Le Québec a connu une hausse record de 2031 nouvelles infections liées à la COVID-19, d’après le bilan de samedi, en plus d’enregistrer 48 décès supplémentaires. Même s’il est gonflé par une correction des données présentées la veille, ce nouveau sommet inquiète les experts consultés par La Presse.

Antoine Trussart Antoine Trussart
La Presse

Pierre-André Normandin Pierre-André Normandin
La Presse

Selon l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), une partie de la hausse importante des cas annoncée samedi serait due à « un rattrapage dans la saisie de cas identifiés la veille qui n’avaient pas pu être saisis à temps », pouvait-on lire sur son site web samedi matin.

Le bilan diffusé vendredi était en effet incomplet. Celui-ci dénombrait seulement 875 cas confirmés le 3 décembre. Or les chiffres impressionnants publiés samedi incluent une correction de 571 cas en plus pour cette date, ce qui est anormalement élevé. Le bilan provisoire pour la journée du 4 décembre est actuellement de 1365 cas nouveaux cas quotidiens. Il est raisonnable de s’attendre que ce chiffre augmente dans les prochains jours.

Les chiffres rapportés chaque jour sont moins représentatifs de la réalité que la moyenne des nouveaux cas quotidiens de la dernière semaine, rappelle Nathalie Grandvaux, directrice adjointe scientifique au Centre de recherche du CHUM. La moyenne des sept derniers jours est de 1466 cas et elle est en augmentation constante depuis un peu plus de deux semaines.

Cette récente flambée de cas de COVID-19 s’explique par une hausse chez les moins de 70 ans depuis une semaine. Les 0 à 69 ans affichent en effet de fortes augmentations depuis une à deux semaines. Seuls les aînés affichent une légère tendance à la baisse depuis une semaine (- 6 %).

Les experts sont inquiets

« C’est très inquiétant, affirme néanmoins Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. Particulièrement pour les effets que ces nouveaux cas annoncent sur les hospitalisations et les décès dans quelques semaines. »

Est-ce que les mesures en place sont suffisantes pour protéger nos populations vulnérables et nos systèmes de soin ?

Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Considérant que le nombre de nouveaux cas quotidiens continue d’augmenter dans la province, il faudrait réfléchir à la possibilité d’instaurer des mesures plus strictes, selon elle.

Pour Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, cette hausse spectaculaire de cas peut s’expliquer en partie par le nombre important de tests effectués. Les 35 391 prélèvements recensés le 3 décembre se situent parmi les plus nombreux depuis le début de la pandémie.

« La positivité a lentement augmenté depuis novembre de 4 % à 5 % et on se rapproche du 5,5 % en ce moment. C’est une espèce de faux plat qui monte légèrement », constate-t-il.

Le nombre d’hospitalisations a diminué samedi, alors que 754 personnes sont hospitalisées à l’heure actuelle, soit 7 de moins que la veille. On compte désormais 96 personnes aux soins intensifs, une baisse de 1. Depuis une semaine, les hospitalisations ont toutefois augmenté de 89, soit plus de 13 %.

« Ça explose » dans la grande région de Montréal

C’est dans la région du Grand Montréal qu’on comptabilise le plus de nouveaux cas. L’île de Montréal en compte 630, alors que la Montérégie en recense 263 et Laval 166, la région de la Capitale-Nationale fait état de 304 nouveaux cas. Le Saguenay–Lac-Saint-Jean en compte pour sa part 137.

Une semaine après la tenue du « vendredi fou », Mme Borgès Da Silva se pose la question si la hausse marquée dans les grandes villes est due au magasinage des Fêtes.

Comment ça se fait que c’est dans les grandes villes que ça explose comme ça ?

Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Ce sont les régions de Montréal et de la Montérégie qui enregistrent le plus de décès, soit 12 chacune. Lanaudière suit avec 6, alors que la Capitale-Nationale en a enregistré 5. Le Saguenay–Lac-Saint-Jean et Chaudière-Appalaches comptabilisent chacune 3 décès et on en compte 2 en Outaouais et en Mauricie et Centre-du-Québec. Il n’y a eu qu’un seul décès à Laval, dans les Laurentides et au Bas-Saint-Laurent. Les autres régions n’en ont pas enregistré vendredi.

Le ministre demande un effort supplémentaire

Christian Dubé, le ministre de la Santé, a exhorté les Québécois à faire un effort supplémentaire pour aider à limiter le nombre de nouveaux cas. « Chacun peut faire la différence dans les prochains jours », a-t-il martelé en entrevue à Radio-Canada samedi.

Il a relevé que les habitants du Saguenay–Lac-Saint-Jean avaient réussi à faire diminuer le nombre de cas des deux tiers dans la région en se prenant en main. Il espère le même genre de résultat à la grandeur de la province d’ici la fin des classes, le 17 décembre.

La COVID-19 en graphiques

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