L’Ontario a confirmé samedi ses deux premiers cas d’infection par le nouveau variant du coronavirus, devenant ainsi la première province canadienne à détecter ce variant d’abord apparu au Royaume-Uni. Mais pour plusieurs experts, ce n’est qu’une question de temps avant que le Québec ne se retrouve dans la même situation.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Ces cas sont un couple du Durham qui n’a pas d’antécédents de voyages, d’expositions ni de contacts à risques élevés. Ces deux personnes ont été informées et sont en isolement, conformément aux protocoles de santé publique », a indiqué le gouvernement de l’Ontario dans un communiqué.

Barbara Yaffe, médecin hygiéniste en chef adjointe de la province, souligne que la situation « renforce la nécessité pour la population de l’Ontario de rester à la maison le plus possible ». En effet, l’arrivée du nouveau variant du coronavirus en Ontario survient alors que la province a entamé samedi un nouveau confinement, dans l’objectif de ralentir la transmission marquée de la COVID-19.

Le service de santé de la région de Durham effectue actuellement « des recherches de cas et de contacts » pour déterminer si d’autres cas pourraient être décelés.

Déjà au Québec

Selon le virologue et professeur à l’UQAM Benoit Barbeau, ce nouveau variant est probablement déjà en circulation au Québec et dans d’autres provinces canadiennes. « Je dirais sans trop avoir de doutes que c’est déjà ici, d’autant que le couple déclaré positif n’avait pas voyagé. C’est donc fort probable qu’ils aient été infectés par une autre personne qui venait du Royaume-Uni ou d’ailleurs », explique le spécialiste.

Faut-il s’inquiéter de l’arrivée de ce variant au Canada ? « Il faut redoubler nos efforts pour y porter davantage attention, mais ne pas céder à la panique non plus », estime M. Barbeau. « On a toujours une inquiétude face à une mutation, mais il faut comprendre que ces variants ne seront pas nécessairement plus dangereux. Il y a souvent une relation contraire entre un virus qui se propage rapidement et sa capacité à entraîner des problèmes de santé plus importants », ajoute-t-il.

À l’École de santé publique de l’Université de Montréal, l’experte Roxane Borgès Da Silva tient des propos semblables. « On va voir des cas au Québec rapidement, si ce n’est pas déjà fait », souligne-t-elle, en se disant préoccupée par la situation. « Si ça se propage plus rapidement, ça veut dire qu’on aura plus de cas, et éventuellement plus de gens à l’hôpital et plus de décès. C’est certainement inquiétant », avoue-t-elle.

On s’y attendait depuis un moment. Ça ne fait que renforcer l’idée qu’il faut continuer de réduire ses contacts sociaux.

Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

En fin de compte, « seul le temps nous dira » si ce nouveau variant fera subir plus de pression au réseau de la santé, croit la Dre Sophie Zhang, cheffe adjointe de l’hébergement au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. « Tout dépend du tableau clinique que ça va donner, dit-elle. Moi, ça fait longtemps que je souhaite qu’on s’en aille vers un virus potentiellement plus contagieux, mais moins sévère. Ça ferait en sorte que tout le monde l’attrape, sans trop de complications, et qu’on atteigne éventuellement une immunité collective. »

« Si ça mute de cette façon, ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose », estime Mme Zhang, qui reconnaît toutefois que le scénario qu’elle évoque est « idéal », et que plus de recherches devront être faites sur ce nouveau variant avant toute chose.

De nombreux pays concernés

De nombreux États dans le monde ont annoncé samedi des cas confirmés du variant britannique du coronavirus, comme l’Italie, la Suède, l’Espagne ou le Japon, après l’annonce plus tôt cette semaine de cas en France, en Allemagne, au Liban et au Danemark. Avec l’arrivée de vols internationaux, il était donc « attendu » que ce variant finisse par être identifié en Ontario, indiquent les autorités.

Une étude a conclu récemment que ce nouveau variant est jusqu’à 74 % plus contagieux que les souches qui étaient jusqu’ici en circulation. Cela dit, « rien ne prouve qu’il risque davantage de causer des symptômes graves et rien ne prouve non plus que les vaccins approuvés par Santé Canada seraient moins efficaces [contre ce variant] », a rappelé le gouvernement de Doug Ford.

Ce dernier réitère qu’il est urgent qu’Ottawa instaure un « programme de tests de dépistage » à l’aéroport international Pearson de Toronto, où de nombreux avions en provenance de l’Europe atterrissent chaque jour. « Si le gouvernement fédéral n’accorde pas son soutien, le gouvernement de l’Ontario est prêt à faire cavalier seul », martèle-t-on au passage, en soulignant que les voyageurs internationaux posent un « risque accru » pour la transmission du nouveau variant.

« Les hauts fonctionnaires du Cabinet fédéral ont passé la semaine dernière à minimiser les risques posés par les frontières poreuses du Canada », précise à ce sujet Alexandra Hilkene, porte-parole du cabinet de la ministre ontarienne de la Santé, Christine Elliott. « Nous espérons que cette nouvelle troublante les invite à reconsidérer leur position. Nous sommes depuis longtemps prêts à travailler en partenariat pour mettre en œuvre des tests améliorés », ajoute-t-elle.

À l’heure actuelle, les vols en provenance du Royaume-Uni sont suspendus au Canada jusqu’au 6 janvier au moins. Dans une déclaration, l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) affirme que le gouvernement a mis sur pied « un programme de surveillance […] en consultation avec les provinces et les territoires dans le but d’identifier les nouveaux variants génétiques de la COVID-19 au Canada, comme ceux détectés au Royaume-Uni et en Afrique du Sud ».

« Au fur et à mesure que la surveillance se poursuit, d’autres cas de ce variant et d’autres variants préoccupants pourraient être découverts », ajoute l’ASPC, qui réitère que les voyages non essentiels à l’étranger ne sont pas recommandés actuellement.

Pendant ce temps, dans la journée de samedi, l’Ontario a signalé 2141 nouveaux cas et 38 décès liés à la COVID-19 dans l’ensemble de la province. Le Québec, de son côté, n’a pas dévoilé de bilan quotidien de la pandémie vendredi et samedi.