François Legault a chaudement conseillé aux Québécois cette semaine de « monter le sapin » pour se remonter le moral en ces temps éprouvants. Mais ce divertissement est non seulement déconseillé dans les CHSLD et les hôpitaux de l’Estrie, il est également interdit, une décision dénoncée par plusieurs groupes d’aînés.

Véronique Lauzon
Véronique Lauzon La Presse

Une note de service envoyée à tous les gestionnaires et les médecins du CIUSSS de l’Estrie à la fin d’octobre, obtenue par La Presse, précise qu’aucun déguisement, aucun plat de friandises à partager et autres gâteries ne seront tolérés dans les bâtiments publics pour les périodes de l’Halloween et des Fêtes.

Signé par la coordonnatrice à la qualité et la sécurité des soins du CIUSSS de l’Estrie – CHUS, Julie Gladu, ce document daté du 22 octobre stipule qu’« aucune décoration n’est acceptée dans les espaces dédiés aux usagers et visiteurs (incluant les chambres des résidents) ni dans les lieux réservés au personnel ».

Ces mesures, qui ont donc été respectées pour l’Halloween, touchent entre autres les CHSLD et les lieux où des soins sont offerts, comme les hôpitaux, de même que les édifices administratifs. Notons que ces interdictions ne s’appuient sur aucun avis de l’Institut national de santé publique du Québec, dont l’opinion est régulièrement sollicitée par les instances gouvernementales depuis le début de la crise sanitaire.

L’organisme n’a transmis aucune recommandation concernant les décorations dans les établissements de santé, a fait savoir la porte-parole Nathalie Labonté. Pourquoi les avoir interdites jusqu’à nouvel ordre, dans ce cas ? Mme Gladu explique, dans sa note de service, que « ces consignes ont pour but de diminuer les vecteurs et de permettre la désinfection des surfaces fréquemment touchées ».

Il y a d’ailleurs une exception pour les « petites décorations », ajoute-t-elle. Elles sont tolérées à la condition qu’elles soient installées au plafond, puisqu’ainsi, elles sont « hors de portée des usagers ».

Décision dénoncée

Ces interdictions mettent en furie des groupes d’aînés. « Avec l’isolement et tout ce que les gens ont vécu dans nos établissements hospitaliers, on trouve ça inhumain de ne pas permettre l’affichage de décorations de Noël, si elles respectent les normes de la Santé publique », a tonné Pierre Lynch, président de l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées.

Le président du Regroupement québécois des résidences pour aînés, Yves Desjardins, s’est dit en « furie » lorsque La Presse lui a parlé du document du CIUSSS de l’Estrie – CHUS. « Ça va faire ! », a-t-il lancé.

Il espère sincèrement que les directives seront révisées et que les résidants des CHSLD pourront avoir les décorations qu’ils souhaitent dans leur chambre.

Le CIUSSS de l’Estrie – CHUS a décliné une demande d’entrevue de La Presse. Mais sa porte-parole, Geneviève Lemay, a fait savoir vendredi après-midi que ces mesures annoncées seraient peut-être « révisées » la semaine prochaine.

Notons que le 2 novembre dernier, la chef de service des loisirs en CHSLD au CIUSSS de l’Estrie – CHUS, Josée Lévesque, a accordé une entrevue à ce sujet au quotidien La Tribune, durant laquelle elle a clairement dit que les aînés ne seraient pas entourés de décorations pendant le temps des Fêtes. « Les décorations accrochées au plafond, qui ne sont pas accessibles par les usagers, sont acceptées », a-t-elle expliqué.

Certains techniciens en loisir pourraient également « coller des décorations de sapin sur des murs, recouverts par des sortes de plexiglas », a-t-elle spécifié.

Dangereuses, les décorations ?

Est-ce que les décorations peuvent réellement permettre à la COVID-19 de se propager plus rapidement ? L’experte en santé publique Roxane Borgès Da Silva affirme que le risque est faible et que les autorités auraient davantage intérêt à les permettre, surtout pour les aînés.

« Nous ne savons toujours pas combien de temps le virus survit sur les surfaces et dans l’air. Donc, comme dans tous les contextes, on peut appliquer le principe de précautions maximum. C’est-à-dire de ne rien autoriser, comme ce CIUSSS de l’Estrie », dit la professeure de l’Université de Montréal.

On est dans le flou, il y a des risques, on ne connaît pas l’ampleur des risques, mais sur les décorations de Noël, je crois que le risque est assez faible.

Roxane Borgès Da Silva, experte en santé publique et professeure de l’Université de Montréal

Mme Borgès Da Silva conclut que si, personnellement, elle était à la tête d’un établissement de santé ou d’un CHSLD, elle encouragerait les décorations de Noël pour la santé mentale des résidants et des patients. « Je ne vois pas comment un bonhomme de Noël sur une fenêtre ou de petites boules de Noël dans une chambre peuvent poser un enjeu. »

D’ailleurs, questionnés à ce sujet, les CIUSSS de la Capitale-Nationale, du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal et le CISSS de Laval ont affirmé que les décorations étaient acceptées sur leur territoire.

« Nous allons décorer nos installations pour mettre de la joie dans la vie de nos usagers », a indiqué Judith Goudreau, du CISSS de Laval. « Il faudrait bien sûr respecter toutes les mesures de prévention et de contrôle des infections, ce qui veut dire, par exemple, que les décorations seront mises derrière une surface lavable, des lumières de couleur pourront être installées, etc. »

Toujours à Laval, Pierre Lynch, aussi président du comité des usagers du CISSS de Laval, a même affirmé qu’il n’y avait aucune restriction dans les chambres des patients, où les résidants peuvent installer un sapin, par exemple.