Une proportion très élevée de Québécois, 60 %, a l’intention de rester à la maison pour Noël et de ne pas recevoir de gens qui n’habitent pas sous leur toit. Et donc de ne pas adopter de comportements qui pourraient les mettre à risque et encourager une résurgence de la pandémie après les Fêtes.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

C’est la réponse étonnante à un sondage CROP réalisé entre le 19 et le 24 novembre derniers auprès de 1000 personnes.

Dans le même esprit, les Québécois affirment massivement vouloir respecter les consignes de prudence données par le gouvernement. À la question « Comptez-vous respecter un maximum de 10 personnes », 96 % répondent oui. Ils sont aussi très nombreux (93 %) à accepter de s’en tenir aux dates du 24 au 27 décembre pour recevoir ou visiter des proches, et à s’engager (87 %) à s’isoler préventivement avant et après cette période pendant une semaine.

« C’est beaucoup plus que je pensais », lance Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec, un des spécialistes dont La Presse a sollicité les commentaires.

« J’ai l’impression que notre société est en réflexion, actuellement. Il y a les directives du gouvernement, mais il y a aussi ce que les gens veulent ou ne veulent pas faire, poursuit-il. Je pense qu’il y a une hésitation qui est un peu généralisée en ce moment. Il y a des préférences, mais est-ce que la position des gens est déjà assise ? Je n’en suis pas sûr. Et je crois que ça va continuer à évoluer au cours des prochaines semaines. »

Un Noël différent

Dominic Bourdages, vice-président chez CROP, s’étonne aussi de voir qu’une proportion aussi grande de Québécois est prête à mettre une croix sur les réunions de famille.

« Dans le fond, les gens ont vraiment envie de fêter Noël, mais ils ont décidé que cette année, ce serait un Noël différent. Je trouve ça très, très positif. Noël, c’est plus culturel que religieux, maintenant.

À Noël, on se réunit. C’est une habitude qui est ancrée très fortement chez les gens. Et là, tout d’un coup, il y a 6 personnes sur 10 qui disent, non, moi, je reste à la maison. C’est énorme comme prise de position.

Dominic Bourdages, vice-président chez CROP

M. Bourdages ajoute que ceux qui comptent voir des gens à Noël ne sont pas délinquants pour autant. « Il faut voir comment ils vont se comporter », dit-il.

Par définition, pour les 60 % des répondants qui ont l’intention de ne fêter qu’avec ceux avec qui ils vivent, la question du respect des consignes spécifiques pour les Fêtes ne se pose pas, puisqu’ils ne modifieront pas leur comportement.

Pour le sous-groupe de 40 % qui compte célébrer de façon plus festive, l’adhésion aux règles est également élevée. Ainsi, 36 % se limiteront à 10 convives, contre 4 % qui ne le feront pas. Et 33 % respecteront la plage du 24 au 27 décembre, contre 7 %. Cependant, l’appui à la consigne de l’isolement préventif est plus faible, 27 %, contre 13 %.

« Biais de désirabilité »

Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, se réjouit de ces résultats, mais se demande si les réponses obtenues ne sont pas teintées par un « biais de désirabilité ».

« Est-ce que les gens ne répondent pas ce qu’ils pensent qu’il faut répondre, mais, que finalement, ne respecteront pas ? », demande-t-elle.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

On n’a pas intérêt à dire, oui, oui, je vais recevoir 15 personnes ou 20 personnes et encore moins à un sondeur. Mais ce qui est intéressant, c’est qu’on voit que les gens sont sensibles.

Roxane Borgès Da Silva

Mme Da Silva fait remarquer, par ailleurs, que les hommes sont plus nombreux à dire qu’ils ne respecteront pas le maximum de 10 personnes, 6 % comparativement à 2 % pour les femmes. Et que les femmes veulent davantage se réunir pendant les Fêtes, 44 %, contre 36 % pour les hommes.

« Les femmes vont respecter les 10 personnes, mais elles vont voir du monde, c’est sûr », analyse-t-elle.

La donnée qui surprend le moins cette experte est celle concernant les personnes qui n’ont pas l’intention de s’isoler avant et après les Fêtes (13 %).

« On sait qu’il y a beaucoup de gens qui ne pourront pas respecter l’isolement préventif. J’en connais plein : des livreurs chez Purolator, des gens qui travaillent dans les épiceries, les pharmacies, les manufactures, les paramédicaux, les travailleurs de la santé… Mais 87 % de gens qui disent qui vont le respecter, ça me paraît très élevé. »

Benoît Mâsse, épidémiologiste et professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, ajoute que cette réponse peut aussi s’expliquer par le fait que plusieurs Québécois sont incapables de forcer leurs enfants à s’isoler.

« Sincèrement, on pourrait penser que c’est de la défiance à des mesures, dit-il. Mais, moi, j’ai des enfants relativement jeunes et je ne suis pas capable de leur imposer un isolement, c’est trop. Ils sont déjà pris dans une situation très difficile. Et lorsque les vacances arrivent, leur dire que pour une réunion qu’on va avoir, le 25 ou le 26 décembre, on va s’isoler… C’est beaucoup demander pour un souper ou un rassemblement de quelques heures. »

La capitale se distingue

La proportion de gens qui ne comptent pas respecter le confinement volontaire est plus grande dans la région de Québec, selon le sondage, qui décompose les réponses par région, sexe, âge, revenu du ménage, langue maternelle et adhésion aux thèses complotistes.

Dans la capitale nationale, même si les gens ont l’intention, pour la très grande majorité, de respecter les règles du temps des Fêtes, les opposants sont plus nombreux que dans la région métropolitaine. Ils sont 6 % à ne pas vouloir respecter la règle des 10 personnes (3 % à Montréal), 12 % à refuser de s’en tenir aux dates du 24 au 27 décembre (5 % à Montréal), et 22 % à ne pas vouloir se plier à l’isolement préventif (9 % à Montréal).

« On voit des gens dans la région de Québec qui semblent un peu moins enclins à suivre le contrat moral que nous propose le premier ministre Legault », souligne Dominic Bourdages, de CROP.

« Moi, je suis dans la région de Québec, ajoute le DGaston De Serres. Je ne me réjouis pas de ça. Mais il ne faut pas non plus dramatiser. La grande majorité de la région de Québec va respecter les règles. »

Méthodologie

Ce sondage a été réalisé entre le 19 et le 24 novembre derniers par l’entremise d’un panel web. En tout, 1000 questionnaires ont été remplis par des Québécois de 18 ans et plus. Les résultats ont été pondérés pour refléter la distribution de la population étudiée, selon le sexe, l’âge, la langue maternelle et la scolarité des répondants. CROP note que, compte tenu du caractère non probabiliste de l’échantillon, le calcul de la marge d’erreur ne s’applique pas.