Les restrictions imposées pour endiguer la COVID-19 compliqueront la tâche en cas d’inondations majeures ce printemps. L’ouverture de centres d’hébergement étant exclue, les résidants devront être relogés dans des hôtels, des résidences universitaires ou des endroits qu’ils trouveront eux-mêmes, a annoncé la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, lundi après-midi.

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

« Afin d’éviter les risques de contamination, le gouvernement ne permettra pas l’ouverture des centres d’hébergement pour les sinistrés », a écrit la ministre sur sa page Facebook.

Mme Guilbault demande aux municipalités de penser à d’autres endroits, comme des hôtels ou résidences universitaires, et de prévoir « des services de traiteurs, des produits d’hygiène, et tout le matériel nécessaire pour limiter la propagation du virus ». Elle a également invité les citoyens habitant dans une zone à risques « à songer à un endroit où ils pourront se loger en cas d’inondation ».

La ministre a discuté avec les élus de l’Outaouais et de la Montérégie lundi, et contactera ceux des autres régions touchées au cours des prochains jours, indique son ministère

« Nous espérons être épargnés par les inondations, mais nous devons être prêts à faire face à cet enjeu additionnel qui menace de toucher plusieurs régions », a commenté la ministre.

Risque modéré

Le niveau élevé des Grands Lacs suscite des interrogations, d’autant qu’aux États-Unis, des riverains en pâtissent depuis plusieurs mois déjà, notamment aux abords du lac Michigan. Mais la situation n’est pas inquiétante ici, juge François Brissette, expert en hydrologie et professeur au département de génie de la construction de l’École de technologie supérieure (ETS).

« On s’enligne pour quelque chose de tranquille, le gouvernement n’aura pas ça à gérer en plus ».

Dans un grand bassin versant comme celui des Grands Lacs ou de la rivière des Outaouais, c’est la quantité de neige accumulée, qui se transformera en eau à la fonte printanière, qui est déterminante, explique-t-il. « Pour l’instant, il y a moins de neige sur le bassin, c’est une excellente nouvelle. »

Montréal aux aguets

À la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), on reste prudent. « Il est trop tôt pour le dire. Normalement, la crue printanière du sud du Québec se produit du début à la fin avril », dit le chef de projet du bureau de gestion des inondations, Cédric Marceau.

La région métropolitaine subit deux crues, celles de la fonte des neiges du sud du Québec, suivie de celle des neiges plus au nord, notamment de l’Abitibi. « Plus la deuxième crue du nord est retardée, plus ça va aider à faire sortir la crue du sud en premier », résume M.  Marceau.

À cela s’ajoute une autre variable, le niveau du fleuve, qui est élevé en ce moment. C’est une conséquence du niveau élevé du lac Ontario, dont le Conseil international du lac Ontario et du fleuve Saint-Laurent laisse s’échapper des débits record depuis le début de l’année afin de permettre l’écoulement d’un maximum d’eau avant les crues printanières. Il s’agit d’une bonne gestion préventive, mais « si le fleuve était un peu plus bas, on pourrait respirer un peu mieux, dit M. Marceau. La hauteur du fleuve pose une barrière naturelle à la sortie de la rivière des Outaouais, créant un risque que celle-ci soit redirigée vers les rivières des Mille Îles et des Prairies », précise le spécialiste de la CMM.

Si des résidants devaient être évacués dans le contexte de coronavirus actuel, la sécurité civile travaillerait avec la Direction régionale de la santé publique, indique le porte-parole de la Ville de Montréal, Gonzalo Nunez. « Une telle collaboration s’est produite lors des inondations de 2017 et 2019, des chaleurs extrêmes de 2018 et elle se poursuit actuellement dans la crise actuelle du coronavirus. »

En plus d’une veille continue des cours d’eau de la province, des travaux préventifs à l’aide de pelles mécaniques amphibies sont effectués sur certaines rivières problématiques afin de les déglacer, indique le ministère de la Sécurité publique.

Nouvelles cartes et stations

La cartographie de toutes les zones inondables de la CMM, un projet d’envergure qui comporte quelque 800 cartes, doit être publiée juin. À cela s’ajouteront 26 nouvelles stations de mesure de la hauteur des eaux, qui seront installées dans la région cet été pour être en fonction durant la crue du printemps 2021. La mesure sera prise aux cinq minutes pour être intégrée aux modèles hydrauliques de la CMM. Cette information alimentera un site web destiné aux services d’urgence et aux citoyens, dans lesquels ceux-ci pourront voir la hauteur de l’eau à une adresse donnée, à ce moment précis et selon une prévision de trois jours. « Les gens vont pouvoir dire : “Des sacs de sable, j’en mets quatre d’épaisseur parce que je vais avoir 10 centimètres d’eau” ou “Je vais avoir 4 mètres d’eau, alors j’évacue” », illustre Cédric Marceau.