Si le milieu de l’éducation accueille « favorablement » le plan annoncé jeudi par le gouvernement Legault, ce dernier néglige encore plusieurs catégories d’élèves, rappellent les principaux intéressés. Pendant ce temps, des restaurateurs – qui ne pourront rouvrir avant le 11 janvier – comprennent mal qu’aucune autre option n’ait été envisagée.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« C’est un bon compromis. On ne perdra pas de journée de classe, ni pour le primaire ni pour le secondaire. Et l’enseignement à distance permettra de garder un contact », affirme le président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE), Nicolas Prévost. Plus tôt, le gouvernement Legault a annoncé que les élèves du Québec resteront à la maison à compter du 17 décembre ; les écoles devront alors fournir de l’enseignement « virtuel » jusqu’aux vacances. Au primaire, le retour en classe s’effectuera à la date prévue, alors qu’au secondaire, il aura lieu le 11 janvier.

S’il s’attend à ce que la distribution des outils informatiques « se déroule bien », M. Prévost reconnaît que la situation pourrait être complexe dans certaines régions. « On aura des choix à faire », illustre-t-il. Autre bémol : le Québec a selon lui « oublié » la formation professionnelle. « Pour eux, l’enseignement à distance ne servira à rien, car les cours sont très pratiques », illustre le responsable.

L’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES) appuie l’annonce, mais conserve de sérieuses réserves. « C’est le plus près possible d’un statu quo, mais on reste inquiets pour les élèves de 1re et de 2e secondaire qui basculeront en virtuel. C’est une cohorte plus fragile. Il faudra mettre beaucoup d’efforts pour éviter qu’ils accumulent du retard », insiste la présidente, Hélène Bourdages.

Avoir les élèves à l’école, c’est ce qu’on voulait. Cela dit, il faudra revoir les évaluations, peut-être en faire passer davantage avant les Fêtes.

Hélène Bourdages, présidente de l’AMDES

Sylvain Mallette, de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), croit que le choix du gouvernement est « réfléchi ». « Il faut qu’on casse la deuxième vague. Non, ça n’ira pas toujours bien à distance et on aurait préféré être en présentiel, mais qu’il y ait ce maintien du service éducatif, c’était l’essentiel », dit-il.

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Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE)

« Dans les circonstances, on peut juger raisonnable la direction du gouvernement, ajoute Catherine Beauvais-St-Pierre, de l’Alliance des professeurs de Montréal. Si le télé-enseignement est la décision privilégiée, toute l’énergie doit être déployée afin que tous aient accès à du matériel informatique fiable. »

La Centrale des syndicats du Québec (CSQ), elle, salue le choix fait pour les services de garde, qui ne seront ouverts qu’aux enfants des travailleurs essentiels. « C’est un soulagement pour le personnel. Pour eux, c’était loin de passer comme une lettre du père Noël à la poste. Le gouvernement a peut-être fini par entendre raison sur l’importance de la cohérence dans les mesures », affirme la présidente, Sonia Éthier.

Des parents sur leurs gardes

Maxime Gauthier a trois enfants de 3, 7 et 10 ans. Ses deux plus vieux vont à l’école primaire. Pour le Sherbrookois, la « bonne nouvelle » est que le calendrier n’aura pas été « autant bousculé que prévu ». « On aura quelques jours à gérer autrement. Ce n’est pas une catastrophe, mais c’est loin d’être idéal », note-t-il.

Le gouvernement fait ce qu’il peut, mais je crois qu’il sous-estime les impacts. Nos jeunes ont besoin de socialiser. On vient enlever le peu qu’il leur reste.

