(Québec) Fermetures d’écoles, d’universités ou annulation de concerts et de grands événements : Québec se prépare à affronter « le pire scénario » pour combattre la vague de COVID-19, que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a qualifiée mercredi de pandémie. Un neuvième cas a été confirmé par les autorités de santé publique québécoises, qui ont aussi ordonné l’annulation des Mondiaux de patinage artistique.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

C’est un changement de ton marqué du gouvernement Legault au lendemain du dépôt du budget dans lequel la crise du coronavirus a été très peu citée. Mercredi, la COVID-19 était sur toutes les lèvres à l’Assemblée nationale, après que l’Organisation mondiale de la santé eut évoqué la  « première pandémie déclenchée par un coronavirus ».

Au cours des deux dernières semaines, le nombre de cas en dehors de la Chine a été multiplié par 13 et le nombre de pays touchés a triplé, selon l’OMS.

Nous sommes profondément préoccupés tant par les niveaux alarmants de propagation et de gravité que par les niveaux alarmants d’inaction [dans le monde].

Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, en conférence de presse à Genève

« On a ce qu’il faut », a pour sa part assuré mercredi la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, qui était accompagnée du directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, pour s’adresser aux médias en fin de journée.

Le système de santé québécois « est prêt » à faire face à différents scénarios allant de « modéré » à « élevé », a-t-elle ajouté, comme celui qui se déroule en Italie. Les Québécois doivent-ils se préparer à l’application de mesures préventives aussi draconiennes qu’en Europe ? « Je pense que oui », a tranché M. Arruda.

« Si on a 100 cas qui proviennent de l’extérieur ou 100 cas qui proviennent d’une même ville, c’est complètement différent. On pourrait alors isoler une zone comme une ville, par exemple, a-t-il supposé. On pourrait fermer les écoles si les écoles sont des lieux de transmission. Ça se peut […]. Tout cela est analysé de jour en jour. »

Reste que les autorités rappellent que la priorité pour l’heure est de ralentir la propagation du SARS-CoV-2 et que le meilleur moyen pour arriver à freiner un nouveau virus, sans traitement ni vaccin disponible, est d’appliquer « les mesures classiques » d’hygiène et de protéger les personnes vulnérables.

« S’il faut ouvrir des ailes d’hôpitaux, on va le faire. S’il faut transformer des unités en soins intensifs alors qu’ils ne le sont pas, on va le faire. Mais là, ce qui est important, c’est d’essayer d’étaler, de retarder le plus possible l’arrivée du virus chez nous », a affirmé le directeur de la santé publique.

Dès ce jeudi, le premier ministre tiendra un point de presse quotidien pour faire lui-même état de la situation au Québec.

Neuf cas au Québec

Au moment de publier, le Québec comptait neuf cas de COVID-19. Le plus récent, confirmé mercredi en début de soirée, est celui d’une personne qui est récemment revenue d’Italie et qui est prise en charge en Estrie.

Quelque 90 personnes devraient sous peu avoir le résultat de leur test, ce qui pourrait faire grimper le nombre de personnes infectées.

Comme l’indique Marie-Claude Lacasse, porte-parole au ministère de la Santé et des Services sociaux, les tests ne se font plus à Winnipeg et ils arrivent beaucoup plus rapidement, souvent en 24 heures.

De même, alors qu’on n’effectuait des tests que sur des personnes présentant un tableau clinique très précis jusqu’ici, on en fait maintenant sur tout Québécois qui revient de voyage et qui présente des symptômes.

Resserrement des voyages

Québec a émis une directive selon laquelle tous les voyages professionnels à l’étranger n’étaient plus autorisés pour l’ensemble des employés de la fonction publique, dont les travailleurs de la santé. Un rappel leur a aussi été fait au sujet de leur périple personnel afin qu’ils suivent les recommandations de Santé Canada.

Les écoles devraient aussi éviter les voyages éducatifs dans les pays où la COVID-19 frappe durement. Par ailleurs, les élèves qui reviennent de pays à risque sont invités à observer une « quinzaine volontaire » en restant à la maison deux semaines après leur retour au Canada, a fait savoir Québec.

