(Québec) Le premier ministre François Legault résilie son « contrat moral » des Fêtes. Il interdit finalement les rassemblements à Noël, prévenant que « les trois prochains mois vont être les pires de la pandémie ».

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Pierre-André Normandin Pierre-André Normandin
La Presse

« Quand on regarde la situation, on est obligés de se rendre à l’évidence : ce n’est pas réaliste de penser qu’on va réussir à réduire la progression du virus de façon satisfaisante d’ici Noël », a-t-il soutenu en conférence de presse jeudi. « Je vous annonce que les deux rassemblements qui étaient prévus à Noël vont être annulés dans les zones rouges. »

Le premier ministre a précisé qu’il s’agissait d’une décision du gouvernement, prise mercredi soir, et non pas d’une demande de la Santé publique. Le DHoracio Arruda proposait d’attendre le 11 décembre pour trancher. Mais pour M. Legault, « ce n’était pas réaliste de laisser encore de l’espoir ».

« Mon message aujourd’hui, a tenu à dire le DArruda, ce n’est pas que j’aurais attendu le 11, ou le 10, ou, etc. C’est : Aïe ! Il se passe quelque chose de grave, actuellement, puis si on ne veut pas se retrouver comme aux États-Unis… De toute façon, on l’avait dit : le rassemblement des quatre jours, c’était conditionnel. Il y avait beaucoup de “si”. Là, il y a un “si” qui vient de faire sauter l’autre partie. »

François Legault admet qu’en définitive, ç’a été un « mauvais coup » de sa part d’avoir « ouvert la porte à des rassemblements à Noël » dès la mi-novembre. « Je ne suis pas parfait, puis je n’ai pas de boule de cristal. Au moment où j’ai proposé ce contrat moral, j’étais sincèrement convaincu que c’était possible », a-t-il plaidé, soulignant qu’il voulait alors « que les gens aient de l’espoir » et « peut-être régler certains problèmes de santé mentale ». « C’est sûr que, si c’était à refaire, je ne l’aurais pas fait. »

Le premier ministre avait annoncé le 19 novembre dernier que les rassemblements seraient permis entre le 24 et le 27 décembre, avec au plus 10 personnes. Il avait précisé par la suite, après avoir reçu « un avis peut-être plus clair de la Santé publique », que l’on devrait se limiter à deux rassemblements au maximum au cours de ces quatre jours. Le tout dépendait de l’évolution de la pandémie – une mise en garde qui avait été faite de façon plutôt discrète au départ.

Dès mardi, il avait prévenu que les rassemblements seraient interdits à Noël si le nombre des hospitalisations causées par la COVID-19 continuait d’augmenter. Il disait qu’une décision serait prise le 11 décembre, mais l’évolution de la pandémie était déjà de mauvais augure.

En un mois, le nombre des nouvelles infections a quitté le plateau des 1000 cas par jour pour friser les 1500, alors que celui des personnes hospitalisées est passé de 500 à plus de 700. La courbe des décès est à l’avenant. L’annonce de jeudi n’est donc pas une grande surprise. Il aurait fallu un « miracle de Noël » pour donner le feu vert aux rassemblements, témoignaient des experts en entrevue avec La Presse cette semaine.

Le portrait va s’assombrir encore au cours des prochains mois, avant l’arrivée du vaccin, selon le premier ministre. « Quand on regarde, entre autres, tout ce qui se passe aux États-Unis, ce qu’on nous dit, c’est que les trois prochains mois vont être les pires de la pandémie. Donc, il faut quand même digérer ça. C’est une nouvelle évaluation de la situation qui est faite aux États-Unis, puis on n’est pas très loin des États-Unis. Donc, on ne peut pas penser qu’on est sur une planète différente. »

La décision du gouvernement a également été prise en raison de l’épuisement des travailleurs de la santé après neuf mois de pandémie – 6600 employés sont en congé de maladie ou en retrait préventif. « La situation dans certains hôpitaux est fragile. On atteint presque la limite de ce qu’on est capables de faire », a indiqué M. Legault. Il fallait aussi tenir compte des risques de transmission du virus aux personnes les plus vulnérables en cas de feu vert aux rassemblements à Noël. « Il n’y a personne au Québec, je suis certain, qui veut regretter un peu toute sa vie d’avoir contaminé sa mère, son grand-père, avec toutes les conséquences possibles que l’on connaît », a souligné François Legault.

