L’ambivalence par rapport à la vaccination persiste chez les employés du Centre hospitalier gériatrique Maimonides de Côte-Saint-Luc, où ont été administrées les premières doses, lundi.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Francine Dupuis, PDG adjointe du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, estime qu’entre 35 % et 40 % des employés du centre ont l’intention de se faire vacciner. Les autres ont préféré attendre. On ne parle pas de résistance, mais d’hésitation.

N’étant pas autorisés à parler aux médias, les travailleurs interrogés par La Presse ont demandé l’anonymat. « Non, pas question de me faire vacciner dans les prochains jours. C’est beaucoup trop tôt », a tranché une préposée aux bénéficiaires qui préfère attendre un peu, par crainte de possibles effets secondaires.

C’était aussi l’avis de deux infirmières rencontrées sur place vers midi. « C’est un choix difficile quand on n’a pas toute l’information. C’est [le vaccin] arrivé très vite, on préfère attendre un peu avant de prendre une décision », a dit l’une d’entre elles. Au contraire de ces employés, qui se sentaient comme des « cobayes », d’autres n’étaient aucunement hésitants.

Après des mois, on a finalement cette bonne nouvelle et on a la chance de faire partie des premiers. Je sais que certains collègues hésitent, mais je demeure confiant.

Un infirmier qui profitait d’une courte pause

De passage pour visiter son mari qui réside au Centre Maimonides, une femme s’est inquiétée du refus de certains employés de se faire vacciner. « Ils ont le droit, on ne doit pas forcer les gens. Mais franchement, je trouve que c’est un mauvais choix. Mon mari sera vacciné dans les prochains jours. On attendait tous ça. »

Pas surprenant, selon une étude

Que le personnel de la santé ne se rue pas sur les premières doses n’est pas si surprenant à la lecture d’une étude de l’Institut national de santé publique du Québec, portant celle-là sur la vaccination contre la grippe saisonnière. Lors de la campagne de 2017-2018, parmi les travailleurs de la santé, seulement 41 % s’étaient fait vacciner.

En entrevue, Jacques Létourneau, président de la CSN, souligne que son organisation « va soutenir la santé publique et appeler les travailleurs à se faire vacciner ».

« Bien sûr, il n’y aura pas d’obligation, on est dans la sensibilisation. »

Que dit la loi ?

Mais pourrait-il y avoir une obligation légale ? MIsabelle Martin, professeure de droit du travail à l’Université de Montréal, souligne que la jurisprudence à ce sujet est presque inexistante.

En gros, explique-t-elle, l’article 1 de la Charte des droits et libertés interdit toute atteinte à l’intégrité physique de la personne. Mais à l’article 9,1, la même Charte précise que les droits ne sont pas absolus et qu’ils peuvent être limités quand il n’y a pas moyen de faire autrement.

Lors de la grippe H1N1, évoque MMartin, les employés de la santé avaient été incités à se faire vacciner contre la grippe saisonnière et à prendre du Tamiflu. Une employée qui travaillait dans un centre où il y avait eu éclosion de H1N1 et qui avait refusé ces précautions avait été momentanément exclue du travail, ce qu’elle a contesté devant les tribunaux, alléguant le droit à son intégrité physique.

La Cour supérieure ne lui a pas donné raison, note MMartin, parce que « la Charte ne protège pas des conséquences économiques » que l’on subit et parce que l’employée n’avait pas non plus été obligée de se faire vacciner.

Les circonstances exceptionnelles pourraient-elles carrément obliger des gens à se faire vacciner, cette fois ? « Normalement, l’employeur n’a pas ce pouvoir-là. Les circonstances exceptionnelles d’une pandémie pourraient-elles amener les tribunaux à trancher en ce sens ? Je ne le sais pas », répond MMartin.

En tout cas, pour l’heure, la population espère fortement que les travailleurs de la santé acceptent de se faire vacciner, à en croire un sondage Angus-Reid réalisé entre le 8 et le 11 décembre. Des 1603 répondants (des adultes canadiens), 71 % ont dit estimer que la vaccination devrait être obligatoire pour les travailleurs de la santé.