Pfizer demandera « dans les prochains jours » une autorisation d’urgence pour son vaccin contre la COVID-19. Le géant pharmaceutique a dévoilé mercredi de nouvelles données sur l’efficacité du vaccin, qui semble fonctionner chez les personnes âgées. Le défi est maintenant de produire assez de doses pour tous.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Deux objectifs atteints

Pfizer avait déjà annoncé, le 9 novembre, que son vaccin était efficace à 90 %. Le nouveau calcul porte l’efficacité à 95 % : 162 cas de COVID-19 ont été décelés dans le groupe témoin, à qui on avait injecté un placebo, et non pas le vaccin, contre 8 seulement dans le groupe ayant reçu le vaccin. Les autorités réglementaires américaines (FDA) exigent pour une autorisation d’urgence un minimum de cinq cas graves. Pfizer en a recensé 11, dont 10 dans le groupe témoin (91 %). L’autre exigence de la FDA était un suivi de sécurité de deux mois, après la deuxième injection, pour la moitié des participants de l’essai clinique de phase III (43 661 personnes, dont 41 135 ayant reçu les deux doses du vaccin mis au point par Pfizer et la société de biotechnologie allemande BioNTech).

Efficace chez les personnes âgées

Contrairement à Moderna, qui a dévoilé lundi les résultats de phase III de son vaccin COVID-19, Pfizer a dévoilé des résultats d’efficacité pour les personnes âgées : 94 % chez les plus de 65 ans. « Ça semble aussi bien marcher chez les personnes âgées, malgré le vieillissement de leur système immunitaire », explique Melissa Andrew, de l’Université Dalhousie à Halifax, qui signe jeudi matin dans le Lancet un commentaire sur une autre étude. Cette dernière étude porte sur la phase II des essais cliniques d’un vaccin mis au point par l’Université d’Oxford et la société AstraZeneca. « On a trouvé une réaction immunitaire aussi forte, sinon plus, chez les personnes âgées », dit Mme Andrew. Elle note toutefois que l’efficacité pourrait être moins grande chez les personnes âgées « fragiles ». Une personne sur quatre dans l’essai clinique de Pfizer avait plus de 55 ans.

Déjà en production

Tant Pfizer que Moderna ont déjà commencé à produire leur vaccin, même s’il n’est pas approuvé, pour pouvoir en distribuer dès 2020, selon un récent documentaire de l’émission 60 Minutes de CBS. Le PDG de Pfizer, Albert Bourla, a indiqué au New York Times que la moitié des 50 millions de doses qui seront livrées avant janvier iraient aux États-Unis et l’autre moitié à d’autres pays. Mais Christina Antoniou, de Pfizer, a indiqué que la livraison de 76 millions de doses au Canada aurait lieu « au cours de l’année 2021 ». Pfizer produit le vaccin dans trois usines aux États-Unis, à St. Louis, à Andover, au Massachusetts, et à Kalamazoo, au Michigan. Il en produit aussi à Puurs, en Belgique, mais ajoutera d’autres usines à la chaîne de production.

Les groupes prioritaires

Le documentaire de 60 Minutes rapportait que la responsable de la vaccination au New Jersey estimait que 70 % des adultes seraient vaccinés dans les six premiers mois. Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) des États-Unis estiment que les groupes prioritaires (travailleurs de la santé et essentiels, personnes âgées et malades) représentent 60 % de la population adulte. L’Institut national de santé publique du Québec vise la publication d’une séquence de vaccination des groupes prioritaires d’ici décembre. Fin septembre, le Royaume-Uni a publié ses recommandations de priorisation : tout d’abord les résidants et les travailleurs des maisons de retraite, puis les plus de 80 ans et les travailleurs de la santé, et ensuite les personnes âgées par tranches d’âge de cinq ans ; les personnes vulnérables aux complications de la COVID-19, par exemple les immunosupprimés, ne seraient vaccinées qu’après la fin de la vaccination des 65-70 ans.

15 jours dans une boîte

Pfizer a aussi dévoilé mercredi que son vaccin pourrait être conservé deux semaines dans une boîte spécialement conçue, qui pourra être régulièrement remplie de glace sèche. Cette boîte sera munie d’un thermomètre relié à une borne GPS. Le vaccin pourrait aussi être conservé six mois dans un congélateur à - 70 °C, et une semaine dans un réfrigérateur, contre un mois pour le vaccin de Moderna au réfrigérateur.

L’A B C de l’ARN

Les vaccins de Moderna et de Pfizer utilisent une nouvelle technologie appelée « vaccin ARN ». Il s’agit de molécules synthétiques contenant de l’information génétique, similaires à l’ADN, qui produisent des protéines du SARS-CoV-2, le coronavirus responsable de la COVID-19. Ces molécules d’ARN, quand elles sont injectées dans le vaccin, produisent ces protéines coronavirales pour susciter une réponse du système immunitaire. Ils proposent les premiers vaccins ARN produits à grande échelle. Une autre nouvelle technologie utilisée par d’autres vaccins COVID-19, comme celui de l’Université d’Oxford et d’AstraZeneca, utilise des virus inoffensifs modifiés pour produire des protéines coronavirales dans le corps humain.

Efficacité réelle contre efficacité clinique

L’efficacité des vaccins contre la COVID-19 risque d’être moins grande dans les faits. L’efficacité des vaccins grippaux, entre 29 % et 48 % depuis cinq ans, est basée sur la différence des infections entre les gens qui ont reçu le vaccin et ceux qui ne l’ont pas reçu. Cette efficacité populationnelle (effectiveness en anglais) est généralement moins grande que l’efficacité (efficacy) mesurée dans les essais cliniques en comparant les groupes témoin (ayant reçu un placebo) et vaccinal, selon Nicholas Brousseau, de l’Institut national de santé publique. « Dans la vraie vie, on donne le vaccin à des gens qui sont en moins bonne santé », explique le Dr Brousseau. Mais la Dre Andrew, de Dalhousie, pense que l’efficacité populationnelle des vaccins COVID-19 sera beaucoup plus grande que les vaccins grippaux, parce que dans les essais cliniques de ces vaccins grippaux, l’efficacité (efficacy) n’était jamais supérieure à 70 % ou 75 %.

En chiffres

Pfizer a recruté 42 % de ses candidats issus de minorités pour s’assurer de l’efficacité du virus, peu importe l’origine ethnique des participants.

4,5 % des participants de l’essai clinique du vaccin COVID-19 de Pfizer/BioNTech sont asiatiques

10 % des participants de l’essai clinique du vaccin COVID-19 de Pfizer/BioNTech sont noirs

26 % des participants de l’essai clinique du vaccin COVID-19 de Pfizer/BioNTech sont latino-américains

0,8 % des participants de l’essai clinique du vaccin COVID-19 de Pfizer/BioNTech sont amérindiens

Source : Pfizer