Le monde de la recherche se mobilise pour vaincre la COVID-19. Certains médicaments déjà sur le marché suscitent beaucoup d’espoir. Et certains rêvent à un vaccin dès l’automne. Mais comme une douche froide, des résultats décevants sont arrivés de Chine mercredi. Tour d’horizon des médicaments et vaccins en préparation.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Faux départ

La nouvelle est tombée mercredi soir : le premier essai clinique achevé pour un médicament contre la COVID-19, sur 199 patients en Chine, n’a pas obtenu les résultats escomptés. « Aucun avantage sur les soins standards n’a été observé pour le traitement lopinavir-ritonavir », conclut l’étude publiée dans le New England Journal of Medicine. Ces deux médicaments anti-VIH entravent l’activité de la quinzaine de gènes du virus impliqués dans le « complexe de réplication », la multiplication du virus à l’intérieur de la cellule infectée. Ce traitement était en train d’être testé pour un autre coronavirus touchant les humains, responsable du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS). Lundi, des chercheurs australiens avaient affirmé aux médias avoir testé avec succès le traitement lopinavir-ritonavir sur quelques-uns de leurs patients.

Contre l’Ebola et l’hépatite C

Un autre médicament testé pour le MERS, le remsedivir, est encore en essai clinique en Chine. Il avait été mis au point pour l’Ebola par la compagnie Gilead, avec du financement de l’armée américaine, puis abandonné au profit d’un autre traitement anti-Ebola. Le remsedivir est un « analogue de nucléotide » qui ressemble à la cible du virus. Un autre analogue de nucléotide, le ribavirin, utilisé contre l’hépatite C, est aussi testé en Chine.

Les promesses de l’anti-malaria

PHOTO GÉRARD JULIEN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Comprimés contenant de la chloroquine, médicament anti-malaria

Des chercheurs australiens ont également testé avec succès sur quelques patients un médicament anti-malaria, la chloroquine. Celle-ci suscite beaucoup d’intérêt dans de nombreux pays, au point que le Royaume-Uni a interdit la vente des stocks de chloroquine du pays à l’étranger. En conférence de presse jeudi, le président des États-Unis, Donald Trump, s’est montré très optimiste et a affirmé que ce médicament pourrait « changer la donne ».

La chloroquine a été efficace contre le virus de la COVID-19 dans des essais précliniques sur des bouillons de culture et des essais cliniques sur des patients sont en cours en Chine. Une étude préclinique sur 36 patients, publiée mercredi par des chercheurs marseillais dans l’International Journal of Microbial Agents, avance qu’un cousin de la chloroquine est efficace contre la COVID-19. Il pourrait affecter l’acidité à l’intérieur de l’« appareil de Golgi », l’une des sections des cellules infectées où sont fabriquées les protéines, notamment les protéines du virus ayant pris le contrôle de l’usine à protéines de sa cible.

Progrès d’une équipe québécoise

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Le Dr Michel Chrétien

Des chercheurs québécois qui veulent vérifier l’efficacité d’un antiviral contre la COVID-19 sont quant à eux en bonne voie de démarrer bientôt des essais cliniques en Chine. Leur médicament a déjà été envoyé sur place, mais reste le défi de coordonner l’étude à distance, dans un contexte difficile. « C’est évident que le contexte actuel complique un peu les choses. Nous sommes en shut-down ici pour tout ce qui n’est pas critique, mais on a bon espoir de lancer l’étude bientôt », explique Caroline Lord, porte-parole de l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM).

L’équipe, dirigée par les chercheurs Michel Chrétien et Majambu Mbikay, veut vérifier le potentiel de l’isoquercétine à traiter la COVID-19. L’IRCM a obtenu l’autorisation de la Chine pour tester le médicament sur 1000 patients atteints de la COVID-19.

L’argent a freiné le projet pendant un moment, mais la Lazaridis Family Foundation, une fondation ontarienne lancée par l’un des cofondateurs de BlackBerry, a finalement octroyé 1 million de dollars à l’IRCM pour démarrer l’étude clinique. Un lot de médicaments est parti de Suisse vers la Chine par l’intermédiaire de la Croix-Rouge.

Aux dernières nouvelles, l’IRCM n’avait pas encore reçu de confirmation de son arrivée. Une équipe montréalaise devait initialement se rendre sur place pour coordonner les tests, mais cela se fera finalement à distance étant donné les restrictions de voyage.

Les vaccins

PHOTO TED S. WARREN, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Lundi, un vaccin potentiel contre la COVID-19 a été administré à des patients participant à un essai clinique, à Seattle, aux États-Unis. 

Une demi-douzaine d’entreprises, parmi la quarantaine qui travaille sur des vaccins anti-COVID-19, ont déjà fait des essais sur les animaux et sont sur le point de lancer des essais sur les humains. L’Américaine Moderna, qui avait déjà travaillé sur un vaccin anti-MERS, est la première en ligne, suivie de près par l’entreprise allemande CureVac, qui vise un essai clinique humain à partir de juin. D’autres compagnies qui avaient travaillé sur le MERS ou le SRAS sont aussi de la partie.

