Au moins quatre infirmières des urgences de l’hôpital général du Lakeshore ont reçu mercredi un diagnostic positif à la COVID-19. Les cas continuent de s’accumuler dans cet hôpital de l’Ouest-de-l’Île de Montréal, qui est en éclosion depuis le 25 novembre.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Mardi, 23 employés et 35 patients avaient reçu un diagnostic positif à la COVID-19 à l’hôpital général du Lakeshore, centre désigné pour accueillir les patients COVID du territoire. Quatre unités sont toujours considérées comme en éclosion. La salle des urgences n’en fait pas partie, mais est « sous investigation », confirme Hélène Bergeron-Gamache, porte-parole du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal. Celle-ci explique que puisque la transmission communautaire est présente au Québec, « il est difficile de déterminer si ce sont les employés ou les patients qui sont à l’origine de ces éclosions ».

Présidente du Syndicat des professionnelles en soins de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, Johanne Riendeau affirme que le personnel ne se promène pas des zones rouges aux zones vertes. Elle ne comprend pas comment les cas continuent d’éclore. « On ne sait pas d’où ça vient », dit-elle.

Le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal assure que tous les équipements de protection sont en place et que six prélèvements ont été faits dans les derniers jours pour « tester l’environnement ». « Ils se sont tous révélés négatifs », affirme Mme Bergeron-Gamache.

Le vaccin et les mesures, des amalgames à éviter

Par ailleurs, alors que le Canada doit lancer la semaine prochaine sa campagne de vaccination, l’espoir d’un éventuel retour à la vie « normale » est plus que jamais tangible. S’ils espèrent eux aussi pouvoir reprendre leurs activités quotidiennes dans un avenir rapproché, des experts rappellent néanmoins que la vaccination ne doit en aucun cas devenir synonyme de relâchement des mesures.

« Les nouvelles qu’on annonce et dont on parle beaucoup peuvent toujours avoir un impact sur nos comportements, et le vaccin en fait partie », raisonne la Dre Sophie Zhang, cheffe adjointe de l’hébergement au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

Pour elle, il faut marteler dès maintenant des messages clairs quant au vaccin. « Qu’on dise, à chaque fois, que c’est encore le statu quo pour les mesures, qu’on doit faire exactement comme avant, bref, qu’on ne relâche absolument rien. Oui, ça donne espoir pour le futur, mais ça ne devrait rien changer dans le présent », ajoute la Dre Zhang.

C’est seulement avec le recul, une fois qu’on aura vacciné tout le monde, qu’on pourra vraiment faire des changements au niveau des consignes.

La Dre Sophie Zhang, cheffe adjointe de l’hébergement au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal

Professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM), Roxane Borgès Da Silva est globalement du même avis. « Le vaccin ne sera pas libérateur tout de suite, il faut le rappeler, avance-t-elle. Comme tout le monde n’y aura pas accès tout de suite, on continuera probablement à avoir de la contamination, des gens malades, des gens confinés, des hospitalisations, et ainsi de suite. »

La spécialiste, qui fait partie des 80 experts qui ont demandé lundi au gouvernement de remettre le Québec sur pause pendant les Fêtes, affirme que « nous avons atteint la limite de nos mesures ». « Si on attend trop longtemps, on risque de surcharger le réseau, d’accroître le délestage et d’avoir encore plus de dommages collatéraux. On ne s’en sortira pas sans reconfiner », illustre-t-elle, citant au passage le cas de l’Allemagne, qui restera confinée au moins jusqu’en janvier.

À l’UQAM, le virologue Benoit Barbeau croit surtout que c’est la volte-face des autorités qui contribuera à baisser l’adhésion aux mesures. « Le vaccin ne sera pas le facteur de changement. À mon sens, c’est surtout le renversement de situation. On a dit aux gens qu’ils pourraient fêter à Noël, alors, qu’on ait refermé ou pas cette ouverture, plusieurs tiendront pour acquis qu’ils le peuvent », s’inquiète-t-il, avouant toutefois qu’il n’est « pas impossible » que l’arrivée du vaccin joue sur les perceptions. « Ce serait inquiétant », précise-t-il.

Dès le départ, même au moment où Québec avait permis deux rassemblements entre le 24 et le 27 décembre, M. Barbeau était de ceux qui croyaient que le strict minimum était de mise pendant les Fêtes. « C’est simple : on continue de rester dans notre bulle, on essaie d’éviter les contacts, et surtout, on ne va pas visiter la parenté. C’est malheureux, mais c’est ce qu’on doit faire », implore-t-il.

Des cas en hausse

La province a fait état mercredi de 1728 nouveaux cas de COVID-19 et de 36 décès. Le Québec rapporte désormais en moyenne plus de 1600 nouveaux cas par jour dans la dernière semaine.

Ces nouvelles données portent à 156 468 le nombre de personnes qui ont été infectées par la COVID-19 depuis le début de la pandémie. Au total, 7349 personnes ont succombé à la maladie jusqu’ici.

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Fortement touchée par la crise, avec 286 infections recensées mercredi, la Montérégie déplore à elle seule 11 décès, suivie de Montréal, du Saguenay–Lac-Saint-Jean et de la Capitale-Nationale avec 5. La Mauricie et l’Estrie enregistrent aussi trois morts de plus. Enfin, les régions de l’Outaouais, de Chaudière-Appalaches, de Laval et des Laurentides déplorent un décès chacune.

Après des bonds importants dans les derniers jours, le nombre de patients hospitalisés continue d’augmenter : 9 nouvelles hospitalisations s’ajoutent en effet au bilan, soit 81 sorties et 90 entrées. À ce jour, 844 personnes sont hospitalisées. De ce nombre, 121 se trouvent toujours aux soins intensifs, soit une augmentation de 7 cas par rapport à la veille.

« Dès que vous présentez le moindre symptôme de la COVID, vous devez aller vous faire dépister. Il ne faut pas attendre, si vous attendez avant de vous faire dépister et que vous êtes positif à la COVID, vous infectez les personnes autour de vous », a insisté sur Twitter le ministre de la Santé, Christian Dubé.

La situation s’améliorant depuis environ deux semaines, le Saguenay–Lac-Saint-Jean n’est plus la région affichant le plus de cas par 100 000 habitants. C’est en effet la région de Laval, sur la couronne nord de Montréal, qui détient désormais ce sombre titre, avec une moyenne quotidienne de 31 cas par 100 000 habitants, et ce, depuis une semaine. Mercredi, Laval a ajouté 140 cas.

On a aussi enregistré 230 cas dans la Capitale-Nationale, soit une hausse marquée par rapport aux trois derniers jours. Montréal, de son côté, ajoute 478 infections au bilan total. À l’échelle du Canada, ce sont 432 653 cas de COVID-19 et 12 931 décès qui ont été rapportés depuis l’apparition du virus au pays.

– Avec Gabrielle Duchaine, La Presse