Des médecins réclament que davantage de laboratoires soient mis à contribution pour l’analyse des tests de la COVID-19, ce qui permettrait d’obtenir des résultats en quelques heures plutôt que d’attendre un ou deux jours, comme c’est actuellement le cas dans le réseau de la santé.

Katia Gagnon Katia Gagnon
La Presse

« On parlait de cinq à six jours auparavant, on parle maintenant de 24 à 48 heures. C’est moins long que c’était pour obtenir des résultats, mais c’est encore trop long », dit le Dr Vincent Bouchard, chef adjoint du département de médecine spécialisée de l’unité des soins intensifs à l’hôpital Notre-Dame. « Plusieurs hôpitaux seraient en mesure de réaliser ces tests, et on pourrait ainsi obtenir les résultats en moins d’une heure. »

Actuellement, neuf laboratoires au Québec sont en mesure d’analyser les tests de dépistage de la COVID-19. Au début de la crise sanitaire, seul le Laboratoire de santé publique du Québec procédait à l’analyse des tests. Un « goulot d’étranglement » s’est rapidement créé, observe le microbiologiste Karl Weiss.

« On avait dit au Ministère depuis longtemps de délester les tests dans d’autres laboratoires. On leur avait dit ça il y a six à huit semaines. Il faut qu’il y ait des services partout au Québec. Il devrait y avoir encore plus de laboratoires à l’œuvre », ajoute-t-il.

Avec ce délestage, on a effectivement progressé, acquiesce le Dr Gilbert Boucher, président de l’Association des urgentologues, mais il faut aussi, selon lui, continuer d’augmenter le nombre de laboratoires en mesure de fournir des résultats aux hôpitaux.

Une demi-douzaine de membres de l’association l’ont contacté au cours des derniers jours pour déplorer le délai d’attente pour les résultats, cruciaux pour la suite des choses avec les patients concernés. « Quand on parle de résultats de tests, les gens ont raison de se plaindre «, dit-il.

Le nerf de la guerre, c’est les tests. Le Québec a été à l’avant-garde. Mais est-ce qu’on en fait assez présentement ? Non.

Le Dr Gilbert Boucher, président de l’Association des urgentologues

« Dans les centres hospitaliers où on réalise les tests, ils sont faits deux fois par jour, et ça prend une heure et quart pour avoir le résultat. Le problème vient quand on doit mettre les échantillons dans un taxi, qu’on arrive une fois la batch terminée… là, ça prend plus de temps », explique le DBoucher.

Les données rendues publiques par Québec jour après jour montrent que le nombre de tests en attente recommence à grimper. Il avait baissé de façon draconienne de jeudi à vendredi dernier, au moment où on a autorisé davantage de laboratoires à analyser les tests. Cependant, il a recommencé à augmenter au cours de la fin de semaine. En date de mardi, 2548 tests étaient en attente.

Le nombre de laboratoires autorisés à analyser les tests pourrait augmenter dans les prochains jours, précise le porte-parole du ministère de la Santé, Nicolas Vigneault. « Le Ministère évalue la possibilité d’ajouter des laboratoires à Montréal, dans le Centre-du-Québec et dans le Bas-Saint-Laurent. » M. Vigneault souligne que le Québec réalise maintenant 6000 tests quotidiens dans 52 cliniques de dépistage sur tout le territoire. « On vient d’implanter plusieurs labos pour augmenter notre capacité d’analyse, c’est normal qu’il y ait un rodage au début. »

Des masques aux urgences

Il y avait au moins une bonne nouvelle pour les travailleurs de la santé mardi : la Direction de santé publique a changé ses directives sur l’utilisation de l’équipement pour les médecins et les infirmières qui travaillent dans les urgences. La consigne, jusqu’à maintenant, était de ne pas porter d’équipement de protection pour les patients qui avaient des symptômes de COVID-19, mais sans avoir voyagé à l’étranger.

« On a donné de nouvelles consignes à travers tout le Québec pour les urgences », a indiqué la ministre de la Santé, Danielle McCann. « On espère que ces consignes seront appliquées partout d’ici la fin de la journée », dit le DGilbert Boucher. Depuis cinq jours, le médecin faisait des pressions à Québec pour modifier les pratiques, qui menaient à la prise en charge de patients présentant des symptômes par du personnel qui ne portait ni masque ni gants.

Le masque, c’est notre cheval de bataille. La DSP craignait de manquer de matériel… on comprend cela. Mais il fallait protéger le personnel.

Le Dr Gilbert Boucher, président de l’Association des urgentologues

La prochaine étape, qui devrait être mise en œuvre dans les urgences au cours des prochains jours, est l’établissement de zones chaude, tiède ou froide, selon que des patients atteints de COVID-19 risquent de s’y trouver ou non. « C’est la prochaine étape pour diminuer l’utilisation du matériel de protection », dit le Dr Boucher.

Un travailleur de la santé peut consommer de 20 à 30 équipements de protection par jour s’il risque d’être en contact avec des patients infectés. S’il passe sa journée à les côtoyer, il ne changera d’équipement qu’une ou deux fois par jour. « Actuellement, on gruge une quantité de matériel importante. Ça peut faire une grosse différence à long terme. »