Noémie Marcille a 10 ans, mais vous ne lui apprendrez rien sur les masques N95 ni sur l’isolement volontaire : ça fait partie de sa vie depuis le 29 juin 2012.

Isabelle Hachey Isabelle Hachey
La Presse

Ce jour-là, Noémie a reçu son premier diagnostic de neuroblastome, un cancer infantile qui prend naissance dans les cellules immatures du système nerveux avant de s’attaquer à la moelle osseuse.

La rémission a duré cinq ans. En 2018, Noémie a fait une rechute. Branle-bas de combat, à nouveau. Greffe de moelle osseuse. Traitements d’immunothérapie, une semaine par mois, à l’hôpital Sainte-Justine.

PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE 

Noémie Marcille, 10 ans

Noémie est immunosupprimée. Son corps est sans défense contre les virus et les bactéries qui nous entourent. Pour elle, attraper un rhume, c’est la catastrophe.

Alors imaginez le coronavirus.

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Vous me direz que la pandémie ne change pas grand-chose dans la vie de Noémie. Dans un sens, c’est vrai.

« La crainte que tout le monde ressent en ce moment, nous la ressentons en permanence depuis qu’elle a reçu son diagnostic », confie sa mère, Annie Bernier.

Bien avant que la crise n’atteigne le Québec, Noémie et sa famille s’étaient barricadées à la maison, à écouter des films, à limiter les visites au strict nécessaire. La quarantaine, pour cette enfant, dure depuis des années.

Mais, dans un autre sens, la pandémie change tout pour Noémie. Parce qu’il faut bien qu’elle se pointe le nez dehors de temps à autre. Tenez, demain, elle a rendez-vous à Sainte-Justine, pour ses traitements.

Comme toujours, Annie Bernier sortira le masque et tout le bataclan. Mais cette fois, elle aura peur. Pas du coronavirus. De ceux qui le propagent, en ce moment, sans même s’en rendre compte.

J’ai peur de ceux qui reviennent de voyage sans le mentionner aux autres. J’ai peur de ceux qui ont des symptômes et qui continuent de fréquenter les endroits publics.

Annie Bernier, mère de Noémie

Vous savez ce qui est le plus difficile, en ces temps de crise, pour la mère de Noémie ? « C’est de devoir me fier à l’honnêteté et à la vigilance des autres pour protéger ma fille. »

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À ceux qui répugnent à briser leur routine ;

Aux voyageurs, de retour au Canada, qui refusent de se mettre en isolement volontaire ;

À ceux qui trouvent encore le moyen de croire que nos gouvernements exagèrent ;

À ceux qui se disent que bof, de toute façon, même s’ils attrapent le coronavirus, ce ne sera quand même pas si grave ;

À tous ceux-là : respectez les directives. Lavez-vous les mains. Isolez-vous.

Ne le faites pas pour vous.

Faites-le pour Noémie.

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Peut-être que vous n’avez pas peur.

Vous vous dites que le taux de mortalité de la COVID-19 n’atteint pas 2 %, et encore ; ce ne sont que les vieux et les gens déjà malades qui mourront. Pas vous.

Mais voilà, il ne s’agit pas de vous, justement.

Ce sont les autres qu’on vous demande de protéger en vous isolant. Ceux qui sont âgés, ceux qui souffrent de cancers et de maladies respiratoires chroniques. 

Ceux qui risquent la mort à cause de votre insouciance.

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Plutôt que de craindre de contracter la COVID-19, présumez plutôt que vous êtes DÉJÀ porteur du virus – et changez vos habitudes pour ne pas le transmettre aux autres.

Ce conseil, prodigué par l’infectiologue britannique Graham Medley sur les ondes de la BBC, fait fureur ces jours-ci sur les réseaux sociaux.

Et pourtant, plusieurs ne le suivent pas et continuent à mener leur vie comme si de rien n’était. C’est à ceux-là, aux irréductibles je-m’en-foutistes qui refusent de suivre les consignes, que je m’adresse.

Vous êtes peut-être déjà infectés. Une bonne partie des gens atteints sont asymptomatiques. C’est justement ce qui fait que le coronavirus est si dangereux. Ça, et son faible taux de mortalité.

Ça vous paraît contradictoire ?

Les taux de mortalité du virus Ebola et de l’influenza aviaire sont bien plus élevés que celui de la grippe saisonnière, qui tue pourtant des centaines de milliers de personnes, chaque année, dans le monde.

C’est que les virus meurtriers se répandent moins facilement. Les gens tombent vite très malades. Il n’y a pas de confusion possible ; ils sont aussitôt mis en isolement. Ils succombent avant d’avoir transmis la maladie.

Le coronavirus, lui, a le temps de se propager d’une personne – un peu fiévreuse, mais pas assez pour s’empêcher de rentrer au bureau – à l’autre.

En fait, non, ce n’est pas le coronavirus qui se propage.

C’est vous qui le propagez.

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Faites-le pour Pierrette.

Pierrette Hogue, 80 ans, qui n’a jamais raté une sortie dominicale avec ses amies. « On s’est baptisées les Ladies du dimanche », me raconte-t-elle en riant.

Chaque semaine, elles vont à la messe, puis au restaurant. La dernière fois, elles se sont retrouvées 14 autour de la table, pour fêter les 98 ans de la doyenne du groupe.

Les Ladies ont suspendu leurs activités jusqu’à nouvel ordre. « Pour moi, c’est un gros sacrifice », confie Pierrette, qui vit seule à Montréal.

Elle est pourtant consciente que si elle contracte le coronavirus, elle risque d’y passer. Le taux de mortalité, pour les octogénaires, s’élève à 14,8 %.

Elle a un message pour vous, qui persistez à nier l’existence du tsunami qui s’apprête à nous submerger. « Je dirais de prendre la situation très au sérieux et de suivre les directives du gouvernement. »

Sauvez des vies. Restez chez vous.

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Heureusement, vous n’êtes pas nombreux.

Depuis le début de la crise, les Québécois font preuve d’une solidarité exemplaire. Chaque jour, les démonstrations de leur générosité font chaud au cœur.

Seulement, ça prend bien peu de monde pour provoquer une catastrophe sanitaire.

En Corée du Sud, les autorités semblaient contenir le virus, jusqu’à ce que la « patiente 31 » ne le transmette à grande échelle. Elle présentait tous les symptômes lorsqu’un médecin lui a conseillé de subir un test et de s’isoler ; elle a préféré dîner au buffet d’un hôtel avec un ami.

Elle n’a subi un test que deux jours plus tard, après s’être baladée dans les foules de Daegu et de Séoul…

Ne faites pas comme la patiente 31.

C’est à vous que s’adresse François Legault quand il dit que « ce n’est pas le temps de faire des partys ».

C’est auprès de vous qu’il insiste : si vous transmettez le virus à une personne et que cette dernière en meurt, « vous allez avoir ça sur la conscience toute votre vie ».

C’est pour vous, le sentiment d’urgence dans la voix de notre nouveau héros national, Horacio Arruda : « Faites ce qu’on vous dit. Je vous en prie, je vous en supplie. »

Faites-le pour Noémie. Faites-le pour Pierrette.

Sauvez des vies.