Ils n’avaient pas prévu revenir au Canada aux Fêtes, mais ces Québécois installés en Angleterre avaient organisé leurs vacances en se fiant à la directive du gouvernement britannique de permettre les déplacements dans le pays et les rassemblements entre amis. Samedi, leurs plans sont tombés à l’eau : les 16 millions d’habitants de Londres et du sud-est de l’Angleterre sont reconfinés en raison de la propagation d’une mutation du SARS-CoV-2.

Judith Lachapelle Judith Lachapelle
La Presse

Un résultat positif en cadeau

PHOTO FOURNIE PAR JEAN-MICHEL BEAULIEU

Jean-Michel Beaulieu

Jean-Michel Beaulieu a appris trois mauvaises nouvelles d’un coup durant le week-end : le reconfinement, l’apparition d’une souche mutante du virus… et son propre résultat positif à la COVID-19. « Comme Londonien, on vit avec la crainte du virus au quotidien. Le port du masque n’est pas obligatoire dans les rues, mais je me sentais en sécurité. » Lundi dernier, une collègue a dû quitter le bureau en pleine journée après avoir appris qu’une de ses connaissances avait reçu un diagnostic positif. Le mercredi, Jean-Michel a commencé à éprouver des symptômes. Le vendredi, les 15 employés du bureau sont allés se faire tester. Et tous ont eu un résultat positif. « Je vais bien, malgré tout », dit Jean-Michel. Il a souffert d’une grosse fièvre, d’une toux sèche, de maux de tête et de courbatures. Est-il tiré d’affaire ? « Je ne sais pas. Je parle avec des collègues, et ils disent que ça part puis que ça revient. Pour l’instant, je me repose, et ça va bien. » Dès que la nouvelle du reconfinement a été annoncée, les gens se sont rués au supermarché, dit-il. L’incertitude tient aussi du fait que le Brexit est imminent. La sortie officielle du Royaume-Uni de l’Union européenne doit se faire le 31 décembre, et les négociations entre Londres et Bruxelles n’ont pas encore abouti. « Ça rend les gens nerveux. »

Déception sur déception

PHOTO FOURNIE PAR GENEVIÈVE HIGGINS-DESBIENS

Geneviève Higgins-Desbiens

« Au moins, au Québec, les gens ont pu se préparer mentalement en conséquence. C’est mieux que se faire annoncer ça à moins d’une semaine de Noël… » Geneviève Higgins-Desbiens avait déjà fait une croix sur son souhait de revenir à Montréal pour les Fêtes avec son conjoint en raison des exigences de la quarantaine à l’arrivée au Canada et au retour en Grande-Bretagne. Le couple, qui habite Greenwich, à l’est de Londres, avait décidé de s’organiser un séjour en Écosse. « On avait réservé il y a un mois et demi et on a appris samedi qu’on devait tout annuler, dit-elle. On savait que les cas augmentaient, mais on s’accrochait aux cinq jours promis pour Noël. » À l’annonce du confinement à Londres, les gens se sont précipités pour faire des emplettes. « On a dû faire deux épiceries pour trouver de la farine. C’est comme si on retournait en mars. Avec le vaccin, on avait tellement d’espoir ! Ç’a été une année difficile pour tout le monde. On pensait qu’on voyait la lumière au bout du tunnel, et là, on ne sait plus si elle est encore là… C’est vraiment dur. »

Une décision prévisible

PHOTO FOURNIE PAR SIMON COUILLARD

Simon Couillard

Quand la COVID-19 a frappé en mars, le pneumologue Simon Couillard a choisi de rester en Angleterre, où il poursuit depuis 18 mois ses études et recherches sur l’asthme à Oxford. Envoyé au front comme d’autres collègues, il décrit une situation « triste et lugubre » le printemps dernier dans l’hôpital où il pratique, avec des patients fiévreux qui déliraient, qui ne comprenaient pas ces médecins à l’accent étranger (canadien, mais aussi australien) qui les soignaient et qui mouraient seuls, séparés de leur famille. La situation n’est actuellement pas aussi mauvaise qu’au printemps, mais la décision de reconfiner Londres et le sud de l’Angleterre n’est pas surprenante, dit-il. « C’était assez évident qu’avec cinq jours et trois familles, on allait voir le nombre d’éclosions accélérer », dit-il. Comme d’autres membres du personnel de la santé en première ligne, le DCouillard a déjà reçu sa dose de vaccin il y a une dizaine de jours. Il ne s’inquiète pas trop des décisions de suspendre les liaisons internationales avec le Royaume-Uni. « C’est peut-être une question de temps avant que les chercheurs européens séquencent la mutation et découvrent qu’elle est déjà en Europe, dit-il. Peut-être que la décision de fermer les frontières au Royaume-Uni est surtout politique. »

