Le Lucira, un nouveau test qui peut être fait à la maison et permet d’obtenir un résultat en 30 minutes, vient d’être approuvé par l’Agence américaine des médicaments (FDA). Même si une distribution de masse pourrait ne venir qu’au printemps aux États-Unis, cela reste une bonne nouvelle sur le front de la COVID-19, d’autant que de nombreux nouveaux tests seront aussi annoncés au cours des prochaines semaines. Entrevues avec deux experts québécois.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

À quel point ce nouveau test, le Lucira, est-il important ?

Le Dr Alex Carignan, microbiologiste et infectiologue à l’Université de Sherbrooke : C’est une bonne nouvelle. On dit que ce test moléculaire, à faire par le nez, est sensible à 94 %. Il nécessitera cependant qu’on se penche sur des questions logistiques. Les résultats des personnes qui l’achèteront en pharmacie devront être intégrés aux statistiques de la Santé publique. Il faut que l’on soit capable de faire le traçage des contacts.

Christian L. Jacob, président de l’Association des microbiologistes du Québec : Ce test pourrait changer la donne en matière de dépistage. Il faut noter que le test repose sur une technologie déjà éprouvée. C’est nouveau en matière de COVID-19, mais ce genre de test est déjà utilisé sur des bactéries ou des moisissures, par exemple.

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Dans quelles circonstances un tel test maison pourrait-il être particulièrement utile ?

DAlex Carignan : Il pourrait éventuellement être utilisé pour avoir des résultats rapides, avant de prendre l’avion, par exemple, ou dans des régions éloignées où il n’y a pas de technologues de laboratoire. Peut-être aussi dans les écoles, dans le cadre d’opérations de dépistage structurées. Mais tout dépendra de son prix.

Christian L. Jacob : L’entreprise parle de 50 $, mais est-ce pour le seul test ? Faut-il acheter l’appareil à part ?

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Un nouveau test qui peut être fait à la maison pourrait changer la donne en matière de dépistage.

Quelles sont les limites du test ?

DAlex Carignan : Il ne nous dira pas si une personne est présentement contagieuse, parce que ce genre de test peut détecter de toutes petites traces de virus, qui peuvent être récentes ou au contraire remonter à quelques semaines. Il faut donc interpréter le résultat à la lumière d’autres informations cliniques. La personne tousse-t-elle ? Fait-elle de la fièvre ?

Christian L. Jacob : On verra arriver au cours des prochaines semaines toute une panoplie de nouveaux tests différents. Cela nous permettra d’avoir recours à différents tests de façon complémentaire et d’obtenir ainsi des réponses plus précises. Par exemple, si on peut utiliser un tel test maison avec un test sérologique, on pourra savoir si on a la COVID-19, mais aussi si on en est au début ou à la fin de l’infection.

Santé Canada nous a répondu être « déjà en communication avec plusieurs fabricants de tests de dépistage approuvés aux États-Unis, dont les fabricants du Lucira, pour déterminer s’il y a intérêt pour entrer dans le marché canadien ». Que faut-il en comprendre ? Dans quel horizon Santé Canada pourrait-il approuver le Lucira et les autres tests espérés sous peu ?

Christian L. Jacob : Comme le test est déjà approuvé aux États-Unis et étant donné qu’il pourrait être particulièrement utile, ça risque d’être un dossier prioritaire pour Santé Canada. On parle peut-être d’une approbation qui pourrait venir en quelques semaines.

On semble n’en avoir que pour les tests et les vaccins. Qu’en est-il des traitements ?

DAlex Carignan : On sait mieux comment soigner les malades. Il a beaucoup été question du recours aux stéroïdes pour les formes les plus graves de la maladie. Les anticorps monoclonaux se révèlent aussi utiles lorsqu’on les administre de façon précoce [avant que le système immunitaire s’emballe]. Mais il reste que peu de gens s’attendent à une percée miraculeuse du côté des traitements. Je fonde moi-même plus d’espoir dans les vaccins.