Noël sera donc « tranquille » cette année, mais, pour le premier ministre, ce sera l’occasion d’en profiter pour faire des « petites siestes dans l’après-midi », « lire des livres » ou encore « faire des Zoom et des Team ».

Il compte sur le « sens des responsabilités des Québécois » pour respecter l’interdiction des rassemblements à Noël. « Je comprends qu’il y a beaucoup de Québécois, Québécoises qui doivent être déçus de l’annonce, des gens qui voulaient voir leur famille, ils voulaient voir leurs amis. Honnêtement, ce n’est pas une bonne idée. Ce qu’on voit, c’est que le virus, il est pas mal présent dans toutes les régions du Québec, il est en forte hausse et il est dangereux », a-t-il insisté.

Rappelons que 91 % de la population québécoise habite en zone rouge, où l’on ne peut recevoir de visite à l’intérieur comme à l’extérieur de sa résidence (hormis une personne seule, qui peut recevoir un visiteur à la fois).

Le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie, une partie de l’Outaouais, des Laurentides et du Nord-du-Québec sont en zone orange, où les rassemblements de six personnes sont permis à domicile en ce moment ; l’Abitibi-Témiscamingue, la Côte-Nord et les Îles-de-la-Madeleine sont en zone jaune, où au maximum 10 personnes peuvent se réunir dans une résidence. Les personnes habitant en zone rouge doivent respecter en tout temps les règles qui s’appliquent à ce palier d’alerte et ne peuvent donc visiter à domicile parents et amis se trouvant en zone jaune ou orange, ou encore aller dans un restaurant de ces régions.

« Est-ce qu’il y a des gens qui vont ne pas respecter les restrictions ? On espère qu’il y en aura le moins possible », a affirmé François Legault. « Regardez ça, le nombre de morts qu’il y a dans les derniers jours partout dans le monde. C’est sérieux. »

Il a également précisé que les changements apportés au calendrier scolaire, afin de réduire la présence des élèves à l’école avant et après les Fêtes, ainsi que les mesures recommandées aux entreprises pour favoriser le télétravail durant cette période étaient maintenus dans l’espoir de « casser » la deuxième vague.

1470 nouveaux cas et 30 décès

Le Québec a rapporté jeudi 1470 nouveaux cas confirmés de COVID-19 ainsi que 30 décès supplémentaires en raison de la pandémie.

Le bilan provincial fait ainsi état de 7155 morts depuis l’arrivée du nouveau coronavirus. Onze régions rapportent de nouveaux décès jeudi en raison de la COVID-19. C’est à Montréal que l’on en déplore le plus, soit huit, suivi de la Montérégie, cinq. La Capitale-Nationale rapporte quatre décès et sa voisine, Chaudière-Appalaches, deux.

Le Saguenay–Lac-Saint-Jean, l’Estrie et Laval rapportent aussi deux décès, tandis que Lanaudière, les Laurentides et le Bas-Saint-Laurent en compte un. Pas moins de 146 532 cas ont été découverts depuis la mi-mars.

On recense en moyenne tout près de 1400 cas par jour depuis une semaine, la tendance étant à la hausse.

Avec 63 nouveaux cas, le Saguenay–Lac-Saint-Jean poursuit sa tendance à la baisse. La région demeure la plus touchée, avec en moyenne 38 cas par 100 000 habitants sur sept jours.

Le Bas-Saint-Laurent, qui avait connu une flambée en septembre avant de se rétablir, recommence à afficher une tendance à la hausse. Avec 45 nouveaux cas, la région affiche désormais un taux de 13 cas par 100 000 habitants, ce qui est légèrement sous la moyenne provinciale.

Le Grand Montréal continue aussi à afficher une tendance à la hausse. Elle se fait particulièrement sentir à Laval, avec 136 nouveaux cas rapportés jeudi.

Après de fortes hausses ces derniers jours, le nombre d’hospitalisations est stable. Jeudi, on comptait 737 personnes à l’hôpital, soit trois de moins que la veille. De ce nombre, 99 se trouvaient aux soins intensifs, un chiffre inchangé.

Enfin, soulignons que Québec rapporte avoir effectué un peu plus de 34 000 prélèvements mardi et frôle désormais les 4 millions de tests depuis le début de la pandémie.

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