(Ottawa) Le président et chef de la direction de BioteCanada, une association de l’industrie des biotechnologies, affirme que le Canada fabrique des vaccins, mais pas ceux attendus pour lutter contre la COVID-19.

Mia Rabson
La Presse Canadienne

Le premier ministre Justin Trudeau a provoqué une tempête, mardi, lorsqu’il a déclaré que les Canadiens allaient devoir patienter un peu plus longtemps avant d’avoir accès aux vaccins contre la COVID-19 parce que les premières doses produites seront utilisées dans les pays où ils sont fabriqués.

M. Trudeau a soutenu que le Canada n’a plus la capacité de produire des vaccins et qu’il est tout à fait normal que les pays qui ont cette capacité de production placent leurs citoyens en priorité.

Andrew Casey, président et chef de la direction de BioteCanada, a toutefois précisé à La Presse Canadienne, mercredi, que le Canada fabrique des vaccins. Cependant, la technologie utilisée pour les vaccins contre la COVID-19 est si nouvelle que la chaîne de production se construit au même rythme que le développement du vaccin lui-même.

« C’est la première fois que cette technologie est utilisée », a souligné M. Casey. « Alors, il faut au même moment développer la capacité de production à l’échelle, ce qui constitue un défi. »

Si Sanofi dispose d’une usine de fabrication à Toronto et que GlaxoSmithKline a la sienne à Québec, ces deux entreprises fabriquent des vaccins à base de protéines, comme ceux distribués chaque année pour se prémunir contre la grippe saisonnière.

Le hic, c’est que les trois vaccins qui mènent la course pour protéger contre la COVID-19 sont les premiers à utiliser ce qui est vu comme la technologie de « prochaine génération ».

Les candidats vaccins de Pfizer et de Moderna utilisent l’acide ribonucléique messager (ARNm). Ce type de vaccin contient une part essentielle du code génétique du virus SRAS-CoV-2 à l’origine de la maladie à coronavirus appelée COVID-19.

L’ARNm entraîne le corps qui l’accueille à reconnaître le virus et à produire une réaction immunitaire pour être prêt à combattre une éventuelle infection réelle.

Du côté d’AstraZeneca, le candidat vaccin en développement utilise la technologie du vecteur viral. Il s’agit de prendre un virus courant inactif qui infecte les chimpanzés et de le modifier pour y intégrer le matériel génétique du SRAS-CoV-2 sans qu’il puisse se multiplier et rendre malade la personne qui reçoit le vaccin. Ce vaccin entraîne lui aussi une réaction immunitaire prête à attaquer une éventuelle infection réelle.

Des processus complètement différents

Andrew Casey souligne que des fabricants de vaccins à protéine ne peuvent pas tout bonnement se mettre à produire des vaccins à ARNm ou à vecteur viral.

« L’un est comme produire du vin et l’autre est comme produire du Coke », a comparé le PDG de BioteCanada. « Oui, les deux sont embouteillés et on peut les boire dans un verre, mais le processus de fabrication est complètement différent. »

Pfizer doit produire son vaccin dans ses installations de Kalamazoo, au Michigan, et de Puurs, en Belgique. Moderna doit produire son vaccin en collaboration avec la société suisse Lonza Group AC. Le vaccin sera fabriqué au New Hampshire et en Suisse. Finalement, AstraZeneca, qui a promis trois milliards de doses, s’est associée avec au moins deux douzaines de fabricants à travers le monde.

Pour combler son manque de capacité de production, le Canada a signé des ententes d’achat avec sept sociétés pharmaceutiques dans le but d’obtenir des millions de doses de vaccins une fois que ceux-ci seront approuvés par Santé Canada.

Plus d’un milliard de dollars ont été versés pour assurer cet approvisionnement. Des commandes garanties de 20 millions de doses chacune ont été signées avec Pfizer, Moderna et AstraZeneca.