De la quarantaine au confinement

PHOTO FOURNIE PAR GENEVIÈVE GRAVEL

Geneviève Gravel et son fils

Geneviève Gravel est arrivée au Royaume-Uni le 9 décembre dernier, pour y rejoindre son conjoint avec son fils. Sa quarantaine à peine terminée, la ville où elle se trouve, Richmond, à l’ouest de Londres, a dû se confiner. Bien qu’elle compte séjourner au pays jusqu’à la fin de l’été, l’idée de ne pas pouvoir rentrer au Canada en cas d’urgence l’inquiète. « Je ne m’attendais pas à ça », dit-elle. Depuis son arrivée, elle constate des différences entre la pandémie au quotidien au Québec et en Angleterre. « Je trouve qu’il manque de contrôle à l’épicerie, où les gens ne gardent pas leurs distances. Les livreurs n’ont pas de masque. Dans le Tube [le métro londonien], le masque est obligatoire, mais j’ai vu plusieurs personnes qui ne l’avaient pas, dit-elle. Ce matin, mon conjoint a pris des photos des étagères vides à l’épicerie. Ça va probablement se remplir, mais avec le Brexit dans une semaine, ça sera déjà difficile pour l’approvisionnement. »

PHOTO FOURNIE PAR GENEVIÈVE GRAVEL

Étagères vides photographiées par le conjoint de Geneviève Gravel, en Angleterre

Exode urbain

PHOTO FOURNIE PAR BENOÎT LAFLAMME

Benoît Laflamme, sa conjointe, Lyne Lejeune, et leurs fils, Philippe et Alex

La famille de Benoît Laflamme, elle, avait espéré pouvoir aller passer Noël en Allemagne, chez une tante. « Mais la semaine dernière, on a vu les restrictions en Allemagne qui se resserraient et on a reporté le voyage à Pâques. On a bien fait, parce qu’on s’est bien rendu compte ce week-end qu’on ne serait pas les bienvenus ! » À la place, la petite famille, qui habite Battersea, au sud-ouest de Londres, avait envisagé de passer Noël dans les Cornouailles… projet qui a aussi dû être annulé samedi. « On dirait qu’il y a eu un exode dans notre rue », dit-il en constatant le peu de voitures stationnées. « Beaucoup de personnes sont parties samedi hors de la ville. »

Des plans en suspens

PHOTO FOURNIE PAR ANNE-MARIE GIRARD HIVON

Anne-Marie Girard Hivon

« C’est sûr que c’est décevant de l’apprendre à la dernière minute », reconnaît Anne-Marie Girard Hivon, travailleuse sociale dans un hôpital du sud-ouest de Londres. « Mais si on suit les chiffres d’éclosion, on voyait, depuis longtemps, que ça n’allait pas. Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement a attendu aussi longtemps pour chambouler ses plans. » Est-elle inquiète de cette mutation du virus ? « Pas tant que ça. Je suis inquiète pour les personnes plus vulnérables, mais comme je suis jeune et en santé, ça ne m’inquiète pas. » Elle s’attend à recevoir son vaccin prochainement puisque son hôpital est en train de dresser la liste du personnel intéressé à le recevoir. Elle sera sur les rangs. « Je le vois comme une responsabilité sociale, pour protéger les plus vulnérables et limiter la contagion. » La suspension des liaisons aériennes avec le Canada ne la touche pas… pour l’instant. « J’avais prévu venir au Québec le 7 janvier. J’avais mon billet et prévu un plan d’isolement à mon arrivée. On verra maintenant ce qui va se passer… »