Un itinérant qui fréquentait un refuge du centre-ville de Montréal a été déclaré positif à la COVID-19, a appris La Presse. L’homme avait été renvoyé dans la communauté en attendant ses résultats de test de dépistage, ce qui a forcé les policiers à quadriller la ville pour le retrouver d’urgence, lundi.

Gabrielle Duchaine Gabrielle Duchaine
La Presse

L’état de santé d’un autre usager du même refuge, qui était hébergé jusqu’à récemment dans un des dortoirs communs, fait actuellement l’objet d’une enquête.  

Ce premier cas confirmé dans la population itinérante est inquiétant, selon les experts.  

« C’est une situation très difficile. Ce sont des gens qui ont beaucoup de maladies mentales, qu’on ne contrôle pas. C’est une population qui est très à risque », note le Dr Vincent Bouchard, chef adjoint de département de médecine spécialisée de l’unité de soins intensifs de l’hôpital Notre-Dame. « Dans les refuges, c’est difficile. Les gens sont en grande proximité. »

La Santé publique de Montréal surveille la situation. « Nous enquêtons ce cas et somme à regarder l’ensemble des mesures à mettre en place pour réduire les risques d’éclosion au sein de la communauté des itinérants », a indiqué à La Presse le porte-parole Jean Nicolas Aubé.

Renvoyé chez lui

L’équipe de la Mission Old Brewery a appris la nouvelle lundi : un habitué du service de repas de son organisme venait d’être déclaré positif à la COVID-19. La police de Montréal était à sa recherche.  

Heureusement, depuis la semaine dernière, des repas pour emporter sont servis à la porte de la mission plutôt qu’à la cafétéria pour ceux qui n’ont pas un lit au refuge, comme c’est le cas ici, ce qui a limité les contacts avec la personne infectée.

« C’est inquiétant. On ne peut pas dire que ça ne l’est pas », dit toutefois Émilie Fortier, directrice des services en itinérance.

L’homme aurait passé, il y a quelques jours, un test de dépistage de son propre chef. Comme tous les citoyens dont l’état ne nécessite pas une hospitalisation immédiate, il a été renvoyé chez lui en attendant ses résultats.

« Sauf que les personnes itinérantes n’ont pas de chez eux où aller », dit Mme Fortier 

« Tout le monde trouve que ça n’a pas de bon sens, mais les hôpitaux sont en train de s’organiser. Ils font ce qu’ils peuvent. »

Il n’y a pas, en ce moment, d’endroit spécialisé pour accueillir les personnes itinérantes qui attendent un résultat de test ou qui sont positives avec peu de symptômes. « Ces gens-là n’ont pas nécessairement besoin d’être hospitalisés, mais ils ont besoin d’un toit », note le Dr Bouchard.

Une unité à cet effet doit ouvrir la semaine prochaine dans l’ancien hôpital Royal-Victoria.

D’ici là, il y a un flou.

Limiter les risques

Lundi, quand les responsables médicaux ont obtenu le résultat de l’itinérant malade, ils ont contacté le Service de Police de la Ville de Montréal, qui selon Émilie Fortier, l’a retrouvé rapidement. L’homme a accepté d’être traité et il a été transporté à l’hôpital.

« C’est pris très au sérieux », assure Émilie Fortier.

Mais entre le moment du test et le résultat, l’homme s’est promené.  

La Santé publique de Montréal mène actuellement une enquête pour retracer les personnes et les organismes avec qui il a été en contact.

« On a reçu la visite de la santé publique et on a été quand même rassurés. Il n’y a pas eu de contacts prolongés », dit Émilie Fortier.

Pour ajouter à l’angoisse, un autre usager de la Old Brewery Mission, qui lui avait un lit dans un des dortoirs de l’organisme, a été transporté à l’hôpital en ambulance pour des symptômes s’apparentant à ceux du nouveau coronavirus. Cette fois, il restera hospitalisé jusqu’à l’obtention des résultats.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Un dortoir de l'organisme Mission Old Brewery

Au refuge, plusieurs mesures ont été mises en place afin de limiter les risques, dont la fermeture de nombreux services. Les nouvelles admissions sont suspendues. On demande aux 270 résidents de rester à l’intérieur le plus possible pour limiter la propagation. « On essaie de segmenter les présences dans les aires communes. On met du tape par terre pour indiquer où se placer en file », indique Mme Fortier.

Dans l’édifice du boulevard Saint-Laurent, l’inquiétude est vive.

« Si on retient l’exemple de la croisière Diamond Princess, qui est quand même une croisière de luxe où [un certain nombre] des passagers et membres du personnel ont eu l’infection, avec des morts, à quoi ça pourrait ressembler dans un refuge de dernier recours ? », demande Kerwin Myler, Conseiller syndical CSN des quelque 150 employés de l’endroit.

Il estime que les mesures prises par la direction ne sont pas suffisantes pour protéger les employés. « Le message que j’aimerais envoyer, c’est que ça prend plus de ressources pour les refuges. Nous on demande à l’administration de s’adresser directement au ministère pour qu’il délie les cordons de la bourse pour éviter une catastrophe sanitaire. Il n’y a aucun triage qui se fait. C’est la bousculade à l’entrée. C’est la bousculade aux ascenseurs, dans les escaliers. »

Emilie Fortier l’admet, « tout le monde est sur le qui-vive ». Elle parle aussi d’une « grande solidarité ». « Humainement, c’est très difficile. Je comprends que les gens se sentent anxieux. On a donné la consigne aux gens qui ne se sentent pas confortables de prendre une décision pour eux. »

Les usagers passent eux aussi par toutes sortes d’émotions. « Ils le sentent. On essaie de les rassurer autant que possible. »

Joe Moscato est hébergé dans un des dortoirs de la mission. « On est pas mal tassé, mais on n’a pas le choix. On n’a absolument rien d’autre. On essaie de rester loin les uns des autres, mais dans le dortoir, on est collés. Si quelqu’un l’a, c’est facile de l’attraper. C’est juste une question de temps. »

Un autre résident, Benoit Barbier, est moins fataliste. « On se lave les mains à chaque fois qu’on entre. On prend notre douche deux fois par jour. On fait ce qu’on peut. C’est sûr qu’il y a toujours un risque, mais on va passer au travers », dit-il.

- Avec la collaboration de Katia Gagnon, La Presse