L’Organisation mondiale de la santé (OMS) en Europe réfléchit à la mise en place d’un certificat de vaccination électronique qui pourrait devenir obligatoire pour voyager dans certains pays.

Alice Girard-Bossé Alice Girard-Bossé
La Presse

« Nous examinons de très près l’utilisation des technologies dans la lutte contre la COVID-19, et l’une d’entre elles exige de travailler avec les États membres à [la création de ce qu’on appelle] le “certificat de vaccination électronique” », a indiqué un expert de l’OMS, Siddhartha Datta, lors d’un point de presse en ligne.

« L’utilisation de preuves de vaccination pour des voyages entre pays est probablement quelque chose que l’on va voir apparaître, comme c’est déjà le cas pour le vaccin contre la fièvre jaune ou la typhoïde, par exemple », explique Nathalie Grandvaux, chercheuse au laboratoire de recherche sur la réponse de l’hôte aux infections virales du Centre hospitalier de l’Université de Montréal.

Ce certificat permettrait d’identifier et de suivre les personnes vaccinées. Il devra toutefois être élaboré dans le respect des lois nationales, a précisé M. Datta.

Je pense qu’une réponse technologique pourrait être intéressante, car c’est potentiellement plus sûr et plus difficile à simuler qu’un passeport papier traditionnel.

Bryn Williams-Jones, professeur et directeur du programme de bioéthique à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Recevoir des voyageurs « immunisés »

Le gouvernement canadien compte s’assurer que les visiteurs étrangers qui arriveront au Canada lors de la reprise des activités touristiques soient « immunisés », a déclaré la ministre fédérale du Développement économique et des Langues officielles, Mélanie Joly au cours d’une entrevue accordée à La Presse mercredi.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

La ministre du Développement économique et des Langues officielles du Canada, Mélanie Joly

« On va bien entendu regarder ce qu’il en est pour les plans de vaccination dans le monde. Nous, on est bien organisés. C’est évident qu’on va vouloir protéger notre population », a ajouté la ministre. Aucune prise de position officielle n’a été faite à ce sujet, mais tous s’entendent pour dire qu’ils s’en remettront aux règles édictées par la Santé publique.

Passeport d’immunité ou certificat de vaccination

Le printemps dernier, certains pays avaient envisagé de délivrer un passeport immunitaire aux individus qui s’étaient rétablis après avoir contracté la COVID-19. Un tel document aurait permis à ces personnes de retourner à leur vie normale et de ne pas se soumettre aux restrictions de santé publique. Toutefois, aucune preuve scientifique n’indique que les personnes qui ont contracté la maladie ont développé des anticorps qui les protégeraient durablement contre une seconde infection.

L’OMS a tenu à préciser que le certificat de vaccination n’était pas un passeport d’immunité. « Nous ne recommandons pas les passeports d’immunité », rappelle Catherine Smallwood, responsable des situations d’urgence à l’OMS.

Préoccupations

Selon Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, le certificat électronique de vaccination pose les mêmes enjeux que le passeport d’immunité. « Combien de temps sera-t-il valide à la suite de la vaccination ? », se demande-t-elle. Elle rappelle aussi que la sécurité des données sera à vérifier dans le cas d’un certificat électronique.

M. Williams-Jones soulève également les préoccupations éthiques engendrées par le projet. « Je crains qu’un tel passeport ne renforce les inégalités sociales préexistantes. » Il explique que certains immigrants ou travailleurs pauvres pourraient ne pas pouvoir se procurer le passeport, faute d’accès aux ressources électroniques nécessaires, entre autres.

Avant de pouvoir passer aux passeports, nous devons démontrer, en tant que société, que nous avons fait tout notre possible pour supprimer tous les obstacles à l’accessibilité du vaccin.

Bryn Williams-Jones, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Si certaines personnes refusent d’être vaccinées, malgré toutes les démonstrations de son utilité et de son innocuité, alors il est possible de commencer à déployer des mesures plus coercitives comme les passeports obligatoires, ou l’accès restreint à certains services sans preuve de vaccination, ajoute-t-il.

La pandémie continue ses ravages

Alors que le vaccin est à nos portes, le nombre de contaminations ne cesse d’augmenter. L’OMS a enregistré plus de 19,3 millions de cas et plus de 433 000 morts depuis le début de la pandémie en Europe. Quelque 1,5 million de cas ont été recensés lors des sept derniers jours.

Plus de 64 millions de cas d’infection et au moins 1 495 205 morts dans le monde ont été officiellement recensés depuis le début de la pandémie. À ce rythme, la barre du 1,5 million de morts devrait être franchie dans les prochaines heures.

— Avec l’Agence France-Presse