Les intervenants du milieu de la santé ont accueilli avec soulagement la décision de François Legault d’interdire les rassemblements à Noël. Certains proposent même à Québec d’imposer un confinement strict de deux semaines durant les Fêtes pour permettre au réseau de souffler.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Ariane Krol Ariane Krol
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Présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, la Dre Diane Francœur reconnaît que la décision d’annuler les rencontres de Noël n’a pas dû être facile à prendre. « Personne ne voudrait avoir la job de M. Legault actuellement. Il marche sur des œufs. Il voulait faire plaisir à la population. Mais avec 1500 cas [mercredi], il n’a pas eu le choix », dit-elle.

La Dre Francœur explique que la pression est déjà forte aux urgences dans les hôpitaux de la province. « Et au niveau des hospitalisations, on est sur le point de bascule. On commence à couper des activités régulières. On sait que janvier sera difficile », dit-elle.

Même si Québec annule les rassemblements, les médecins spécialistes redoutent les premiers mois de 2021. « Ce sera moins grave que si les rassemblements avaient été permis. Mais ça va être difficile. C’est toujours difficile », note la Dre Francœur.

À la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), l’annonce de M. Legault a été bien accueillie.

Il faut protéger les professionnelles en soins qui sont sur la ligne de front depuis plus de huit mois, limiter la pression qui s’exerce actuellement dans les hôpitaux et, ultimement, protéger la population québécoise.

Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé, par courriel

« C’est donc avec un sentiment de soulagement que l’on accueille cette décision, tout en étant conscientes que tant nos membres que la population du Québec ont besoin de se retrouver en famille », a indiqué par courriel Nancy Bédard, présidente de la FIQ.

L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec a également salué cette décision qui « permet d’éviter de mettre davantage de pression sur le réseau de la santé et sur des professionnels de la santé déjà très sollicités ». À la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), on indique que les employés du réseau ont un grand besoin de se ressourcer. « Mais pour limiter la propagation, c’était la décision à prendre », dit le président, Jeff Begley.

L’Association des médecins d’urgence du Québec appuie aussi l’annulation des rassemblements. « M. Legault, M. Dubé, M. Arruda ont fait preuve de beaucoup de leadership en revenant sur cette décision ; ce n’est jamais facile de faire ça », souligne le DRichard Fleet.

« Je suis certaine que pour une très grande partie des employés du réseau de la santé, à tous les niveaux hiérarchiques, ça doit représenter un soulagement que d’éviter les risques de propagation encore plus grands », indique pour sa part la PDG de l’Association des cadres supérieurs de la santé et des services sociaux, Carole Trempe. « Il me semble que ça insuffle un peu d’espoir qu’ils vont être capables de respirer, mettons du 15 décembre au 15 janvier. »

Pour éviter de fermer les écoles en janvier

Professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, Benoît Mâsse croit que M. Legault a pris la « bonne décision » en annulant les rassemblements à Noël. Il souligne que depuis deux semaines, 150 patients de plus sont hospitalisés à cause de la COVID-19. « À ce rythme, on va atteindre 1000 avant la fin de l’année », dit-il.

Le nombre de cas augmente lentement mais sûrement depuis des semaines. M. Mâsse constate que la province commence à être « à court d’outils » pour gérer la deuxième vague. « C’est difficile de voir ce qu’on peut faire de plus sans toucher aux écoles », dit-il.

Pour M. Mâsse, la pause scolaire durant les Fêtes pourrait aider à mieux contenir les cas, « pourvu que les gens respectent les règles ». Selon lui, l’enjeu après les Fêtes sera de tenter de contrôler la situation pour que les écoles puissent rester ouvertes. « Mais si le système de santé craque, on n’aura d’autres choix que de les fermer », dit-il.

Professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, Roxane Borgès Da Silva reprend une idée du professeur Pierre-Carl Michaud, de HEC Montréal, publiée sur les réseaux sociaux : profiter du congé des Fêtes pour imposer un confinement total, comme au printemps. « Ça permettrait de repartir en janvier plus facilement. Économiquement, il y aurait peu d’impact. Et ça donnerait un repos au système de santé », dit-elle.

Mme Borgès Da Silva croit que la décision d’annuler Noël est la bonne. « Mais j’ai quand même une petite inquiétude pour la santé mentale des gens. »

« C’est sûr que ça peut être un peu démotivant, mais en même temps, ça signale la gravité de la situation », note la présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, Christine Grou. L’absence de rassemblements traditionnels pourrait être plus difficile pour les enfants, les gens plus seuls ou les personnes âgées qui ont moins d’activités, mais pour ceux qui sont en télétravail, ont des enfants à la maison ou sortiront d’une période d’examens, ce répit forcé pourrait être bienvenu, selon elle. « La population est fatiguée parce que la charge d’adaptation est énorme actuellement, donc pour certains, ça va permettre le repos », dit Mme Grou.

Pas de relâchement dramatique en vue

« Sans l’avoir mesuré, je pense que dans l’ensemble, les Québécois s’y attendaient fort probablement et avaient déjà pris leur décision de faire ce qu’il faut faire », estime le vice-président de CROP, Dominic Bourdages, en s’appuyant sur le sondage publié par sa firme il y a une semaine. « Il y avait déjà 60 % des Québécois qui nous disaient qu’ils souhaitaient fêter Noël avec des gens de leur foyer et, donc, ne pas se mélanger avec d’autres », rappelle-t-il. Il ne s’attend donc pas à ce que la disparition de l’objectif Noël entraîne un relâchement à l’égard des consignes. « De manière générale, j’ai assez confiance en la résilience et en l’intelligence des Québécois. »

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