Alors que le Saguenay–Lac-Saint-Jean continue d’afficher le taux de COVID-19 le plus élevé au Québec, on apprend que les premiers tests rapides seront déployés dans cette région. Mais une nouvelle donnée préoccupe les autorités sanitaires : la récente hausse des cas touche essentiellement les aînés.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Avec 146 nouveaux cas de COVID-19 vendredi, le Saguenay–Lac-Saint-Jean continue d’avoir le taux d’infection le plus élevé au Québec. La tendance est légèrement à la baisse, mais le taux reste quatre fois plus élevé que la moyenne provinciale, soit 54 nouveaux cas par 100 000 habitants.

La ministre responsable de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Andrée Laforest, et le directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda, ont tenu vendredi une conférence de presse dans cette région durement touchée par la pandémie. « La transmission communautaire est très intense actuellement, a expliqué M. Arruda. Il faut quasiment considérer tout le monde comme étant contagieux, même si ce n’est pas le cas. »

De là l’importance de respecter au pied de la lettre les consignes sanitaires, a-t-il ajouté à quelques reprises.

On dit que la raison [du haut taux d’infection] est qu’on a trop une proximité impressionnante. Maintenant, je crois qu’en étant ciblée comme la région la plus touchée du Québec, on n’a plus de farces à faire, on n’a plus de raison de ne pas respecter les mesures sanitaires.

Andrée Laforest, ministre responsable de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean

Pour tenter de diminuer la propagation dans la région, deux médecins spécialistes en santé publique vont se rendre au Saguenay–Lac-Saint-Jean pour prêter main-forte. Les premiers tests rapides, accrédités par Santé Canada, y seront également déployés « dans les prochains jours ».

S’il le faut, du personnel supplémentaire pourrait aussi être envoyé pour tenter de contenir les éclosions. En ce moment, « 30 personnes de la Croix-Rouge sont dans les CHSLD et 30 autres dans des résidences de personnes âgées », a affirmé Mme Laforest.

Hausse des cas chez les aînés

En moyenne, depuis une semaine, le Québec enregistre 30 morts par jour, essentiellement chez les 70 ans et plus. Signe inquiétant, la récente hausse des cas confirmés est particulièrement importante chez les 90 ans et plus, le groupe le plus vulnérable face à la COVID-19.

Le DArruda a déclaré en point de presse que cette hausse du nombre de cas chez les aînés le « préoccupe ». Il a affirmé le fait que bien des éclosions avaient lieu dans les résidences de personnes âgées. « Ce sont comme des condos où ils ont des services à l’intérieur, une salle communautaire et où ils peuvent avoir un service de repas. Ce sont des gens qui sont ouverts sur la communauté. »

C’est clair que puisqu’il y a tellement de transmission dans la communauté, ça se répercute chez ces personnes-là. Et malheureusement, en haut de 70 ans, ils sont plus à risque d’hospitalisation et de décès.

Le DHoracio Arruda, directeur national de santé publique

Pour l’experte en santé publique, Roxane Borgès Da Silva, il était tout à fait « prévisible » que la transmission communautaire se rende chez nos aînés. « On peut imaginer qu’on va avoir beaucoup de décès pendant les Fêtes », a affirmé la professeure à l’Université de Montréal.

« Il faut se ressaisir », lance-t-elle aux Québécois, ajoutant que la situation est « inquiétante » et « dangereuse ». Et pour y arriver, il faut diminuer la transmission communautaire.

Le Québec a rapporté vendredi 37 décès et 1269 nouveaux cas confirmés de COVID-19. En ce qui concerne les hospitalisations, le nombre a diminué de six par rapport à la veille (669), alors que 90 personnes se trouvent aux soins intensifs.

Parmi les 37 nouveaux décès, sept sont survenus à Montréal et sept autres dans Lanaudière. Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, cinq personnes sont mortes. Même nombre dans la Capitale-Nationale. En Montérégie, il y a eu quatre nouveaux décès.

Risque de dépassement des capacités hospitalières

Les hôpitaux hors du Grand Montréal pourraient déborder d’ici un mois, en pleine période des Fêtes, prévient pour la deuxième semaine de suite l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS).

Selon la mise à jour hebdomadaire de ses projections diffusée vendredi, l’INESSS indique que « même si l’augmentation des nouvelles hospitalisations projetées la semaine dernière semble moins marquée, le risque de dépasser les capacités hospitalières dédiées au cours du prochain mois ne peut être exclu » dans les régions hors du Grand Montréal. « En effet, les patients COVID-19 occupent déjà près de la moitié des lits réguliers dédiés, ce qui rend certains établissements plus fragiles à dépasser leurs capacités dédiées. »

L’INESSS souligne que « les fluctuations du taux de transmission dans les différentes régions » hors du Grand Montréal « persistent et génèrent un certain degré d’incertitude dans nos prévisions ». « En particulier, des éclosions dans certains milieux de vie hébergeant des personnes âgées rendent les projections moins stables. »

Dans le cas de Montréal et de ses régions avoisinantes, « en dépit d’une légère augmentation de l’occupation des lits par des patients COVID-19, les analyses ne suggèrent pas de dépassement des capacités hospitalières dédiées pour le prochain mois ».

L’INESSS relève que le nombre de nouveaux cas est en baisse de 12 % par rapport à la semaine précédente (8081 contre 9133). « Toutefois, on observe une augmentation du nombre et de la proportion des personnes plus à risque d’hospitalisation », c’est-à-dire les personnes de 70 ans et plus et celles qui ont un profil à forte comorbidité.