(Ottawa) La plus haute responsable de la santé publique du Canada a été un modèle de stoïcisme pendant la première année de la pandémie de COVID-19, mais la Dre Theresa Tam a été émue la semaine dernière lors de la vaccination des premiers Canadiens.

Mia Rabson
La Presse Canadienne

« Je pense que tout le monde a été touché par ces images », a-t-elle déclaré, en revenant sur une année que plusieurs aimeraient oublier.

Cela fait à peine 355 jours que la Dre Tam a reçu les premiers courriels signalant une éclosion de pneumonie d’origine inconnue dans la ville chinoise de Wuhan. En une semaine seulement, ces infections ont été liées à un nouveau coronavirus qui provoque ce que nous désignons maintenant comme la COVID-19.

Lors d’une entrevue de fin d’année avec La Presse Canadienne, la Dre Tam s’est dite émerveillée que le monde ait pu développer, tester, produire, distribuer et administrer un vaccin moins d’un an plus tard.

« C’est du jamais-vu dans l’histoire de la santé publique », souligne-t-elle, prise d’émotion face à cette « réalisation scientifique incroyable ».

Au printemps dernier, la plupart des experts s’attendaient à ce que le développement d’un vaccin prenne de 12 à 18 mois, avec un peu de chance. Mais les investissements massifs de divers gouvernements et du secteur privé ont expédié le processus.

Le Canada s’attend à pouvoir vacciner plus de 200 000 personnes d’ici la fin de 2020, trois millions d’ici la fin mars et la plupart des Canadiens qui veulent recevoir le vaccin d’ici la fin septembre.

Les organismes de réglementation internationaux ont rapidement tâché d’harmoniser les normes et fait savoir aux entreprises pharmaceutiques ce qui était attendu d’un éventuel vaccin. Santé Canada a ajusté ses propres règles pour permettre un examen initial des candidats pendant leur phase finale d’essais, et non après. Ses équipes se sont agrandies et ont travaillé sept jours sur sept, avec des experts constamment mis à leur disposition par les entreprises pour répondre à toute question.

Tout cela a permis à Santé Canada de compléter son examen du vaccin de Pfizer-BioNTech cinq jours seulement après en avoir reçu les derniers documents. L’examen de celui de Moderna devrait suivre les mêmes délais. Ces vaccins devraient à eux deux offrir suffisamment de doses pour inoculer 30 millions de Canadiens l’an prochain.

En entrevue la semaine dernière, le premier ministre Justin Trudeau a affirmé que son gouvernement avait agi rapidement pour identifier des vaccins prometteurs et conclure des ententes de préachat, car il avait tiré sa leçon du manque d’équipements de protection individuelle pour les travailleurs de première ligne au début de la pandémie.

Le Canada avait alors été en mesure de convertir des usines pour commencer à fournir localement des respirateurs, des masques et du désinfectant pour les mains. Mais améliorer les capacités de développement et de production de vaccins prendra beaucoup plus de temps. C’est l’une des lacunes dans la préparation du Canada qui a été mise en relief par la COVID-19 — et qui a donné une longueur d’avance à d’autres pays pour vacciner l’ensemble de leur population.

Les États-Unis, qui ont injecté plus de 18 milliards US (23 milliards CAN) pour développer et acheter des vaccins dans le cadre de leur opération Warp Speed, devraient recevoir suffisamment de doses pour vacciner la plupart des 328 millions d’Américains quelques mois avant la date que s’est fixée le Canada pour vacciner ses 38 millions d’habitants.

Selon la Dre Tam, bien qu’il y ait de nombreuses leçons à tirer en vue d’une autre pandémie, chaque virus est différent.

Elle avait été alarmée par les mises en garde qui lui étaient parvenues en décembre, étant donné leur ressemblance à celles de l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère de 2003.

Mais contrairement au SRAS, qui avait un taux de mortalité supérieur à 10 %, la COVID-19 s’est avérée moins sévère dans la plupart des cas et contagieuse avant même l’apparition des symptômes, lui permettant de se propager plus rapidement et largement.

Les premiers conseils selon lesquels les personnes asymptomatiques n’avaient pas besoin de se couvrir le visage se sont avérés malavisés.

Le Canada a également fait erreur en se concentrant initialement sur les voyageurs en provenance de Chine : on sait maintenant que le virus s’est surtout propagé au pays par le biais de personnes venant d’Europe et des États-Unis.

Il n’y avait pas de feuille de route pour l’imposition de mesures comme les confinements généralisés et la fermeture de la frontière canado-américaine aux voyages non essentiels, souligne la Dre Tam.

Les vaccins représentent pour elle une source d’espoir, mais la peur que trop peu de gens acceptent de se faire immuniser la garde éveillée la nuit. Ses priorités pour le début de la nouvelle année sont notamment de faire connaître les succès des vaccins, raconter les témoignages de ceux qui ont été vaccinés et encourager les gens à s’informer au sujet des vaccins auprès de sources crédibles.