Aller se faire tester au coronavirus à l’Hôtel-Dieu peut augmenter les risques de contracter la maladie.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

C’est le constat que fait un médecin montréalais qui, de retour d’Italie, a dû subir un test de dépistage parce qu’il toussait depuis des semaines.

« Leur système est inefficace, voire dangereux », affirme le Dr Louis Péloquin, otorhinolaryngologiste (ORL) à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Dans son cas, le processus a duré plus de deux heures malgré le fait qu’il avait obtenu un rendez-vous la veille, au téléphone, après avoir composé le 811, 48 heures plus tôt. On lui avait dit de se présenter à 18 h, au centre de dépistage du coronavirus aménagé dans l’ancien hôpital Hôtel-Dieu, rue Saint-Urbain, à Montréal.

Le Dr Péloquin est arrivé à l’avance. Sur place, la file d’attente s’étirait sur plusieurs mètres à l’extérieur de l’établissement.

Depuis le début de la crise du coronavirus, les autorités sanitaires recommandent à la population d’adopter la distanciation sociale afin de limiter la propagation de la COVID-19, parce que ce sont les gens qui sont les « véhicules » du virus. Mais les habitudes sont difficiles à changer.

À l’Hôtel-Dieu, la consigne de respect de distance d’au moins un mètre entre chaque personne n’était pas respectée, et cela même si les gens avaient des symptômes de la maladie comme de la fièvre et de la toux. Il n’y avait pas non plus de préposés pour faire respecter les consignes de sécurité.

À l’intérieur, la situation était pire.

« Tout le monde appuyait sur le même bouton d’ascenseur, détaille Louis Péloquin. Des employés enlevaient leur masque avec leurs gants pour se gratter le nez avant de remettre leur masque et de continuer à travailler sans changer de gants. »

Une infirmière triait les patients pour s’assurer qu’ils avaient bien un rendez-vous pour se faire tester au coronavirus avant de les inviter à se rendre au centre de dépistage.

À l’étage, une cinquantaine de personnes attendaient en file dans un long couloir étroit dépourvu de ventilation. Des enfants, des adultes, tous munis d’un masque.

« Ce n’est pas normal dans une situation comme ça de devoir attendre près de personnes qui sont peut-être positives au coronavirus. »

Au bout d’une heure, deux préposés lui ont posé les questions auxquelles il avait déjà répondu deux fois, la première la veille au téléphone et la seconde dans la file d’attente : son numéro d’assurance maladie, le nom de son père, de sa mère, etc. Puis on l’a dirigé vers une salle d’attente où il a attendu une vingtaine de minutes, en compagnie d’autres personnes, avant de subir son test.

« Si quelqu’un est positif, c’est clair que les autres risquent d’attraper la maladie. Il est préférable de bien tester les gens et de ne pas les rendre malades. Pourquoi le Québec n’utilise pas les gymnases des écoles fermées pour dépister les gens, comme ça se fait ailleurs en Europe ? », demande M. Péloquin, qui est toujours en quarantaine. « Ce sont de grands espaces où on peut éloigner convenablement les gens. »

Le Dr Guy Boivin, professeur au département de microbiologie-immunologie et infectiologie de la faculté de médecine de l’Université Laval, est d’avis que les tests de dépistage devraient être faits sur rendez-vous dans une clinique désignée, en prenant toutes les précautions requises, « pour minimiser les contacts ».

De son côté, Louis Péloquin croit que les cliniques de dépistage du coronavirus du Québec devraient recevoir la visite d’un médecin microbiologiste pour s’assurer que les choses sont faites dans les règles de l’art.

« Espérons que les autorités vont corriger ces problèmes », dit-il.

EXPÉRIENCE TROUBLANTE

Une lectrice nous a écrit jeudi pour rapporter une expérience troublante dans une autre clinique de dépistage, celle de l’hôpital Sainte-Justine. Elle avait rendez-vous pour tester au coronavirus ses enfants de 2 et 4 ans au retour d’un voyage au Mexique. « La salle d’attente est petite et il n’y a aucune séparation entre les patients », écrit-elle. Lorsqu’un parent et son enfant sont appelés, les chaises ne sont pas désinfectées. « Je rappelle que mes enfants sont en bas âge. Je vous laisse donc imaginer mon calvaire : un qui refuse de garder son masque, l’autre qui n’arrête pas de se toucher le visage, tout ça évidemment en touchant aux chaises autour de nous. » Elle ajoute : « Si mes enfants n’étaient pas contaminés à l’issue de notre voyage, je ne serais vraiment pas surprise d’apprendre que nous l’avons été lors de notre passage à la clinique de dépistage. »