La récente hausse des cas et hospitalisations attribuables à la COVID-19 pousse Québec à délester dès maintenant les activités dans les hôpitaux. Et le gouvernement songe à un confinement à la carte durant les Fêtes.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

La pression est telle dans les hôpitaux de la province que Québec demande dès maintenant aux blocs opératoires de réduire de 50 % leurs activités. Et ce pourcentage pourrait même, le cas échéant, être réduit à 30 % d’ici la fin de l’année, a évoqué le ministre de la Santé, Christian Dubé, lundi.

Une directive demandant aux hôpitaux de la province de réduire leurs activités opératoires de 50 % a été diffusée lundi. Depuis un mois, le nombre de patients hospitalisés à cause de la COVID-19 ne cesse d’augmenter. Lundi, ce chiffre a atteint 818 patients, soit 18 % de plus que la semaine dernière.

Le ministre Dubé dit avoir donné cette directive « à regret ». Uniquement à Québec, plus de 4000 rendez-vous et 300 interventions chirurgicales sont maintenant annulés, note M. Dubé.

Le ministre ne s’en cache pas : la situation dans les hôpitaux est difficile. « La raison pour laquelle on doit délester, c’est pour libérer des infirmières et des médecins pour s’occuper de patients atteints de la COVID-19 », a-t-il expliqué.

Le Collège des médecins du Québec se dit « préoccupé » par le délestage, « surtout par le fait que des Québécois hésiteront à se rendre à l’hôpital malgré l’urgence de leur situation ». « Cela illustre combien il est important que les Québécois soient solidaires avec ceux qui travaillent à les soigner dans le réseau de la santé, en respectant les règles sanitaires », indique le Collège par courriel.

Du côté de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), on souligne que « la situation se dégrade très rapidement dans le réseau ».

La reprise en janvier s’annonçait déjà difficile, le niveau d’alerte vient de grimper. […] Nos efforts vont dans la réorganisation du réseau, mais il appartient à toute la population de minimiser les impacts dans le réseau. Les prochaines semaines s’annoncent difficiles, il va falloir un effort collectif pour faire face.

La Fédération des médecins spécialistes du Québec, par courriel

Réflexion en cours

Questionné pour savoir si Québec envisage d’imposer une période de confinement stricte durant les Fêtes comme le demandent certains experts, le ministre Dubé a affirmé qu’il veut plutôt « s’assurer avant que les règles en place sont suivies ».

Avec cette sortie de Christian Dubé, il faut s’attendre à ce que les policiers et les inspecteurs de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) soient plus présents pour faire respecter les consignes sanitaires. Cela dit, un confinement général comme celui du printemps ne peut être complètement exclu par Québec, car il y a une bonne part d’imprévisibilité dans l’évolution de la pandémie. Mais pour le moment, le gouvernement Legault songe davantage à un confinement à la carte durant les Fêtes, pour une période de deux à quatre semaines (de la mi-décembre à la mi-janvier).

La Santé publique est ainsi en réflexion pour déterminer quels secteurs d’activité pourraient être fermés de façon temporaire, dans l’espoir de casser la deuxième vague de la pandémie. Le gouvernement reconnaît que la période des Fêtes est une occasion à saisir. C’est d’ailleurs pourquoi, lorsqu’il a décidé d’interdire les rassemblements à Noël, il a tout de même maintenu les mesures qu’il avait proposées pour les écoles — afin de réduire la présence en classe des élèves — et pour les entreprises — afin de favoriser le télétravail.

Dans sa réflexion, la Santé publique cherche à faire en sorte qu’un confinement ait un réel impact sur la transmission du virus. Il ne serait pas question de fermer un secteur alors que, dans les faits, il y aurait peu d’éclosions jusqu’ici et que les contacts sociaux y sont limités.

Par ailleurs, le gouvernement tente de donner un peu d’oxygène aux Québécois malgré tout. Des discussions sont en cours avec la Santé publique en vue d’adopter des assouplissements pour la pratique du sport à l’extérieur. Le premier ministre François Legault a répété publiquement, depuis des semaines, qu’il espère des allègements pour faire bouger les jeunes.

Nouvelle semaine difficile

Le délestage et les réflexions sur un reconfinement surviennent alors que le Québec a connu une nouvelle semaine difficile, enregistrant une hausse des cas, des hospitalisations et des morts.

La province a ainsi continué à s’éloigner de son objectif de 1000 cas par jour que le directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda, avait fixé pour la période des Fêtes. Le Québec a rapporté 10 805 nouveaux cas de COVID-19 depuis une semaine, soit tout près de 1550 par jour. Cela représente une hausse de 18 % par rapport à la semaine précédente.

La propagation a été particulièrement forte dans la région du Grand Montréal, où l’on a recensé 6600 cas depuis une semaine, soit 25 % de plus que la précédente. La croissance est particulièrement élevée à Laval, où l’on recense quotidiennement en moyenne 28 nouveaux cas par 100 000 habitants.

Québec a aussi connu un fort regain, la région de la Capitale-Nationale enregistrant une hausse de 23 % et Chaudière-Appalaches, de 62 %.

À l’inverse, la situation a continué à s’améliorer au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Mais bien que ses 627 cas en une semaine représentent une baisse de 34 %, la région demeure celle qui rapporte le plus de cas en proportion de sa population, soit 32 par 100 000 habitants.

Signe que la COVID-19 gagne du terrain, la propagation ne se limite pas à un groupe d’âge. La hausse a toutefois été plus modeste chez les 70 ans et plus, les plus vulnérables : augmentation de 5 %.

Le nombre de morts a continué à augmenter, mais demeure bien en deçà des chiffres observés au printemps. Depuis une semaine, le Québec a déploré 32 morts par jour en moyenne, contre 31 la semaine précédente.

Enfin, si le nombre de décès est nettement inférieur que celui de la première vague, la durée de la deuxième vague semble beaucoup plus importante. Après avoir rapidement augmenté au printemps, le nombre de décès avait plafonné après 44 jours. Or, cet automne, près de 100 jours après le début de cette deuxième vague, le nombre de morts continue à augmenter.

Par ailleurs, Le Québec a réalisé un peu plus de 208 000 tests la semaine dernière, soit tout près de 30 000 en moyenne par jour, un nouveau sommet. Malgré la hausse du nombre de tests, le taux de positivité a continué à augmenter, s’établissant à 5,1 %, puisque le nombre de cas a progressé deux fois plus rapidement.

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