Il y a évidemment ceux qui ne pensent qu’à eux. Ceux qui se contrefichent de mettre en danger la santé de personnes vulnérables. Ceux qui voient la pandémie comme une occasion de s’enrichir et jugent bon vider les étagères de flacons de gel antiseptique pour les revendre à fort prix. Ceux qui défient de façon irresponsable les directives de la Santé publique en oubliant que cela peut avoir des conséquences mortelles…

Rima Elkouri Rima Elkouri
La Presse

La pandémie de COVID-19 fait ressortir le meilleur et le pire de l’humanité. L’épidémie d’égoïsme et de stupidité existait malheureusement avant la pandémie. La bataille pour aplatir la courbe d’idiotie me semble déjà perdue depuis longtemps. Mais il y a une autre courbe qu’on voit monter ces jours-ci. Une courbe de solidarité et d’entraide. On l’a vue croître d’un grand bond lorsque le gouvernement Legault a demandé dimanche aux retraités du milieu de la santé prêts à donner un coup de main de se manifester. En 24 heures, plus de 7000 CV ont été reçus. Mardi, on en était déjà à 10 000. Même chose lorsque le premier ministre a demandé aux Québécois de faire un don de sang. Des gens ont immédiatement répondu en grand nombre à son appel.

Cette solidarité contagieuse, à hauteur de citoyens, a quelque chose de rassurant. Des groupes d’entraide virtuels se créent. Des voisins s’épaulent, veillant les uns sur les autres. Des gens proposent spontanément leur aide aux plus vulnérables. Besoin de quelqu’un pour faire votre épicerie ? De médicaments à la pharmacie ? Ils sont là.

Si cette pandémie touche tout le monde, riches ou pauvres, jeunes ou vieux, elle rend souvent plus vulnérables encore ceux qui l’étaient déjà. Ceux déjà fragilisés par la maladie. Ceux qui vivent dans la précarité et qui ont perdu leur gagne-pain à cause de la pandémie. Ceux pour qui la consigne « restez chez vous » veut dire de vivre dans un foyer violent qu’ils n’ont pas les moyens de quitter.

Même si notre système de santé et de services sociaux n’est pas parfait, on a la chance, contrairement aux Américains, de vivre dans un pays qui offre des soins de santé universels et un bon filet social. Ce ne sont pas exactement des détails, surtout en temps de crise. Cela permettra de sauver des vies. Mais cela ne pourra pas colmater toutes les lignes de faille déjà présentes dans notre société que la pandémie creuse davantage.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

« “Chaque geste compte”, nous répètent les autorités. Et pour une rare fois dans l’histoire, le geste de solidarité le plus important est assez simple : rester chez soi », rappelle notre chroniqueuse.

On a beaucoup parlé ces derniers jours de l’importance d’un bon leadership en ces temps de pandémie. On a salué, à raison, l’excellente gestion de crise du premier ministre François Legault et du directeur national de santé publique Horacio Arruda, qui se montrent jour après jour à la fois fermes et rassurants. Leur rôle est primordial, tout comme celui du personnel du milieu de la santé, nos « anges gardiens », pour reprendre les mots du premier ministre pour désigner les soignants et leurs équipes qui sont au front.

Mais notre rôle comme simples citoyens compte aussi. Il y a plein de choses qu’on peut faire pour aplanir la courbe de progression de la COVID-19 et faire monter la courbe de solidarité.

Compte tenu des conséquences économiques et sociales de la pandémie, les personnes qui vivent dans la précarité auront d’autant plus besoin d’aide alimentaire, rappelait en début de semaine Moisson Montréal. C’est donc un très bon moment pour proposer ses services comme bénévole ou faire un don.

> Consultez le site de Moisson Montréal

C’est aussi un très bon moment pour être solidaire avec ceux qui viennent en aide aux sans-abri et aux laissés-pour-compte – pensez au groupe communautaire L’Itinéraire, qui signale que les ventes de son magazine ont considérablement diminué depuis quelques jours, à cause des mesures (nécessaires) mises en place par la Santé publique. Cela a bien sûr un impact direct sur les camelots, qui sont des personnes en situation de précarité. D’où la mise sur pied d’un fonds d’urgence et de solidarité pour pouvoir affronter cette épreuve.

> Consultez le site de L’Itinéraire

Il y a aussi tout ce qu’on peut faire pour se soutenir les uns les autres et alléger notre anxiété collective. Pour être près même si on doit se tenir loin. Pour s’isoler sans pour autant se sentir seuls : un souper de famille en Facetime, un 5 à 7 ou un cours de danse virtuel, un appel de vive voix, comme dans le bon vieux temps, à quelqu’un qui n’a personne à qui parler en ces temps anxiogènes.

« Chaque geste compte », nous répètent les autorités. Et pour une rare fois dans l’histoire, le geste de solidarité le plus important est assez simple : rester chez soi.

« Ça n’a jamais été aussi facile de sauver des vies », dit la jolie affiche créée par le dessinateur français Mathieu Persan. L’affiche, qui a été massivement partagée sur les réseaux sociaux, dresse une liste non exhaustive de tout ce qu’on peut faire en confinement. « Travaillez, lisez des livres, regardez des films, jouez à des jeux vidéo, réfléchissez, écrivez, cuisinez, dormez, jouez de la musique, écoutez de la musique, chantez, dansez dans le salon, occupez-vous de vos plantes vertes, appelez de vieux amis, faites de la gym, jouez avec vos enfants ou ne faites rien du tout, mais… restez à la maison. »

Un autre message devenu viral sur les réseaux sociaux dit : « Vos grands-parents ont été appelés à faire la guerre. Vous, on vous demande de rester assis sur votre divan. Vous pouvez y arriver ! Courage ! »

Bref, c’est votre occasion de sauver des vies en pyjama. Merci.