Si le bilan des morts a continué de s’alourdir mercredi au Québec, avec 35 décès supplémentaires liés à la COVID-19, le nombre d’infections, lui, semble repartir à la baisse depuis quelques jours. Des experts rappellent néanmoins que cette diminution doit être interprétée avec prudence, en particulier chez les plus jeunes, qui auront une incidence directe sur la transmission à l’approche des Fêtes.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Il faut vraiment attendre une semaine avant de s’avancer sur une diminution. Pour l’instant, on est plutôt sur un plateau très haut, qui varie plus à la hausse qu’à la baisse depuis les trois dernières semaines », analyse Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM).

Le Québec a enregistré 1179 nouvelles infections à l’échelle de la province mercredi. La veille, c’était 982. Cela dit, la moyenne sur sept jours surpasse encore les 1235 cas quotidiens.

Pour Mme Borgès Da Silva, la forte hausse que la province a subie dans les dernières semaines est attribuable à plusieurs facteurs, dont l’Halloween. « S’il y a eu des fêtes privées et beaucoup de croisement de personnes, même en extérieur, c’est sûr que ça a pu contribuer, d’autant plus que ça prend du temps pour découvrir, circonscrire et dépister chaque cas », soulève-t-elle.

D’autres éléments peuvent toutefois compléter cette explication, dont l’arrivée du temps froid qui force plus de gens à se rencontrer à l’intérieur. « On voit que l’observance des mesures redescend encore avec le temps. Les gens en ont assez de ne plus voir leurs amis et leur famille, ce qui se comprend », affirme la professeure, pour qui les problèmes de ventilation dans les écoles n’ont « sûrement pas aidé » à maîtriser la situation.

Situation préoccupante chez les jeunes

Pour l’épidémiologiste Hélène Carabin, la hausse de la mortalité est inquiétante, mais elle illustre surtout que le virus circule davantage dans les milieux de soins pour aînés. Plus de 90 % des 6710 personnes qui sont mortes jusqu’ici avaient 70 ans et plus. Depuis septembre, on recense plus de 300 décès dans les CHSLD seulement.

Il y a encore un problème dans les CHSLD. Oui, les cliniciens se débrouillent beaucoup mieux qu’avant, mais l’espérance de vie des résidants reste très courte, et le risque est réel.

Hélène Carabin, épidémiologiste

Le plus préoccupant, selon elle, est la situation des jeunes. Mercredi, La Presse traitait d’une nouvelle étude au Royaume-Uni démontrant que les jeunes atteints de la COVID-19 peuvent présenter, plus de quatre mois après leur infection, des lésions à plusieurs organes comme le cœur, les poumons, les reins, le foie ou le pancréas, même s’ils sont à faible risque de complications.

« Voir des jeunes qui peuvent se retrouver avec des conséquences pour le restant de leur vie, c’est très inquiétant. Il faut d’autant plus insister auprès d’eux. Les jeunes ne sont pas invulnérables », ajoute celle qui est aussi professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Si le nombre de complications chroniques venait à augmenter chez les plus jeunes, la situation pourrait être fragilisée, ajoute l’épidémiologiste. « Ça voudrait dire moins de place pour les autres pour se faire traiter. C’est toujours une question de volume », conclut-elle.

L’état de la situation

Des 35 décès qui se sont ajoutés au bilan mercredi, 11 d’entre eux sont survenus en Montérégie, qui enregistre 133 nouvelles infections.

Les régions de la Capitale-Nationale et de Lanaudière recensent aussi cinq morts de plus, suivies de Chaudière-Appalaches et des Laurentides avec trois. La Mauricie, Montréal et l’Outaouais ajoutent aussi deux décès. Un décès est survenu au Saguenay–Lac-Saint-Jean et un dernier en Gaspésie. Mardi, on avait enregistré 24 nouveaux décès au Québec. Au total, 127 233 Québécois ont maintenant contracté le virus.

Chaque décès est un décès de trop. C’est en limitant nos contacts que nous parviendrons à diminuer le nombre de cas et ainsi à éviter des décès.

Christian Dubé, ministre de la Santé

Le nombre d’admissions à l’hôpital, lui, continue d’augmenter, mais à un rythme moins effréné : le Québec enregistre une hausse de 14 hospitalisations, pour un total de 652 patients, dont 100 se trouvent aux soins intensifs. Mardi, les autorités avaient enregistré une hausse marquée de 47 nouvelles hospitalisations.

Plusieurs régions demeurent en état de vigilance alors que le nombre croissant d’infections inquiète la Santé publique. C’est le cas du Saguenay–Lac-Saint-Jean, où on a recensé mercredi 167 cas déclarés, un chiffre en forte hausse par rapport à la veille. Mardi, le premier ministre François Legault avait lancé un « appel spécial » aux habitants de cette région, afin que ceux-ci fassent un effort supplémentaire pour aplatir la courbe. « Il faut donner un coup de barre », a-t-il dit, en rappelant que la Capitale-Nationale, où on a enregistré 84 infections mercredi, l’avait fait avec succès.

Montréal semble demeurer sur un plateau, avec 280 cas déclarés en plus. Il s’agit d’une proportion assez stable quand on la compare aux 285 et 267 infections enregistrées lundi et mardi. Le même phénomène s’observe à Laval, qui ajoute 62 cas.

Dans les Laurentides, 52 infections sont recensées, contre 20 la veille, alors qu’en Mauricie, le nombre de cas a plus que doublé pour atteindre 85. Chaudière-Appalaches enregistre de son côté 65 nouveaux cas. Pendant ce temps, des baisses quotidiennes s’observent dans Lanaudière et en Estrie, notamment.

Un confinement au Nunavut

La situation du territoire du Nunavut inquiète aussi de plus en plus les autorités. On y compte maintenant une soixantaine de cas de COVID-19, dont tout près de 50 dans le seul village d’Arviat, situé sur la rive de la baie d’Hudson. Le Nunavut entrera mercredi en confinement pour circonscrire le risque de transmission communautaire. Les commerces non essentiels et les écoles seront fermés.

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