Avec l’annonce des résultats d’AstraZeneca, lundi matin, c’est un nouveau type de vaccin qui s’offre pour vaincre la pandémie : moins cher, plus facile à stocker et basé sur une autre technologie, le « vecteur viral ».

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Cette approche, qui consiste à utiliser un virus inoffensif pour transporter des protéines du SARS-CoV-2, le coronavirus responsable de la COVID-19, explique les résultats surprenants annoncés par AstraZeneca et l’Université d’Oxford lundi matin. Leur vaccin a une meilleure efficacité si on administre une demi-dose comme première dose, plutôt qu’une dose entière. L’efficacité passe alors de 62 % à 90 %.

« Une explication potentielle est que le corps a une réaction immunitaire contre le vecteur lorsqu’on administre la deuxième dose », explique Gillies O’Bryan-Tear, de la faculté de pharmacie du Collège royal des médecins du Royaume-Uni. « Cette réaction immunitaire pourrait être moins importante avec une première dose réduite. Une telle réaction immunitaire pourrait réduire l’efficacité du vaccin. »

Cette réaction immunitaire contre le vecteur viral est l’un des principaux problèmes de cette approche, parce qu’elle complique une deuxième dose. Le vaccin russe Spoutnik V utilise deux vecteurs viraux différents pour la première et la deuxième dose pour éviter cette embûche. Détail intéressant, AstraZeneca utilise un adénovirus de chimpanzé comme vecteur, parce qu’il a peu d’immunité préalable chez l’homme. Les autres vaccins à vecteur viral utilisent des adénovirus humains peu fréquents. Les adénovirus sont souvent responsables des rhumes.

Cas asymptomatiques

AstraZeneca n’a pas dévoilé quelle proportion des 131 cas positifs de COVID-19 se trouvent dans le groupe ayant reçu la demi-dose plutôt que la dose entière comme première dose. Détail important, AstraZeneca fait chaque semaine des tests pour détecter les cas asymptomatiques de COVID-19, ce qui pourrait signifier qu’il y a peu de symptômes importants parmi les 131 cas positifs.

Les autorités médicales américaines (FDA) demandent au moins cinq cas avec des symptômes importants dans le groupe ayant reçu un placebo pour autoriser d’urgence un vaccin contre la COVID-19. Pfizer et Moderna, qui ont dévoilé des résultats très encourageants depuis deux semaines, ne testent que les participants ayant des symptômes. AstraZeneca n’a pas donné lundi d’indications sur le moment où elle demanderait une autorisation d’urgence aux États-Unis. La FDA demande aussi que la moitié des participants à un essai clinique soient suivis pendant deux mois après la dose finale de vaccin.

À noter, dans une entrevue à l’Agence France-Presse, le responsable d’AstraZeneca en France, Olivier Nataf, a affirmé que le vaccin protège « à 100 % » contre les cas graves de COVID-19.

Les résultats de lundi matin sont basés sur l’analyse des dossiers de 2700 des 12 400 participants d’un essai clinique au Royaume-Uni, avec une demi-dose comme première dose, et de 8900 des 10 300 d’un essai clinique au Brésil, où les deux doses sont entières.

Le vaccin d’AstraZeneca et de l’Université d’Oxford pourra être conservé plusieurs mois au frigo, alors que ceux de Pfizer et de Moderna devront être conservés respectivement à -70 degrés Celsius et -20 degrés Celsius. Dans le frigo, le vaccin de Pfizer ne sera conservé qu’une semaine, alors que celui de Moderna pourra y rester un mois.

Lors d’une conférence de presse dévoilant les résultats de la phase II des essais cliniques de son vaccin, jeudi dernier, AstraZeneca a déclaré qu’il ne coûterait que « quelques livres », soit vraisemblablement moins de 10 $, par dose, deux à quatre fois moins que ceux de Pfizer et de Moderna. M. Nataf a donné à l’AFP la somme de 2,5 euros (un peu moins de 4 $CAN).

Le Canada a commandé 20 millions de doses du vaccin d’AstraZeneca. La société a déjà fabriqué 50 millions de doses et prévoit en avoir 3 milliards d’ici la fin de 2021, dont 2,4 milliards font déjà l’objet de contrats.

Le vaccin d’AstraZeneca sera envoyé en grande partie dans les pays pauvres et émergents, notamment l’Inde, où le Serum Institute of India produit actuellement le vaccin sous licence, ayant terminé 40 millions de doses, selon l’AFP.

Sécurité et rapidité

Il n’est pas anodin que les sociétés pharmaceutiques les plus actives dans la vaccination, comme Sanofi, GSK et Merck, ne soient pas parmi les meneurs dans la course au vaccin contre la COVID-19. « Ces compagnies sont habituées à miser surtout sur la sécurité, alors que là, il faut aussi de la rapidité, sans sacrifier la sécurité », explique Amine Kamen, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en bioprocédés de production de vaccins antiviraux à l’Université McGill.

– Avec l’Agence France-Presse