Le premier ministre François Legault s’inquiète de la hausse des hospitalisations

Tommy Chouinard
Tommy Chouinard La Presse
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse
Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

Les rassemblements seront interdits à Noël si les hospitalisations causées par la COVID-19 poursuivent leur augmentation, prévient le premier ministre François Legault. Il prendra sa décision le 11 décembre, mais l’évolution de la pandémie est de mauvais augure.

« Actuellement, on ne va pas dans la bonne direction, a reconnu François Legault en conférence de presse mardi. Le nombre d’hospitalisations, s’il continue à augmenter comme on le voit actuellement, malheureusement, ça ne sera pas possible d’avoir les deux rassemblements à Noël. »

Il avait annoncé le 19 novembre dernier que les rassemblements seraient permis entre le 24 et le 27 décembre, avec au plus 10 personnes. Il avait précisé par la suite, après avoir reçu « un avis peut-être plus clair de la Santé publique », que l’on devrait se limiter à deux rassemblements au maximum au cours de ces quatre jours. Le tout était conditionnel à l’évolution de la pandémie – une mise en garde qui avait été faite de façon plutôt discrète au départ.

La permission pourrait être retirée : tous les indicateurs sont à la hausse. Le nombre d’hospitalisations a bondi de 10 % en une semaine. Selon les données diffusées par Québec mardi, 719 personnes atteintes de la COVID-19 se trouvent à l’hôpital – 26 de plus que la veille. Parmi elles, 98 sont aux soins intensifs, une augmentation de 4. « Si ça continue à augmenter comme ça, on va être obligés d’annuler les deux rassemblements », a indiqué François Legault.

En conférence de presse, le premier ministre a relevé que l’« on approche de la limite du nombre de patients COVID qu’on peut traiter » dans certains hôpitaux – à Terrebonne, Trois-Rivières, Longueuil et Chicoutimi, par exemple. « On est vraiment sur le bord d’atteindre la limite où il faudra délester plus d’activités [chirurgicales], ce qu’on ne souhaite pas », a-t-il soutenu.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

François Legault, premier ministre du Québec

Il a ajouté que de nombreux travailleurs de la santé sont épuisés après neuf mois de pandémie : 6542 employés sont en congé de maladie ou en retrait préventif à l’heure actuelle. « Et ça augmente chaque jour », a insisté le premier ministre, ajoutant qu’il tiendra compte de ce facteur dans sa décision pour les Fêtes. Un autre indice qui laisse présager une annulation des rassemblements.

Lors de la période des questions au Salon bleu, la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, a accusé François Legault d’avoir fait preuve de « précipitation » en dévoilant son contrat moral des Fêtes le 19 novembre.

Inquiétudes dans les résidences pour aînés

Le gouvernement demeure inquiet au sujet de la situation dans les résidences privées pour aînés (RPA). Vingt établissements se trouvent sur la liste rouge et sont dans une « situation critique », avec entre 25 % et 87 % de leurs résidants atteints de la COVID-29. Dix-sept autres sont « sous haute surveillance » (entre 15 % et 25 % des résidants infectés) et 83, « sous surveillance » (moins de 15 %). On parle au total de 120 résidences touchées, où l’on dénombre 1332 personnes infectées – 88 de plus en 24 heures. Depuis le début des éclosions en cours dans ces établissements, 189 aînés sont morts.

Je veux lancer un appel spécial autant aux directions, au personnel qu’aux résidants des RPA : il faut être prudent. Vous savez comment ça fonctionne, dans les RPA : il y a beaucoup de logements, moins d’espace, il y a des lieux communs, donc c’est très propice au développement d’éclosions. Donc, c’est très, très, très important dans les RPA de faire attention.

