Alors que des travailleurs de la santé s’inquiètent de ne pas avoir accès à des masques et à des équipements de protection contre la COVID-19, le premier ministre François Legault a assuré mercredi que la province disposait de suffisamment de matériel, mais a ajouté qu’il a pu y avoir certains « problèmes de distribution » ralentissant l’acheminement des stocks.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
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« D’abord, je veux rassurer tout le monde, on a tout l’équipement de protection nécessaire. J’avoue qu’on a eu des petites difficultés dans la distribution du matériel aux différents établissements, puis on est en train de corriger ça. […] Il n’y a rien qui va être négligé pour protéger notre personnel de la santé, puis il n’y a pas de raison, parce qu’on a tout l’équipement pour les protéger », a dit M. Legault dans son point de presse quotidien.

Deux employés infectés au CHSLD Notre-Dame-de-la-Merci

Mais sur le terrain, les inquiétudes sont nombreuses. Déjà, certains travailleurs ont été infectés à la COVID-19 au Québec. Les plus récents sont deux employés du CHSLD Notre-Dame-de-la-Merci à Montréal, a confirmé mercredi soir le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal. Cinq résidants de l’établissement sont aussi touchés, comme le rapportait La Presse mercredi matin.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Le CHSLD Notre-Dame-de-la-Merci, à Montréal

Jeff Begley, président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), affirme que des travailleurs œuvrant auprès de gens vulnérables n’ont pas accès à des masques. 

« Oui, il faut prioriser les lieux urgents. Je comprends que l’opération est complexe. Mais les gens s’inquiètent. Ils ont besoin de savoir quand ça va se régler. », dit-il

Andrée Poirier, présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), déplore elle aussi que « rien [ne soit] fait pour assurer la sécurité de [ses] membres sur le terrain ». « On comprend que la priorité aille aux hôpitaux. Mais on a des gens qui vont à domicile et qui n’ont pas accès à du matériel de protection. Et on sait qu’il y a de la transmission communautaire maintenant », dit-elle.

Des craintes

Différents travailleurs de la santé ont déploré ces derniers jours ne pas avoir le droit de porter le bon équipement de protection pour voir des patients, alors qu’il est maintenant reconnu que la COVID-19 se transmet de façon communautaire.

Le Dr Simon Kruijen est médecin de famille à Terrebonne. Même si sa clinique tente de s’approvisionner auprès de fournisseurs, les masques et le gel désinfectant se font rares. Au cours des prochains jours, des cliniques destinées exclusivement au traitement des patients suspectées d’avoir la COVID-19 seront mises sur pied. Mais entre-temps, toutes les cliniques de la province sont susceptibles de recevoir un patient infecté, dit-il. 

Les cliniques de COVID-19 auront le matériel pour se protéger. Mais nous, en attendant, on n’y a pas accès. Le virus est rendu communautaire. On devrait se protéger avec tous les patients. […] On se fait toujours dire qu’il y a assez de matériel. Mais sur le terrain, on ne voit pas ça.

Le Dr Simon Kruijen

Un infirmier travaillant aux urgences dans la région de l’Estrie dit pour sa part avoir accès à des masques, qui sont sous clé. « Québec dit qu’il ne manque pas de masques. Mais sur le terrain, on se fait dire de les économiser parce que sinon, on va en manquer », note-t-il.

Au moment où Québec a demandé aux universités de recenser tout ce que leurs laboratoires possèdent comme équipements de protection, des médecins sont aussi inquiets d’une éventuelle pénurie de masques N95. « Nous n’en sommes qu’au début, et déjà les masques qui sont à ma taille sont en rupture de stock, confie un médecin urgentologue qui travaille dans un hôpital de l’ouest de Montréal. Peut-être que dans une semaine, on n’en aura plus du tout. C’est vraiment effrayant. »

Les médecins québécois doivent déjà improviser, dit-il. « J’ai des collègues qui achètent leurs propres masques. J’ai aussi un collègue qui va mettre son masque N95 dans un sac Ziploc chez lui, et qui va attendre deux semaines avant de le réutiliser. Il va faire une rotation comme ça. On est rendus là. »

Au début de la crise, il y a deux semaines, la consigne était que tous les médecins devaient porter un masque N95 lorsqu’ils voyaient un patient suspect, affirme ce médecin. « Mais, il y a une semaine, ils ont changé ça, et disent maintenant qu’il ne faut de masque N95 que lorsqu’on voit des patients en détresse respiratoire, ou si on fait une intervention comme une intubation, une technique qui génère plus d’aérosols. Pourquoi ce changement ? Je pense que c’est parce qu’ils savent qu’on va en manquer. »

Les syndicats seront rencontrés

La ministre de la Santé, Danielle McCann, a assuré en point de presse mercredi qu’elle faisait de l’accès au matériel de protection pour le personnel de la santé sa « priorité ».

La ministre a dit vouloir savoir à quels endroits on connaît des problèmes afin de les corriger. Elle a demandé à son chef de cabinet de contacter tous les syndicats « pour avoir l’information ». Elle demandera aussi aux PDG d’établissements de santé « d’avoir une rencontre téléphonique tous les jours avec leurs syndicats ». « On veut savoir ce qui se passe sur le terrain », dit-elle. La ministre a assuré que le nombre de masques est suffisant. Mais leur mode de distribution a changé. 

« Les gens ont été habitués à avoir les masques à portée de main, mais on a eu des vols à certains endroits. On a été obligés de les mettre sous clé, mais ça ne veut pas dire, là, qu’ils ne sont pas là pour le personnel », a-t-elle dit.