Consignes supplémentaires, seuil « critique » pour le réseau de la santé, rassemblements surveillés et encadrés : la période des Fêtes sera fort différente cette année, à l’image des derniers mois qui ont été marqués par la progression de la COVID-19 au Québec. Résumé en cinq points.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

De nouvelles règles à appliquer

Depuis le 25 décembre, et jusqu’au 10 janvier inclusivement, les commerces « non essentiels » sont fermés pour limiter la transmission du virus. Cela comprend les services de soins personnels, dont les salons de coiffure, et de manucure, mais aussi les spas et les boutiques de vêtements. Les établissements essentiels, eux, peuvent continuer à accueillir des clients, toujours dans le respect des normes. On parle des épiceries, des pharmacies, des quincailleries ou des animaleries, de la Société des alcools du Québec (SAQ) ou de la Société québécoise du cannabis (SQDC). Une liste des services actifs est disponible sur le site du gouvernement.

Les magasins à grande surface peuvent continuer leurs activités, mais en ne vendant que des biens essentiels, dans l’objectif d’éviter une compétition déloyale. « Cela va permettre une équité avec les petits commerces québécois », a dit le premier ministre François Legault à la mi-décembre, soulignant que plus d’inspecteurs de la CNESST seraient déployés pour s’assurer du respect des consignes.

Vendredi, plusieurs magasins de ce genre, dont ceux de la chaîne Walmart, avaient déjà commencé à recouvrir leurs étalages de produits « non essentiels » pour indiquer à la clientèle qu’il est impossible de se les procurer « temporairement ». Dans les centres commerciaux, la même logique s’appliquera ; les aires communes seront ouvertes pour permettre l’accès aux commerces qui vendent des produits essentiels. Habituellement fort couru, le traditionnel Boxing Day n’aura donc pas lieu. Sinon, le télétravail demeure obligatoire pour tous jusqu’au 10 janvier. Les manufacturiers ou constructeurs devront, lorsque possible, « réduire leurs activités » jusqu’à cette date. Les établissements d’enseignement restent aussi fermés jusqu’au 10 janvier, à l’exception des services de garde et des écoles spécialisées notamment.

Un moment charnière pour le réseau

Aux dernières nouvelles – le bilan de la pandémie fait relâche les 25 et 26 décembre –, on comptait 1052 patients hospitalisés au Québec, soit la moitié de la capacité hospitalière dédiée à la COVID-19, qui est d’environ 2000 lits. On a recensé jeudi 2349 nouvelles infections, un record, ainsi que 46 nouveaux décès.

La situation demeure critique. Jeudi, de nouvelles projections de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) révélaient qu’un dépassement des capacités dédiées ne pouvait être exclu. Pour la province dans son ensemble, une hausse du nombre de patients COVID-19 hospitalisés et de l’occupation des lits est à prévoir. Dans le Grand Montréal, cette hausse projetée est encore plus marquée.

En outre, le nombre d’hospitalisations projetées a augmenté de plus de 50 % depuis quatre semaines. Dans la métropole, ce nombre a plus que doublé et représente près des deux tiers des hospitalisations projetées au Québec. Parmi les nouveaux cas confirmés au cours de la semaine du 14 au 20 décembre, 717 présentent un risque élevé d’hospitalisation, ce qui représente une augmentation de 19 % en 7 jours (603).

L’INESSS note que le nombre de nouveaux cas a été beaucoup plus élevé cette semaine que la précédente, soit 14 203 contre 13 205, en hausse de 8 %. Sur les quatre dernières semaines, cette hausse se chiffre à près de 75 % et est cinq fois plus forte à Montréal, particulièrement chez les personnes de 80 ans et plus. Un peu moins de 400 éclosions sont toujours « actives » dans des milieux de soins et de vie, dont une centaine dans les hôpitaux un peu partout au Québec.

