(Ottawa) C’est fait. Avant les États-Unis, avant l’Union européenne, le Canada a donné le feu vert au premier vaccin contre la COVID-19, celui de Pfizer-BioNTech. Il devient ainsi le troisième pays au monde à l’approuver, après le Royaume-Uni et le Royaume de Bahreïn.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Le vaccin Pfizer-BioNTech a été officiellement autorisé pour usage au pays par un arrêté d’urgence de Santé Canada, mercredi. « Il s’agit d’une étape cruciale dans notre lutte contre la COVID-19 », a déclaré le Dr Marc Berthiaume, directeur du Bureau des sciences médicales de Santé Canada, en conférence de presse.

« Après un examen approfondi et indépendant des preuves, Santé Canada a déterminé que le vaccin de Pfizer/BioNTech répond aux exigences rigoureuses du ministère en matière d’innocuité, d’efficacité et de qualité pour son utilisation au Canada », a déclaré l’agence fédérale dans un communiqué.

Les modalités de l’autorisation du vaccin contraignent le fabricant à continuer à fournir des renseignements à Santé Canada « sur l’innocuité, l’efficacité et la qualité du vaccin afin de garantir que les avantages du vaccin continuent d’être démontrés par son utilisation sur le marché », y ajoute-t-on.

L’agence a publié un certain nombre de documents pour justifier la décision, notamment « un résumé de haut niveau des preuves que Santé Canada a examinées pour appuyer l’autorisation du vaccin », dont les premiers essais s’adressent aux personnes âgées de 16 ans ou plus.

Le feu vert des autorités sanitaires canadiennes arrive plus rapidement que prévu, avant celui des États-Unis et de l’Union européenne. Comment Ottawa s’y est-il pris pour les battre de vitesse ? « On est meilleurs », a d’abord lâché en souriant la Dre Supriya Sharma, conseillère médicale principale chez Santé Canada.

Sur une note plus sérieuse, elle a précisé que l’agence sanitaire n’avait fait aucun compromis sur la sécurité du produit, et que les experts en étaient arrivés à leur décision après avoir analysé de nouvelles informations qui sont arrivées tard mardi soir.

« C’est un jour exceptionnel pour le Canada, s’est réjouie la Dre Sharma à la conclusion de la conférence de presse. En cette année où on a eu tellement de mauvaises nouvelles, en voici une bonne, et je crois qu’on doit s’arrêter un moment pour en prendre conscience. »

En route vers la campagne de vaccination

La distribution du vaccin contre la COVID-19 pourrait ainsi débuter de façon imminente. Car selon ce qu’a affirmé le major général Dany Fortin, le grand maître d’œuvre de la campagne d’inoculation au pays, il faut compter « un ou deux jours » entre la réception et la distribution des vaccins.

Le Canada doit recevoir quelque 249 000 doses du vaccin au cours des prochains jours. Les premières doses seront distribuées dans les provinces au prorata de leur population. C’est donc dire qu’à raison de deux doses du vaccin, près de 30 000 personnes devraient être inoculées au Québec d’ici la fin de l’année.

Le Canada a acheté 20 millions de doses du vaccin de Pfizer-BioNTech, et pris une option d’achat sur 56 millions d’autres. La distribution du vaccin pose un défi logistique de taille, car il doit être conservé à une température d’environ -70 degrés Celsius.

Mais tout est en place, a assuré le major général Fortin.

« Nous sommes prêts [...] D’ici lundi, le Canada pourra compter sur 14 [sites de vaccination], a indiqué le haut gradé des Forces armées canadiennes, qui a été désigné vice-président de la logistique et des opérations à l’Agence de la santé publique du Canada.

Une répétition générale impliquant 100 personnes se tiendra vendredi, a-t-il annoncé.

C’est aussi vendredi que 30 000 vaccins décolleront de la Belgique, où se trouve l’usine de Pfizer qui produit le vaccin pour le Canada, pour arriver lundi en sol canadien, a spécifié la ministre de l’Approvisionnement, Anita Anand, après la période des questions en Chambre.

