Le Dr Horacio Arruda a fait savoir la semaine dernière que la foule dense des centres commerciaux inquiétait la Santé publique. Mais sur le terrain, les acteurs du monde commercial se font rassurants. Tour d’horizon.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Renforcer les mesures sanitaires

Même si l’achalandage des Fêtes dans les centres commerciaux inquiète la Dre Marie-France Raynault, spécialiste en santé publique, elle ne croit pas qu’il faudrait les fermer. Sauf qu’elle est d’avis que les mesures sanitaires devraient être « renforcées » pour s’assurer que la distanciation physique soit respectée. Si cette professeure émérite de l’Université de Montréal conseillait le gouvernement Legault à ce sujet, elle proposerait une prolongation des heures d’ouverture, et peut-être même des plages horaires que les consommateurs pourraient réserver « pour étaler la clientèle ». Les magasins qui ont des portes vers l’extérieur devraient privilégier cet accès pour favoriser les achats sans que les clients soient obligés de se promener à l’intérieur du centre commercial. Dans une même section d’un magasin, par exemple celle des manteaux, il faudrait également « limiter le nombre de personnes ». Malheureusement pour la magie des Fêtes, elle proposerait également qu’aucune activité ne soit permise, comme les spectacles de Noël, et de minimiser les décorations. « Il faut limiter tout ce qui n’est pas l’expérience directe du magasinage pour éviter des attroupements. »

« On continue de s’ajuster »

Cominar, propriétaire de 18 centres commerciaux à travers la province, a dit « s’adapter continuellement » à la situation et aux mesures de santé publique. Un exemple donné par son vice-président, exploitation et commerce de détail, Jean-Marc Rouleau, est le désinfectant à mains. Puisque des gens préféraient éviter le lavage de mains en raison de désinfectants trop odorants ou de textures inconfortables, tous leurs centres commerciaux seront bientôt équipés de distributrices de gel de l’entreprise québécoise Bite Size Entertainment, qui est « de meilleure qualité et qui a moins d’odeur ». M. Rouleau a aussi affirmé que les centres sont prêts à recevoir un volume plus important de consommateurs grâce à l’augmentation du personnel chargé de faire respecter les mesures sanitaires. Contredisant le DArruda, le directeur général de Destination centre-ville Montréal, Émile Roux, a affirmé ne pas avoir ressenti un « relâchement » des mesures sanitaires de la part des commerçants dans les dernières semaines.

Privilégier l’achat en ligne

Tous les acteurs du milieu consultés par La Presse ont martelé l’importance de privilégier l’achat en ligne cette année. Même que pour la Dre Marie-France Raynault, il serait pertinent que les commerces offrent des « rabais en ligne plus importants que ceux en magasin » pour éviter un achalandage problématique. Jean-Marc Rouleau, de Cominar, a aussi indiqué que les consommateurs pouvaient faire leur achat par téléphone. Il y a également des aires de collecte dans des stationnements de centres commerciaux. Billy Walsh, président de l’Association des sociétés de développement commercial de Montréal, a ajouté que les Québécois devraient encourager les producteurs, commerçants et fabricants locaux. Et ce, peu importe si l’achat est fait en ligne ou en personne. Ainsi, ils s’assurent que lorsque la pandémie sera chose du passé, les commerçants n’auront pas disparu. « Quand les consommateurs posent ce geste-là, ils contribuent aussi à la vitalité de leur quartier et de leur ville. »

Le père Noël restera au pôle Nord

Bien conscients qu’il faut encourager les clients à « éviter les visites non essentielles », la majorité des centres commerciaux, dont tous ceux appartenant à Cominar, feront une croix sur les activités des Fêtes comme le village du père Noël. Dans ceux de Cadillac Fairview, les enfants pourront voir le père Noël de façon virtuelle seulement pour minimiser les « rassemblements sociaux » et « protéger la santé » de tous, a affirmé sa porte-parole Chloé Bitton. Pour le centre-ville de Montréal, toute l’animation a été prévue à l’extérieur avec un parcours féérique à la Place des Arts. « La rue Sainte-Catherine n’a rien à voir avec celle des années précédentes où des milliers de gens s’y entassaient. Puisque les tours de bureaux sont pratiquement désertes, c’est une expérience complètement différente cette année », a fait remarquer Émile Roux. De plus, il a souligné que « dès le lendemain de l’Halloween », des Québécois ont commencé à faire leurs achats de Noël. « Il y aura donc moins de personnes qu’à l’habitude dans les commerces à l’approche des Fêtes. »

Le commerce de proximité

Un des avantages du centre-ville de Montréal, c’est que bien des entreprises ont pignon sur rue, ce qui minimise les risques de contamination, a noté Émile Roux. C’est aussi le cas des commerces de proximité, a renchéri Billy Walsh. Il s’est dit « grandement surpris » de l’innovation dont font preuve les entrepreneurs pour continuer leur travail en temps de pandémie, dont la création du système de livraison ou de ramassage à la porte. « Même si ce n’est pas nécessairement bon pour leurs affaires, ils limitent la clientèle à l’intérieur de leur commerce et ils créent des files d’attente à l’extérieur. Ils font même des horaires avec rendez-vous pour leurs clients dans le cadre du magasinage du temps des Fêtes », a expliqué M. Walsh. Et si les autorités leur demandaient d’en faire plus pour le temps des Fêtes ? « Que peut-on réellement faire de plus sinon que de les fermer complètement ? a demandé M. Walsh. Et si on les fermait, ce serait la catastrophe. »