En début de soirée vendredi, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a de nouveau lancé un appel au respect des consignes sanitaires en place. « Remerciements les plus sincères à tout le personnel du réseau de la santé qui est au poste pour les Québécois durant les Fêtes. Montrons-leur notre reconnaissance en respectant les mesures », a-t-il écrit sur Twitter.

Les policiers aux aguets

Ceux et celles qui envisagent de tenir des rassemblements sont prévenus : les policiers seront plus nombreux qu’à l’habitude durant les Fêtes. « Il y aura des effectifs supplémentaires qui seront déployés sur le terrain afin de répondre aux appels de décret [sanitaire], et nous avons l’agilité nécessaire pour ajuster nos effectifs aux besoins », précisait jeudi le porte-parole de la police de Québec, David Pelletier.

Mercredi soir, une quinzaine de personnes ont reçu un constat d’infraction pour avoir organisé un rassemblement illégal à Cantley, en Outaouais. Tous les corps policiers, dont le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et la Sûreté du Québec (SQ), indiquent qu’il n’y aura pas de « chasse aux rassemblements » et que la sensibilisation primera le constat d’infraction.

Il n’était pas possible de connaître le nombre de constats d’infraction qui avaient été remis à Québec, à Montréal ou par la SQ, vendredi soir. Ces chiffres devraient être dévoilés pour la première fois « au début de la semaine prochaine », indique-t-on.

Vers une quarantaine réduite ?

Jeudi, La Presse rapportait qu’une nouvelle étude réalisée par le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) a démontré qu’en suivant un protocole de tests, une personne qui a été en contact avec un individu atteint de la COVID-19 pourrait quitter sa quarantaine si elle obtient un résultat négatif au septième jour.

L'étude a été réalisée auprès de 30 travailleurs de la santé de l’île de Montréal qui ont dû se placer en quarantaine après avoir été en contact prolongé avec une personne infectée par le coronavirus. Selon les résultats du rapport, toute personne en quarantaine ayant eu un test négatif après 7 jours est demeurée négative au bout de 14 jours. Les sujets utilisaient un test de salive à la maison, dont les résultats peuvent être connus dans un délai de 12 à 24 heures en moyenne.

Ces chiffres laissent ainsi présager que la période de quarantaine pourrait être réduite de moitié pour les travailleurs de la santé en respectant un protocole de tests bien établi. Mais le coauteur de l’étude et directeur adjoint du Centre de recherche évaluative en santé du CUSM, Benjamin M. Smith, affirme que ces résultats préliminaires doivent être interprétés avec prudence. L’étude a été publiée « à cause de la deuxième vague, où les hôpitaux travaillent à la limite de leurs capacités », a-t-il précisé. Si la logique se confirme, il est possible que les chercheurs considèrent une réduction de la quarantaine pour toute la population.

Pas encore de variants au Canada

L’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) a soutenu, vendredi, que les données génomiques ne démontrent jusqu’ici aucune présence de nouveaux variants de la COVID-19 qui ont été décelés au Royaume-Uni et en Afrique du Sud.

Dans une déclaration, l’administratrice en chef de la santé publique, la Dre Theresa Tam, a toutefois signalé que les mesures canadiennes de contrôle des voyageurs seront resserrées et que les plans de mise en quarantaine des voyageurs à leur arrivée au Canada seront surveillés de plus près.

Comme les premiers ministres Justin Trudeau, François Legault et Doug Ford, l’ASPC recommande d’éviter les voyages non essentiels à l’étranger. Elle suggère aussi aux Canadiens de redoubler de prudence s’ils doivent se déplacer au Royaume-Uni ou en Afrique du Sud. Pendant ce temps, les taux d’infection demeurent élevés dans beaucoup de régions du Canada. Les plus récentes données nationales indiquent des moyennes quotidiennes de 6675 nouveaux cas de COVID-19 pour la semaine du 17 au 23 décembre, et les taux d’infection sont élevés dans tous les groupes d’âge.

— Avec Antoine Trussart, La Presse, et La Presse Canadienne

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