Maxime Gauthier, père de famille

Résidants de Québec, Félix Bouchard et Marie-Michèle Roberge restent optimistes. Leurs deux filles, âgées de 4 et 6 ans, fréquentent la garderie et l’école primaire. « Ça aurait été étrange pour nous de garder seulement un enfant à la maison, sachant que l’autre l’aurait côtoyé. On trouve que ça a beaucoup de sens », lâche Marie-Michèle. « Je trouve ça bien qu’on entende parler du plan aussi tôt, ajoute Félix. On est à la mi-novembre et déjà, c’est assez clair. Tout le monde pourra bien se préparer. »

Au Regroupement des comités de parents autonomes du Québec (RCPAQ), le président, Marc-Étienne Deslauriers, salue le plan du gouvernement, mais « doute fortement » que l’enseignement à distance sera efficace avant les Fêtes. « Il faut que le gouvernement cesse de parler d’une nouvelle normalité. Ça n’aide personne comme discours », dit-il.

Kevin Roy, de la Fédération des comités de parent du Québec (FCPQ), dit comprendre que beaucoup d’incertitude demeure. « La bonne nouvelle, c’est que les écoles spécialisées vont demeurer ouvertes pour nos élèves vulnérables », se réjouit-il néanmoins.

Des restaurants et des cinémas déçus

Propriétaire du Beaufort Bistro, à Montréal, Jean-François Girard aurait aimé voir plus de solutions pour les restaurateurs comme lui. « On aurait pu, par exemple, nous permettre d’accueillir 10 personnes de la même famille, par soir. C’est une mesure simple qui nous aurait donné un peu d’espoir et un peu d’air », dit-il.

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Jean-François Girard, propriétaire du Beaufort Bistro

Ça manque d’imagination et d’initiative. Pendant ce temps-là, on est découragés. C’est épouvantable, ce qui arrive.

Jean-François Girard, restaurateur montréalais

Le porte-parole de Restaurants Canada, David Lefebvre, se dit lui aussi attristé par cette fermeture prolongée. « C’est une déception. Ce qu’on aurait apprécié, c’est de pouvoir ouvrir partiellement pendant les Fêtes, avec des mesures strictes. On sait que les gens se réuniront quand même. Pourquoi ne pas offrir des lieux sécuritaires pour le faire ? », s’interroge-t-il. Au Québec, environ 2000 membres de l’association ont reçu une aide financière jusqu’ici. « Il y a eu des problèmes d’accès dans certaines MRC. On est à évaluer tout ça pour que tout le monde reçoive du soutien », ajoute M. Lefebvre.

Même son de cloche pour Denis Hurtubise, le président de l’Association des propriétaires de cinéma du Québec (APCQ). « On n’est pas un vecteur de transmission, partout en Amérique du Nord, donc c’est très difficile à absorber. On s’alignait pour une programmation québécoise du tonnerre », glisse-t-il.

M. Hurtubise dénonce le « manque flagrant de communication » du gouvernement depuis le début de la crise. « Tout ce qu’on reçoit, ce sont des accusés de réception. On voudrait un vrai dialogue. Si on continue à gérer comme ça, on va perdre des [acteurs] dans l’industrie », déplore-t-il.

Un équilibre « fragile », même à Sept-Îles

Sur la Côte-Nord, où on ne recense presqu’aucun cas actif actuellement, le maire de Sept-Îles, Réjean Porlier, ne compte pas baisser la garde pour autant. « Quand je regarde le Saguenay et le Bas-Saint-Laurent, je me dis que c’est très fragile comme équilibre. Moi, je trouve que le plan du gouvernement est très sage, même pour les régions les moins touchées », dit-il en entrevue avec La Presse.

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Réjean Porlier, maire de Sept-Îles

L’élu reconnaît néanmoins que le temps des Fêtes « est une période propice au relâchement », surtout quand le virus semble moins présent qu’ailleurs. « C’est souvent les petites choses simples qu’on nous demande de faire qu’on arrête en premier. On est tous sujets au relâchement. Il faut se rappeler ce qui se passe autour de nous. Personne n’a envie de basculer dans le rouge ici », martèle M. Porlier.

« On comprend tout ça. Ce n’est rien de simple pour le gouvernement de plaire à tout le monde. Il faut donc être résilients. Et ça tombe bien, parce que sur la Côte-Nord, on est habitués de devoir l’être », lance avec humour celui qui dirige la municipalité de 22 000 habitants depuis 2013.