Sa collègue à la Santé, Patty Hajdu, qui lui a succédé au micro, a tenu à rappeler aux Canadiens que même si l’arrivée des premières doses est imminente, les Canadiens doivent continuer à éviter les rassemblements et à respecter les règles de la santé publique.

Le gouvernement Trudeau a conclu des ententes pouvant lui donner accès à plus de 200 millions de doses de différents fournisseurs. Des trois vaccins dont les études cliniques vont particulièrement rondement, celui de Moderna est « le plus avancé », a signalé le Dr Berthiaume.

Dans un plan de vaccination dévoilé mercredi, on peut lire qu’« en attente de l’autorisation réglementaire, le Canada est bien positionné pour immuniser 100 % de la population en 2021 ». Le premier ministre Trudeau avait auparavant affirmé que « la majorité » de la population devrait être inoculée d’ici la fin septembre.

D’ici là, le gouvernement fédéral prévoit être en mesure de faire vacciner trois millions de personnes qui font partie de groupes prioritaires entre les mois de janvier et de mars avant d’ouvrir à la population générale au mois d’avril.

Les allergies britanniques

Les représentants de Santé Canada ont voulu se montrer rassurants au moment de commenter l’expérience au Royaume-Uni, où les autorités sanitaires ont déconseillé d’inoculer le vaccin de Pfizer-BioNTech à des gens qui ont eu des réactions allergiques graves dans les heures ayant suivi le coup d’envoi de la campagne.

Deux personnes qui avaient déjà eu d’importantes réactions allergiques importantes ont « mal réagi », selon le directeur médical du service national de santé (NHS) pour l’Angleterre, Stephen Powis. Il a noté que ces personnes déjà sujettes aux allergies au point d’avoir toujours de l’adrénaline sur elles, « se remettent bien ».

Informées de ces réactions, les autorités canadiennes en sont « à revoir l’information sur ces cas-là » et vont émettre « rapidement des recommandations spécifiques sur la possibilité de réaction allergique », a affirmé le Dr Berthiaume.

Soulignant qu’il y a eu seulement deux cas de réactions allergiques sur un total de 44 000 essais cliniques, dont un cas qui est survenu alors qu’un placebo avait été administré, il a rappelé qu’il n’était pas inhabituel qu’un corps étranger ait ce genre d’effet sur l’organisme.

« La situation va beaucoup s’améliorer »

À la lumière de cette annonce, du côté de l’Assemblée nationale, le premier ministre François Legault s’est lancé dans les calculs.

« Il y a trois groupes qui sont importants de vacciner le plus rapidement possible : les CHSLD, les employés du réseau de la santé puis les RPA [résidences pour personnes âgées. Une fois qu’on va avoir vacciné ces trois groupes-là, la situation va beaucoup s’améliorer au Québec », a-t-il exposé en conférence de presse.

En considérant qu’« à peu près 70 % des décès » surviennent dans les CHSLD et dans les RPA, « si, demain matin, tous les gens dans les CHSLD et les RPA sont vaccinés, ça veut dire qu’on vient d’éliminer 70 % des décès », a suggéré le premier ministre Legault.

Le Québec doit recevoir 55 000 doses d’ici le 4 janvier.

Une lumière au bout du tunnel

La nouvelle de l’approbation a vite suscité des réactions positives au pays.

« C’est une nouvelle phénoménale pour tous les Canadiens. [...] Dès que les vaccins arriveront en sol ontarien, nous serons prêts à les distribuer et à les administrer. Mes amis, la lumière au bout du tunnel est encore plus brillante », a réagi sur Twitter le premier ministre de l’Ontario Doug Ford.

Sur la colline du Parlement à Ottawa, mercredi, le chef conservateur Erin O’Toole, dont la formation critique depuis des semaines la gestion du gouvernement dans ce dossier, s’est montré satisfait de ce développement positif, sans pour autant encenser les libéraux.

« C’est une bonne nouvelle, et les Canadiens ont besoin d’une bonne nouvelle à l’approche de Noël », a-t-il offert en mêlée de presse à l’issue de la rencontre hebdomadaire de son caucus. Il estime que cette première phase permettra de mettre le plan logistique à l’épreuve en prévision de la campagne de vaccination massive.

Avec l’Agence France-Presse