La profusion des projets de vaccins porte parfois à confusion : Moderna a affirmé au président Donald Trump qu’elle pourrait avoir un vaccin en « quelques mois », mais a précisé depuis qu’il s’agissait d’un possible essai clinique de phase 2 dès l’été prochain. Les médias allemands, de leur côté, ont avancé que le président Trump avait essayé d’ « acheter » le vaccin de CureVac pour le réserver en priorité aux Américains. Une entreprise québécoise, Medicago, a annoncé pour sa part avoir exprimé des séquences du virus responsable de la COVID-19 dans des plantes, première étape vers la mise au point d’un vaccin.

Les antigrippaux

Des médicaments antiviraux utilisés contre la grippe sont aussi testés en Chine sur des patients, notamment le favipiravir, qui interfère avec la capacité de reproduction de l’ARN (acide ribonucléique) du coronavirus. Les antiviraux antigrippaux sont souvent trop spécifiques pour l’influenza, selon Richard Leduc, de l’Université de Sherbrooke, mais dans certains cas des similitudes avec le coronavirus responsable de la COVID-19 existent. M. Leduc a ainsi reçu des subventions fédérales d’urgence début mars pour rependre des travaux sur un antiviral antigrippal en l’adaptant au coronavirus.

Renforcer le système immunitaire…

Un autre médicament qui était en train d’être testé contre le MERS, un interféron, est aussi essayé en Chine. Les interférons stimulent de manière générale l’activité du système immunitaire, notamment les enzymes responsables de la destruction de l’ARN. Les virus stockent leurs informations génétiques sous forme d’ARN (acide ribonucléique) plutôt que sous forme d’ADN (acide désoxyribonucléique), comme c’est le cas chez l’homme et l’animal. Les interférons sont utilisés par certaines immunothérapies anti-cancer. Un autre médicament anti-cancer, le camostat, qui interfère avec l’entrée du virus dans les cellules humaines par l’intermédiaire de la protéine humaine TMPRSS2 située à la surface des cellules humaines, a aussi montré des essais prometteurs sur des bouillons de cellules virales en Allemagne.

… ou l’affaiblir

On peut au contraire ralentir l’activité du système immunitaire, comme on le fait pour soigner l’arthrite rhumatoïde. Début mars, l’entreprise pharmaceutique suisse Roche a fait des essais de son médicament tocilizumab sur des patients atteints de la COVID-19 en Chine, et un essai clinique de phase 3 en bonne et due forme a été annoncé cette semaine aux États-Unis. Quand il est attaqué par le coronavirus, le système immunitaire peut parfois attaquer des cellules saines ou sécréter trop de molécules anti-inflammatoires, ce qui pourrait expliquer la gravité des pneumonies associées à la COVID-19.

Des anticorps dans les plantes

PHOTO FOURNIE PAR MEDICAGO

Laboratoire de Medicago

La compagnie Medicago de Québec, qui est dans la course aux vaccins, a aussi utilisé des plantes pour fabriquer des « anticorps monoclonaux », l’un des traitements efficaces contre l’Ebola. Medicago entend mettre au point des anticorps monoclonaux pour traiter la COVID-19, mais n’a pas encore annoncé de progrès sur ce point.

Purifier le sang des survivants

Au début de la semaine, dans le Journal of Clinical Investigation, deux chercheurs de l’Université Johns Hopkins ont avancé que la voie la plus rapide pour traiter et prévenir la COVID-19 pourrait être la purification du sang des survivants. Cette approche « sérologique » implique d’énormes efforts de purification, mais a donné des résultats contre le SRAS en 2003. Dans le film Contagion, de Steven Soderbergh, l’approche sérologique est discutée puis rejetée parce qu’elle était trop compliquée.

Le défi des essais cliniques

Début février, le Bulletin de l’Organisation mondiale de la santé appelait à la mise sur pied d’un « protocole unifié » pour les essais cliniques multicentres de médicaments contre la COVID-19. Le problème, c’est que la plupart des essais pour le moment ont lieu en Chine, où il n’y a presque plus de nouveaux cas. Les essais cliniques doivent donc être coordonnés à l’avance par les hôpitaux de nombreux pays pour avoir un nombre suffisant de patients.

— Avec la collaboration de Philippe Mercure, La Presse

En chiffres

105
Nombre d’essais cliniques de médicaments et de vaccins contre la COVID-19 en Chine en date du 28 février

84 Nombre d’essais cliniques de médicaments et de vaccins contre la COVID-19 aux États-Unis en date du 14 mars

40
Nombre de coronavirus qui attaquent l’humain et l’animal

De 15 % à 30 %
Pourcentage des rhumes qui sont causés par quatre coronavirus

De 100 à 1000 Nombre de nouveaux virus pouvant être produits chaque jour par une cellule infectée

Sources : OMS, Université Harvard, The Economist, Université de l’Iowa