Tandis que le gouvernement demande aux citoyens de s’isoler volontairement avant les Fêtes, des établissements d’enseignement rappellent sur les campus des cégépiens et des étudiants pour des examens de fin de session. Un « cocktail parfait » pour la transmission de la COVID-19, craignent certains.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Au collège Dawson, à Montréal, c’est l’association étudiante qui sonne l’alarme. Pourquoi tenir des examens de fin de session sur le campus situé en plein centre-ville ?

« On comprend que pour les programmes techniques, il y a des examens qui ne peuvent se faire à la maison, mais pour le reste, c’est ridicule de penser qu’on va faire venir 3000 étudiants au collège », dit Kevin Contant-Holowatyj, président de l’association étudiante.

Qui plus est, dit-il, les examens auront lieu du 17 au 23 décembre, en plein dans la période où le gouvernement demande aux citoyens de réduire leurs contacts en vue des Fêtes. « L’horaire des examens ne respecte pas ce qui a été annoncé par François Legault », dit M. Contant-Holowatyj.

L’association étudiante a rencontré la semaine dernière la direction du collège, qui a expliqué que ces examens se feront en personne pour respecter « l’intégrité académique ».

Le collège Dawson n’a pas confirmé à La Presse que c’est cette raison qui a motivé sa décision, mais on dit avoir écouté le point de vue des élèves qui craignent pour leur santé s’ils doivent se rendre au cégep. « La direction est en train de réfléchir à la question des examens en personne pour les étudiants en maths, chimie, physique et certains cours dans nos programmes techniques. Les étudiants seront avisés si la situation change », nous a écrit sa porte-parole Christina Parsons.

Risque de transmission de la COVID-19

Il n’y a pas que le collège Dawson qui compte faire déplacer des étudiants quelques jours avant Noël. Toujours à Montréal, Polytechnique a loué des salles du Palais des congrès pour y tenir des examens en présence, question, dit-elle, de « garantir l’intégrité et la valeur de ses diplômes en organisant ses évaluations finales avec rigueur et sérieux ».

« Notre mode opérationnel, convenu avec les autorités sanitaires, nous permettra d’occuper ces salles à moins de 10 % de leur capacité théorique et d’assurer une distanciation de plus de 2 mètres entre les tables », a expliqué Polytechnique Montréal la semaine dernière.

Mère d’une élève qui fréquente le collège de Maisonneuve, Jenviev Azzolin ne comprend pas pourquoi ce cégep a annoncé à certains qu’ils auront des examens en personne dans les prochaines semaines.

« Ça n’a aucun sens. C’est le cocktail parfait, juste avant le temps des Fêtes, pour que les jeunes se rassemblent, propagent le virus et ramènent ça dans leur famille », dit la femme, qui estime que « jamais on ne permettrait un regroupement d’adultes de la sorte ». Pourtant, dit-elle, à 17, 18 ou 19 ans, les élèves propagent eux aussi le virus.

Au collège de Maisonneuve, dit-elle, on lui a expliqué que jusqu’à une centaine d’élèves pourraient être rassemblés dans une même salle. Elle ne s’explique pas cette décision, tandis que tous les cours et examens ont jusqu’ici été tenus à distance. « Ils ont prouvé toute la session qu’ils peuvent le faire en ligne ! », dit Mme Azzolin.

Des élèves du collège de Maisonneuve ont lancé une pétition en ligne pour demander au Collège de tenir les examens à distance, signée par plus de 1100 personnes jusqu’ici. Rien n’est encore décidé, dit pourtant la porte-parole Émilie Laramée. Elle explique que la direction des études du collège devrait annoncer sa décision « incessamment ». La période d’examens commence le 8 décembre.

Pas nécessairement une bonne idée, dit la Santé publique

La Direction régionale de santé publique de Montréal explique que les cégeps et universités ont le droit de tenir des examens sur les campus dans le respect des règles sanitaires.

Notre avis, c’est de limiter ça au maximum. On est quand même en zone rouge à Montréal. On est confiant que toutes les mesures vont être mises en place, mais la meilleure façon de limiter le risque, c’est d’aller vers le virtuel si on peut.

Le DDavid Kaiser, chef médical du service Environnement urbain et saines habitudes de vie

Cette recommandation, dit-il, est « cohérente » avec les autres faites au cours des derniers mois par la Santé publique. « Ce n’est pas nécessairement une bonne idée de faire tout ce qui est permis », dit le DKaiser, qui estime que ce sont les établissements d’enseignement qui ont le « fardeau de justifier » qu’on ne peut pas atteindre autrement les objectifs des examens.

Au cabinet de la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, on rappelle l’autonomie des cégeps et universités, mais on ajoute que « le gouvernement a demandé que tout le monde soit en isolement volontaire à compter du 17 décembre ».

« On comprend que c’est beaucoup d’organisation, mais on va travailler avec les établissements pour s’assurer que tout le monde puisse passer de joyeuses Fêtes en famille », dit l’attaché de presse de la ministre, Alexandre Lahaie.