s’avèrent efficaces contre le coronavirus, il reste que ce sont des médicaments sous ordonnance, ils doivent être prescrits par un médecin. La colchicine a quelques effets secondaires, la chloroquine en a davantage. Il faudrait voir quel sous-groupe de patients pourrait en bénéficier », répond Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec.

Comment avancent les recherches sur un éventuel vaccin contre le coronavirus ? Une fois qu’il sera développé, qui en profitera en premier ?

« Il y a énormément de recherche en cours, dans le monde et au Québec. Si on est chanceux, on en a pour 8 à 12 mois avant d’obtenir un vaccin efficace, avance M. Quirion. Pour ce qui est de l’endroit où ce vaccin devra être administré en premier, cela dépendra des pays où la pandémie sera encore active. Le vaccin contre l’Ebola a été développé ici, mais la priorité de vaccination était en Afrique. Avec celui contre la COVID-19, on irait donc probablement, à ce moment, vers les pays où seront les besoins. On est quand même bien positionné au Québec parce qu’on a la capacité en recherche, en production de vaccin, puis en production commerciale de ces vaccins. »

Avec tous les médicaments sur le marché, quelles sont nos chances de trouver une substance efficace contre les complications de la COVID-19 ?

« On devrait être en mesure de trouver des médicaments existants qui auront aussi des effets bénéfiques contre la COVID-19, répond le scientifique en chef du Québec. Ces médicaments ne guériront pas la maladie, mais ils en diminueront les effets. C’est exceptionnel, ce qui se passe. Tout le monde travaille ensemble pour trouver des médicaments, partager des résultats de recherche. »

Peut-on s’infecter simplement en respirant l’air ambiant ?

« Dans l’air comme tel, le virus ne reste pas en suspension. Mais les gouttelettes émises lors d’un éternuement peuvent infecter une personne qui se trouve à proximité. En restant à une distance de deux mètres, il n’y a pas de problème. Par contre, le virus peut vivre pendant quelques heures à quelques jours sur des surfaces, dépendant de la matière. C’est pourquoi il est important de les nettoyer », conseille M. Quirion.

M. Legault indiquait il y a deux jours que dorénavant, dans les statistiques, les cas probables s’ajouteraient aux cas confirmés. Or, voilà que 48 heures plus tard, nous voyons une augmentation quand même considérable du nombre de cas positifs au Québec. Quelle est, selon vous, la part de cas probables versus de cas confirmés dans la déclaration actuelle de plus de 1000 cas au Québec ?

Les cas qui étaient avant considérés comme des cas probables sont maintenant considérés de facto comme des cas confirmés, puisque la quasi-totalité des cas probables devenait des cas confirmés. Voici l’explication officielle du ministère de la Santé à ce sujet : « Depuis le 22 mars, le MSSS a décidé que les cas testés positifs par les laboratoires de centres hospitaliers suprarégionaux sont confirmés. Ceux-ci n’ont plus à être transmis au Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ) pour confirmation. » Donc : « L’augmentation importante des cas confirmés s’explique par le fait que, le 22 mars 2020, les cas testés positifs par les laboratoires des centres hospitaliers sont maintenant considérés confirmés. Ils n’ont plus besoin d’une validation par le Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ). »

On demande aux gens de donner du sang. Doit-on être testé pour la COVID-19 avant de procéder ?

Non, mais Héma-Québec a mis en place des mesures supplémentaires dans ses centres de prélèvements, et le questionnaire d’admissibilité est plus détaillé. Sur son site internet, l’organisme indique que « le niveau de risque de la COVID-19 demeure faible en matière transfusionnelle. À ce jour, il n’y a aucune preuve que ce virus est transmissible par transfusion. La transmission par transfusion d’un virus respiratoire – incluant la COVID-19 – n’a en effet jamais été documentée ». Par contre, vous ne pouvez pas donner du sang si vous avez mal à la gorge, notamment. Il s’agit de l’une des restrictions habituelles.

Mon père a vendu sa maison dernièrement et devait déménager dans son condo au début du mois de mai. Les déménagements de ce printemps devront-ils être reportés selon une consigne claire pour tous ?

Pour l’instant, une telle consigne n’a pas été donnée par le gouvernement. Les déménagements sont maintenus, et même que les déménageurs sont inclus dans la liste des services essentiels. Concernant les visites, le premier ministre a demandé un effort collectif pour limiter autant que possible les visites d’ici au 13 avril. Par ailleurs, il a fait appel à la tolérance des propriétaires sur les délais de paiement au 1er avril, considérant que les premiers chèques du gouvernement fédéral vont arriver le 6 avril : « Je veux faire un appel aujourd’hui à tous les propriétaires d’être compréhensifs, d’être capables d’attendre quelques jours avant de recevoir le loyer du 1er avril. Ça ne veut pas dire que ceux qui sont capables de le payer ne doivent pas le payer, là, parce qu’il y a des propriétaires qui comptent là-dessus aussi pour avoir des revenus », a demandé François Legault.

Si je commande de la nourriture pour emporter, est-ce que je pourrais être infecté par le coronavirus si le cuisinier, par exemple, est contagieux ? Combien de temps le virus peut-il survivre sur la nourriture préparée ?

Aucune étude n’a encore démontré que le coronavirus pouvait se transmettre par la nourriture. Mais les coronavirus, de façon générale, peuvent survivre plusieurs heures sur les fruits et les légumes, ce pourquoi il faut bien les laver. Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) rappelle quand même que l’emballage peut comporter sa part de risque puisqu’il est possible de contracter la COVID-19 en touchant une surface où se trouve le virus, puis en portant la main à sa bouche, à son nez ou à ses yeux. Alors, si vous commandez de la nourriture, mieux vaudrait la mettre dans une assiette propre sans la toucher avec vos mains, jeter l’emballage, bien vous laver les mains et manger avec des ustensiles propres.