La COVID-19 a été six fois plus mortelle que la grippe durant la première vague, selon une étude québécoise. Si le coronavirus a entraîné un nombre d’hospitalisations comparable à celui de l’influenza, les patients ont été trois fois plus susceptibles de se retrouver aux soins intensifs.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

C’est ce qui ressort de l’analyse d’une épidémiologiste de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), Rodica Gilca. Sa présentation a été faite ce mois-ci, alors que des doutes étaient de nouveau soulevés quant au risque réel de point de rupture dans les hôpitaux.

« Quand la saison d’influenza est sévère, le taux d’hospitalisations par 100 000 personnes est plus élevé qu’avec la COVID-19, a expliqué la Dre Gilca. Mais il ne s’agit que de la première vague de la COVID-19. » En d’autres mots, la COVID-19 est une maladie plus grave que la grippe.

En comparaison, le nombre d’hospitalisations par semaine liées à la COVID-19 a été légèrement inférieur à celui imputable aux saisons les plus sévères de la grippe, comme en 2014-2015, mais deux fois supérieur à celui en saisons de grippe bénigne, comme en 2013-2014.

Le DGaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’INSPQ, fait remarquer que le gros problème de la COVID-19 vient du fait que c’est un nouveau virus et que son évolution demeure imprévisible. « Par exemple, du début de septembre à la mi-octobre, on est passé de moins de 100 hospitalisations à quelque 500, note-t-il. Le nombre a donc été multiplié par cinq en un mois et demi. Si ça avait continué de monter en flèche, ç’aurait été très compliqué. »

Les pics posent aussi problème, enchaîne-t-il. « Pour la grippe, on a habituellement quelques centaines de cas en même temps. Le 11 mai, on est par exemple monté à 1834 hospitalisations [liées à la COVID-19]. »

Au surplus, quand arrive la saison de l’influenza, les hospitalisations sont nombreuses, mais réparties dans la province. Avec la COVID-19, lors de la première vague, « les cas étaient beaucoup concentrés à Montréal et à Québec », relève-t-il.

Les urgences, fait remarquer le DDe Serres, n’ont jamais été près du point de rupture. En fait, notamment pendant le confinement, elles n’ont jamais été aussi désertes. Les chambres, aux étages, ont aussi été suffisantes, d’autant qu’il était toujours possible d’ouvrir une aile d’hôpital qui était fermée.

Le problème se situait donc aux soins intensifs, où il y avait affluence et où il faut toujours se laisser une marge de manœuvre pour ceux qui sont opérés et auront besoin de ces lits spécialisés.

Particularités de la COVID-19

Lors de sa présentation plus tôt ce mois-ci, l’épidémiologiste Rodica Gilca a aussi expliqué que la durée du séjour était plus longue pour les jeunes adultes que pour les personnes âgées avec la COVID-19, alors que c’est le contraire avec la grippe.

Par ailleurs, notons que des données préliminaires au Québec et en France semblent indiquer que les patients qui sont frappés en même temps par la grippe et la COVID-19 pourraient être particulièrement à risque. « Ça semble être plus grand que la somme des deux risques », a expliqué la Dre Gilca.

La présentation de la Dre Gilca portait également sur l’évolution de la mortalité de la COVID-19 au Québec. Le risque de décès chez les patients hospitalisés a diminué de 29 % à 18 % entre avril et septembre.

Mais une étude américaine calculait une baisse encore plus radicale à moins de 8 % du taux de mortalité hospitalière. Ces données sur l’évolution de la mortalité de la COVID-19 ont été publiées le 10 novembre par l’INSPQ, mais pas la comparaison entre la COVID-19 et la grippe.

Notons enfin que les hospitalisations sont surtout nécessaires pour les adultes, les enfants de 10 ans et moins étant beaucoup moins hospitalisés en raison de la COVID-19 qu’en raison de la grippe, selon les calculs de la Dre Gilca.

Explosion des autres virus respiratoires

Le confinement a diminué la transmission des autres virus respiratoires. Mais cela pourrait avoir un effet pervers et augmenter de deux à trois fois les pics annuels de certains de ces virus respiratoires, selon une modélisation de l’Université Princeton publiée début novembre dans la revue PNAS. « Si les virus respiratoires ne circulent pas, la population n’acquiert pas d’immunité et est moins protégée », explique Rachel Baker de Princeton, l’auteure principale de l’étude. « Pour le virus respiratoire syncytial (VRS), c’est particulièrement problématique, parce que les effets sont bénins à l’adolescence et à l’âge adulte, et importants en très bas âge. Si on se retrouve soudainement avec deux à trois fois plus de très jeunes enfants susceptibles d’attraper le VRS, on va avoir une grosse vague d’hospitalisations. » La modélisation pour la grippe est plus incertaine, à cause des mutations annuelles du virus. Au Québec, le VRS entraîne 2000 hospitalisations pédiatriques par année et une dizaine de morts, si on transpose les données américaines à la population québécoise. Le VRS est aussi plus grave chez les personnes âgées que chez les adultes 70 ans et moins. Selon la Dre Baker, il faudrait faire la même analyse pour les autres virus, par exemple la varicelle, qui, elle, est plus grave chez les enfants plus âgés.