Le vaccin n’empêchera probablement pas d’attraper la COVID-19, il diminuera plutôt les risques de développer des symptômes graves de la maladie. Les personnes vaccinées seront possiblement asymptomatiques, mais pourront toujours transmettre le virus.

Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

« Les données annoncées démontrent que le vaccin est efficace pour réduire la sévérité de la COVID-19, mais on ne sait pas s’il prévient l’infection », affirme Benoit Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. C’est le cas des études sur les vaccins de Johnson & Johnson, Pfizer-BioNTech, Moderna et Oxford-AstraZeneca.

Les vaccins actuellement testés pour la COVID-19 sont conçus pour empêcher le développement de la maladie, mais sans empêcher complètement le virus de s’introduire dans l’organisme. « Le vaccin pourrait avoir un effet au niveau pulmonaire, mais ne pas avoir d’effet sur la capacité du virus à se transmettre », explique Nathalie Grandvaux, chercheuse au laboratoire de recherche sur la réponse de l’hôte aux infections virales du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). Si c'est le cas, la personne vaccinée sera protégée de la maladie, mais pourra toujours contaminer les autres.

Le DNicholas Brousseau, médecin à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), explique que le vaccin contre la coqueluche agit de la même façon. « La personne vaccinée va développer beaucoup moins de symptômes, mais peut avoir la bactérie dans la gorge et la transmettre à d’autres sans le savoir », explique-t-il.

L’utilité du vaccin

À quoi sert donc un vaccin qui ne nous immunise pas ? « À désengorger les hôpitaux et à alléger le poids de la COVID-19 sur le système de santé », explique M. Mâsse. Il précise que si la majorité des cas deviennent asymptomatiques, ce sera beaucoup plus facile à gérer pour les systèmes de santé.

La réussite de la vaccination repose donc sur le fait que la grande majorité des personnes vulnérables soient vaccinées.

Il faut vraiment protéger les plus vulnérables, parce qu’on ne sait pas jusqu’à quel point le vaccin peut permettre d’éliminer la transmission.

Le DNicholas Brousseau, de l’INSPQ

La vaccination pourrait toutefois avoir des effets pervers. Un vaccin qui réduirait seulement la gravité de la maladie pourrait augmenter les risques de transmission, puisque les personnes vaccinées deviendraient asymptomatiques, ce qui faciliterait la transmission communautaire, indique M. Mâsse.

À quand un retour à la normale ?

Nathalie Grandvaux explique que pour atteindre une diminution de la transmission, il faudra qu’un certain pourcentage de la population soit vacciné, afin de former un écran immunitaire. « En général, on parle de 70 % de personnes vaccinées pour avoir un écran », indique Mme Grandvaux.

À l’heure actuelle, 76 % des Canadiens souhaitent se faire vacciner contre la COVID-19, selon un sondage mené par le Forum économique mondial et Ipsos. Justin Trudeau a récemment avancé que plus de 50 % des Canadiens seront vaccinés contre la COVID-19 d’ici septembre prochain, dont 3 millions de Canadiens d’ici la fin de mars 2021 si les vaccins les plus prometteurs sont homologués.

M. Mâsse soutient que lorsque nous aurons plus d’informations sur les vaccins, le taux d’adhésion risque d’augmenter.

C’est une bonne proportion, 76 %, considérant qu’on n’a presque aucune information sur le vaccin, sauf des communiqués de presse de deux pages.

Benoit Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Alors que les intentions de vaccination contre la COVID-19 des Canadiens demeurent plutôt constantes, les intentions dans les autres pays tendent à diminuer au fil du temps. Selon les données du Forum économique mondial et d’Ipsos publiées en novembre 2020, 73 % de la population mondiale souhaite obtenir un vaccin contre la COVID-19, contre 77 % trois mois plus tôt.

Proportion de la population souhaitant obtenir un vaccin contre la COVID-19 lorsqu’il sera offert

Inde 87 %

Royaume-Uni 79 %

Canada 76 %

Allemagne 69 %

Italie 65 %

États-Unis 64 %

France 54 %

Sources : Forum économique mondial et Ipsos