François Legault, premier ministre du Québec

De son côté, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a souligné que des interventions chirurgicales doivent être reportées dans des hôpitaux parce qu’il faut envoyer des infirmières dans des résidences aux prises avec une éclosion importante. « En théorie, la responsabilité relève des propriétaires et non du Ministère, on s’entend, alors là, on se retrouve devant un choix qui n’est pas facile », a-t-il souligné. « On ne peut pas choisir entre traiter des patients COVID ou traiter des patients réguliers. Ce qu’il faut, c’est arrêter les contacts, dans les RPA, pour être sûr qu’on n’a pas à transférer du personnel qu’on n’a pas. » Il a précisé que le réseau n’a d’autre choix que de porter secours aux RPA en difficulté et, donc, de délester des opérations.

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Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux

Parmi les hôpitaux où la pression est forte actuellement se trouve l’hôpital Sainte-Croix de Drummondville. Le taux d’occupation aux urgences était de 163 % mardi soir, a confirmé à La Presse la porte-parole du CIUSSS de la Mauricie–Centre-du-Québec, Julie Michaud.

Un total de 31 patients sur civières se trouvaient aux urgences alors que la capacité de l’établissement est de 19. La situation était si criante que les ambulances ont été détournées durant quelques heures, mardi soir. Les patients ont été dirigés vers l’hôpital de Victoriaville. Mme Michaud explique que l’établissement a bon espoir de reprendre le contrôle de la situation rapidement. Ce débordement s’ajoute à une éclosion de COVID-19 qui s’est déclarée ces derniers jours au 6e étage de l’hôpital Sainte-Croix.

En Mauricie–Centre-du-Québec, le Centre hospitalier affilié universitaire régional (CHAUR) de Trois-Rivières se trouve aussi dans une situation préoccupante, comme l’a indiqué le premier ministre François Legault en point de presse mardi. Mme Michaud affirme que plusieurs démarches sont en cours afin d’éviter que du délestage d’activités soit nécessaire à Trois-Rivières. « On est occupés partout […] On a réaffecté beaucoup de ressources à l’interne », explique-t-elle. Une éclosion de COVID-19 à l’hôpital de Trois-Rivières de même que le retrait de certains membres du personnel ajoutent à la pression, souligne Mme Michaud.

Le bilan s’alourdit

Le Québec a également rapporté mardi 28 nouveaux décès liés à la COVID-19 : dix dans la Capitale-Nationale, sept à Montréal, trois au Saguenay Lac-Saint-Jean comme à Lanaudière, deux en Montérégie, un en Outaouais, en Chaudière-Appalaches et à Laval.

Le bilan fait état de 1177 infections supplémentaires au coronavirus. Ces chiffres sont associés à une baisse du nombre de prélèvements par rapport à la moyenne. Dimanche, le Québec a effectué 20 326 tests de dépistage, ce qui est bien deçà des 27 805 tests qui ont été réalisés en moyenne au cours des six derniers jours.

Dans la couronne nord de Montréal, la ville de Laval présente une forte croissance du nombre d’infections. Avec 120 nouveaux cas mardi, la région affiche en effet 22 cas par 100 000 habitants, soit le plus haut taux actuellement dans le Grand Montréal.

Lanaudière affiche une tendance à la baisse depuis près de trois semaines. Mardi, la région a enregistré 89 infections. La veille, c’était 106. En Montérégie, toutefois, les autorités enregistrent 196 nouveaux cas, soit une augmentation considérable par rapport aux deux derniers jours.

De son côté, le Saguenay–Lac-Saint-Jean – qui a enregistré 78 cas mardi contre 116 lundi – continue à afficher une tendance à la baisse, mais demeure la région plus touchée en fonction de sa population, avec 47 cas par 100 000 habitants. C’est environ trois fois la moyenne québécoise à ce stade.

Par ailleurs, la situation demeure stable dans les grandes villes. Ainsi, on rapporte 306 infections en plus dans la région de Montréal, soit une baisse marquée de presque 100 cas en une seule journée. Dans la Capitale-Nationale, 119 cas s’ajoutent au cumulatif.

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