Une nouvelle étude au Royaume-Uni démontre que les jeunes atteints de la COVID-19 peuvent présenter, plus de quatre mois après leur infection, des lésions à plusieurs organes comme le cœur, les poumons, les reins, le foie, le pancréas. Et ce, même s’ils étaient à faible risque de complications.

Alice Girard-Bossé Alice Girard-Bossé
La Presse

L’étude, menée auprès de 200 jeunes adultes et prépubliée sur la plateforme de recherche médicale MedRxiv, a observé une atteinte d’un organe chez 70 % des participants ayant des symptômes persistants de la COVID-19, et de deux organes ou plus chez 25 % d’entre eux.

« C’était vraiment une surprise d’observer des changements mesurables. Nous voulions plutôt montrer que les jeunes n’avaient aucun dommage », affirme Rajarshi Banerjee, médecin, directeur général de l’entreprise de biotechnologie Perspectum et coauteur de l’article.

Jusqu’à présent, la majeure partie de l’effort mondial pour réduire l’impact du coronavirus s’est concentrée sur les personnes à haut risque, notamment les gens âgés de plus de 70 ans et souffrant de maladies sous-jacentes. « Nous montrons maintenant que même chez les personnes à risque relativement faible présentant des symptômes persistants, il peut y avoir des atteintes d’au moins un organe. Ce sont des résultats inquiétants », mentionne Gosia Wamil, cardiologue au Royaume-Uni et coauteure de l’article.

Des symptômes persistants

Chez les patients qui souffrent d’une forme moins grave de la maladie, notamment les personnes de 18 à 34 ans, 35 % d’entre eux ont des symptômes qui persistent au-delà de deux ou trois semaines, indique Alex Carignan, médecin microbiologiste-infectiologue et chercheur à la faculté de médecine des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke.

« Les symptômes persistants les plus fréquents sont la fatigue, l’essoufflement, les douleurs articulaires et les douleurs à la poitrine », énumère le Dr Carignan. Chez les patients qui développent des formes plus graves de la maladie, il est possible qu’il y ait également des atteintes sur le plan cognitif et des difficultés de mémoire et de concentration.

Les symptômes des patients ne semblent pas être expliqués par des atteintes à des organes spécifiques. « Les symptômes persistants comme la fatigue et l’essoufflement sont associés à différentes atteintes aux organes qui varient d’un individu à l’autre », explique la Dre Wamil.

PHOTO FOURNIE PAR GOSIA WAMIL

Gosia Wamil, cardiologue au Royaume-Uni et coauteure de l’article

La suite

Le Dr Banerjee affirme que son équipe continuera de suivre les participants dans les mois à venir, afin d’observer comment les atteintes aux organes progressent. « On ne sait pas si les patients vont développer des défaillances plus graves ou s’ils vont guérir », dit Gosia Wamil.

La Dre Wamil explique qu’il est encore très difficile de traiter les personnes qui ont des symptômes chroniques, parce qu’il y a très peu d’études sur les effets du virus à long terme. « Il faut repenser la manière de distribuer les fonds pour la recherche. Il faut financer les études qui s’intéressent aux impacts à long terme de la COVID-19 », précise-t-elle.

Le DCarignan est du même avis. « Il ne faut pas négliger cette population jeune et en bonne santé qui a une maladie plus bénigne en apparence », conclut-il.