« On demande aux parents de surveiller l’état de santé de leurs enfants […] et même s’ils sont en bonne santé, on demande de les garder à la maison pour deux semaines, parce qu’on pourrait être porteur du virus sans avoir les symptômes tout de suite », a dit mercredi le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.

Tous les voyageurs doivent faire preuve de vigilance, peu importe d’où ils reviennent, estiment maintenant les autorités québécoises, qui recommandent de surveiller l’apparition de symptômes d’allure grippale 14 jours après leur arrivée. Ils devraient aussi éviter de visiter des personnes âgées pendant la même durée.

Pour les voyages à venir, la ministre McCann a été claire : « Les conditions pouvant changer entre le moment du départ et le retour, les voyageurs doivent être prêts à en assumer les risques. Par conséquent, la décision de voyager est tributaire du seuil de tolérance aux risques sanitaires et financiers considérés acceptables par eux. »

Annulation d'événements

La Santé publique a pris la décision d’annuler la présentation du Championnat du monde de patinage artistique qui devait débuter lundi à Montréal. « Plusieurs critères » ont motivé le choix des autorités, a précisé Mme McCann, notamment la provenance des participants et le potentiel de transmission élevé.

Dorénavant, la Santé publique évaluera « au cas par cas » la tenue d’événements internationaux sur le sol québécois.

On ne veut pas qu’un événement international introduise de façon importante le virus, augmente le potentiel, puis qu’on se retrouve dans une situation qu’on ne peut pas prévoir.

Horacio Arruda, directeur national de la santé publique

Il n’est toutefois pas prévu d’annuler la Coupe du monde de ski de fond qui aura lieu à Québec ce week-end. Au gouvernement, on explique que la compétition se déroule en plein air, de surcroît sur un grand périmètre, les plaines d’Abraham. Gestev, qui organise l’événement, considère que son « bulletin de facteurs de risque est relativement bas ».

Pour l’heure, les rassemblements « locaux » sont toujours permis, mais on encourage les organisateurs à renforcer les mesures d’hygiène.

Aucune directive pour les résidences

Les résidences pour personnes âgées n’ont reçu aucune directive à ce jour des autorités sanitaires concernant la mise en place de mesures préventives pour contrer la COVID-19. Et ce, même si le premier ministre François Legault dit faire de la protection des aînés une priorité. Le président du Regroupement québécois des résidences pour aînés, Yves Desjardins, affirme que plusieurs membres l’ont joint pour l’informer que les Centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) leur promettaient des directives, mais qu’ils les attendaient toujours. « Alors on a décidé de prendre les devants », a-t-il affirmé. Le Regroupement a envoyé un document d’information aux résidences pour les inciter à instaurer des mesures spéciales concernant l’accueil de visiteurs. 

Québec fait de la « vigilance économique »

Le gouvernement Legault a mis en place mercredi une « équipe de vigilance économique » pour soutenir l’économie du Québec qui pourrait souffrir de la propagation de la COVID-19. Ce comité interministériel est présidé par le ministre des Finances, Eric Girard, qui est appuyé de huit collègues, dont Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie. Ce dernier a affirmé mercredi que des dirigeants d’entreprise pouvaient reporter des projets d’investissement en raison de la pandémie qui frappe le monde, ce qui ne serait pas sans conséquence pour le Québec. Le gouvernement a toutefois les moyens de soutenir l’économie, a-t-il précisé. 

Quelques conseils en bref

> Les voyageurs qui reviennent au Canada en provenance « de tous pays confondus » doivent surveiller les symptômes liés à la COVID-19 et éviter d’avoir des contacts avec des personnes vulnérables dans les 14 jours qui suivent.

> Les personnes qui rentrent de destinations où il est recommandé de se placer en isolement temporaire doivent éviter de participer à de grands rassemblements pendant 14 jours.

> Si vous êtes atteint d’une maladie chronique pulmonaire, il est recommandé d’éviter les grands rassemblements à l’heure actuelle.

> En présence de symptômes tels que la fièvre, la toux et des difficultés respiratoires, les voyageurs doivent communiquer avec le 811.

> Pour toute question relative à la COVID-19, composez le 1 877 644-4545.