Qu’il s’agisse de publier une vidéo d’une plage bondée de Vancouver ou une photo d’hommes jouant au basketball sur un terrain fermé à Philadelphie, certains utilisateurs de Twitter ont eu recours à l’humiliation en ligne dans l’espoir de convaincre les gens de respecter les mesures de distanciation sociale.

Melissa Couto
La Presse canadienne

Et bien que les experts en psychologie et en sociologie disent que ces tactiques peuvent fonctionner dans certaines situations, ils sont plus divisés quant à leur efficacité réelle.

« C’est une question difficile parce que pour en arriver à une échelle où [l’humiliation en ligne] aurait vraiment un impact, le type d’audience compte pour beaucoup », a expliqué Hilary Bergsieker, professeure agrégée de psychologie à l’Université de Waterloo, en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

« Si la perception est que c’est une question générationnelle où les milléniaux ne se soucient pas du virus et que ce sont les baby-boomers qui essaient de les rendre honteux, vous pourriez obtenir un effet de groupe où les jeunes ne se soucieront pas vraiment de la désapprobation d’une génération plus âgée. »

« Pensez à la dynamique classique qui implique les adolescents : parfois, la désapprobation des autres peut presque être perçue comme un honneur. »

Le mot-clic « #COVIDIOTS » était en vogue sur Twitter cette semaine, des utilisateurs partageant des mèmes sur la distanciation sociale et publiant des photos montrant des membres de leur communauté ignorant les mesures visant à stopper la propagation du coronavirus.

Harris Ali, professeur de sociologie à l’Université York à Toronto, estime que ce type d’humiliation en ligne peut fonctionner.

Il voit la situation comme une espèce de « contrôle social », qui influence les gens à changer leur comportement, et a comparé l’humiliation en ligne à des campagnes de santé publique antérieures contre le tabagisme ou la conduite en état d’ivresse.

« Une façon de changer le comportement social consiste à recourir à des sanctions informelles, à la stigmatisation et à l’embarras », a expliqué M. Ali au téléphone cette semaine. « Et vous voyez cela avec le tabagisme, n’est-ce pas ? La norme sociale a changé, de sorte que les fumeurs sont stigmatisés et se sentent gênés. Ils ne peuvent pas se mettre à fumer en public parce que les gens leur jettent un regard dégoûté. »

Bien que M. Ali n’ait pas personnellement été d’accord avec une partie de l’humiliation qu’il a vue en ligne, il voit de la valeur dans un groupe qui essaie collectivement de changer les comportements des autres de manière publique.

La frontière entre la cruauté et l’éducation n’est toutefois pas si claire.

« La meilleure façon est de simplement adopter une approche plus collective et d’essayer d’éduquer les gens, mais sachez que cela pourrait également se retourner contre vous », a souligné M. Ali. « Vous pouvez dire “vous devez arrêter de fumer, cela vous tuera”, et le gars pourrait vous répondre d’aller vous faire voir. »

« C’est donc une situation complexe et il est difficile de donner une bonne suggestion sur la façon de le faire. »

Mme Bergsieker pense qu’une meilleure façon — toujours publique — d’amener les gens à prendre plus au sérieux la COVID-19 pourrait être de leur montrer des exemples de personnes qu’ils admirent et qui suivent les recommandations en restant à l’intérieur.

Elle souligne qu’il y a de nombreux exemples comparables dans l’histoire récente, comme lorsque des célébrités ont soutenu publiquement des candidats politiques, augmentant ainsi leur popularité auprès des jeunes électeurs.

« Nous savons par la recherche sur la persuasion que lorsque vous avez un communicateur sympathique, attrayant et respecté qui transmet un message, les gens sont beaucoup plus susceptibles de croire ce message et de l’intérioriser », a-t-elle déclaré.