(Québec) Québec veut combattre le scepticisme et le discours anti-vaccination dans l’espoir qu’au moins 75 % de la population soit vaccinée d’ici la fin de l’année prochaine.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Le gouvernement Legault a envoyé cette semaine à tous les CISSS et CIUSSS un plan de communication pour convaincre les Québécois de se faire vacciner, document que La Presse a obtenu.

Selon des données préliminaires que le gouvernement a reçues par sondage, 7 Québécois sur 10 se disent prêts à recevoir la piqûre ; 30 % sont indécis, sceptiques ou réfractaires.

Dans son plan, le gouvernement relève de nombreux « enjeux de communication », des obstacles à surmonter pour que la campagne de vaccination massive connaisse du succès.

« Les multiples questionnements sur les véritables bienfaits de la vaccination, de façon générale, et les risques qui y sont associés font en sorte que la population est de plus en plus critique et sceptique face à la vaccination pour prévenir les maladies infectieuses. Cela pourrait amplifier leur hésitation face à la vaccination contre la COVID-19 », peut-on lire dans le document.

« De plus, le fait que les vaccins pourraient entraîner des effets secondaires indésirables, et qu’il y a des incertitudes quant à la durée de la protection offerte, pourrait générer de l’inquiétude et de l’hésitation à se faire vacciner. La population pourrait aussi se questionner sur le risque de se faire administrer un vaccin qui a été conçu grâce à de nouvelles technologies de développement. »

Québec considère « possible que la population questionne et craigne la fiabilité et la sécurité des vaccins […] étant donné que [ceux-ci] ont été créés, produits et homologués en mode accéléré ». Il rappelle que toutes les étapes d’approbation et d’homologation ont été respectées.

« Puisque la distribution des vaccins est une responsabilité du gouvernement fédéral, le nombre de doses disponibles pour le Québec et l’équité entre les provinces pourraient devenir une source d’inquiétude pour la population, et ce, si le nombre de doses disponibles ne suit pas le plan de vaccination des clientèles prévu par le Québec », souligne-t-il par ailleurs.

Des enjeux de communication 

Avec la Santé publique, le gouvernement a décidé de donner priorité aux résidants des CHSLD et aux travailleurs de la santé dans sa campagne de vaccination. Or, « certaines personnes pourraient être insatisfaites du choix des clientèles priorisées, craindre de ne pas être vaccinées et argumenter sur l’équité. D’un autre côté, les personnes ciblées prioritairement pourraient croire à tort qu’elles sont utilisées comme laboratoire d’expérimentation », souligne le document.

Québec constate également que « les groupes anti-vaccination se feront entendre sur la place publique ». « Ces groupes bénéficient d’une tribune privilégiée dans les médias sociaux et peuvent façonner l’opinion publique, au détriment de l’expertise des autorités médicales et scientifiques », observe-t-il.

Autre « enjeu de communication » à ses yeux : la « banalisation de la situation pandémique avec l’arrivée des vaccins ». « Certaines personnes pourraient croire à tort que le virus circule moins puisque des vaccins sont disponibles et que la vaccination est en cours. Cela pourrait réduire leur vigilance envers les mesures sanitaires à adopter », soutient-il.

Convaincre les travailleurs de la santé

Québec est soucieux que les travailleurs de la santé adhèrent à la vaccination. La PDG adjointe du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, Francine Dupuis, a causé la surprise cette semaine en déclarant à Radio-Canada que seulement entre 35 et 40 % des employés du CHSLD Maimonides avaient donné leur consentement pour recevoir le vaccin. C’est l’un des deux CHSLD du Québec qui ont reçu les premières doses.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Francine Dupuis, PDG adjointe du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal

« Les professionnels de la santé ont les mêmes préoccupations que le reste de la population au sujet de la vaccination contre la COVID-19 et de leur intention ou non de se faire vacciner. Certains d’entre eux sont d’ailleurs réfractaires à la vaccination pour eux et pour leur entourage », reconnaît le gouvernement dans son plan de communication. « D’un autre côté, la pression pourrait être forte pour que leurs proches soient vaccinés en priorité afin de réduire les taux d’absentéisme. »

Pour toutes ces raisons, Québec prévoit une offensive de communication pour promouvoir la vaccination. Il compte marteler que « les vaccins sont fiables et sécuritaires ». Il veut rappeler le bien-fondé de cette campagne, expliquer le choix des groupes mis en priorité et démontrer que le réseau est bien préparé. C’est dans cette optique que le gouvernement a décidé de diffuser chaque jour le nombre de personnes qui se sont fait vacciner. Au-delà d’un discours à l’échelle nationale, il faudra déployer une « communication publique de proximité pratico-pratique » sur les modalités de la vaccination.

Sur les réseaux sociaux

Québec veut également intervenir sur les réseaux sociaux pour contrecarrer le discours anti-vaccin. Il faut « reconnaître et circonscrire la désinformation », indique-t-il. Il compte aussi sur les « relayeurs scientifiques » – médecins et experts qui interviennent régulièrement dans les médias – pour « rappeler les maladies infectieuses qui ont fait des ravages dans le passé et qui ont été éradiquées grâce à la vaccination ». Aux professionnels de la santé, il enverra le message qu’« il est important de se faire vacciner au moment désigné », par l’entremise de communications administratives.

Il est important pour lui de « faire valoir les avantages de la vaccination comme première étape pour retrouver une vie normale ». Québec veut ainsi faire en sorte que les « récalcitrants » et les « indécis » basculent dans le camp des « convaincus ». Un indécis « peut facilement être convaincu des bienfaits de la vaccination contre la COVID-19 en voyant une personnalité connue et respectée se faire vacciner », note-t-il.

Quant aux récalcitrants, il faudra les « éduquer », et « il s’agira de piquer leur curiosité afin qu’ils ressentent le besoin de s’informer davantage sur la vaccination contre la COVID-19 ».

Évidemment, une campagne publicitaire est prévue. Elle sera financée à même le budget de communication mis en place au début de la pandémie, de l’ordre de 12 millions de dollars par mois. Les publicités viseront à inciter les Québécois à se faire vacciner, mais aussi à leur rappeler l’importance de continuer à respecter les consignes sanitaires.

Le grand objectif du gouvernement : « contribuer à ce que minimalement 75 % des publics cibles soient vaccinés d’ici la fin de l’année 2021 ». Par « publics cibles », il entend non seulement les groupes mis en priorité, mais aussi la population en général.