Malgré ce qu’a prétendu François Legault cette semaine en ne faisant référence qu’aux chiffres bruts d’une seule journée, la situation de la COVID-19 au Québec n’est pas plus reluisante que celle de l’Ontario, ni que celle de la Colombie-Britannique.

Louise Leduc
Louise Leduc La Presse

Mardi, en conférence de presse, le premier ministre québécois a déclaré qu’« aujourd’hui, il y a[vait] plus de cas en Ontario qu’au Québec. On voit qu’en Colombie-Britannique aussi, c’est difficile ».

En fait, mardi, jour de la conférence de presse, l’Ontario rapportait un nombre record de nouveaux cas, soit 1388, tandis que le Québec recensait 1162 nouveaux cas.

C’était là le portrait de cette seule journée. Au cours des sept derniers jours, l’Ontario a enregistré 8078 nouveaux cas et le Québec, 8262.

Mais ces chiffres bruts traduisent mal la réalité, dans la mesure où la population ontarienne est de 14,7 millions et celle du Québec, de 8,6 millions.

Ainsi, si l’on regarde le nombre de nouveaux cas par 100 000 habitants au cours des sept derniers jours, en date du 10 novembre, il se situait à 97 au Québec, à 55 en Ontario et à 68 en Colombie-Britannique.

Certes, l’Ontario effectue beaucoup plus de tests ces temps-ci, mais le portrait dans les hôpitaux ne trompe pas.

Mardi, l’Ontario a rapporté que 424 personnes étaient hospitalisées sur son territoire. Le même jour, le Québec en a rapporté 534, encore une fois pour une population nettement moindre que la province voisine.

Bref, si l’Ontario connaît aussi des moments difficiles, la situation au Québec continue d’être plus inquiétante à l’heure actuelle.

Simon Thibault, professeur de science politique à l’Université de Montréal, commence par souligner la difficulté pour le gouvernement de faire face à un barrage de questions à répétition, particulièrement dans un contexte « où il y a essoufflement collectif et où le gouvernement veut donner de l’espoir aux citoyens ».

Il y a alors danger d’y aller d’un « jeu risqué », à savoir de tomber « dans les comparaisons hasardeuses qui peuvent nourrir le discours des complotistes ».

Chose certaine, dit-il, « ce n’est pas un travail facile », mais il faut viser d’y aller franc jeu, à son avis, à défaut de quoi on peut avoir à ramer longtemps.

M. Thibault cite par exemple la question du port du masque, sur laquelle le « Dr Arruda a donné des signaux contradictoires » au départ par souci de donner la priorité au personnel de la santé alors qu’il y avait risque de pénurie.

Ensuite, la Santé publique a dû ramer beaucoup pour justifier sa volte-face et pour convaincre la population du bien-fondé du port du masque.

Par sa comparaison boiteuse avec l’Ontario, François Legault a-t-il eu un petit moment d’inattention en brossant un portrait si partiel ? À son bureau, mercredi, on a assuré que non et qu’il n’avait fait référence qu’aux chiffres bruts d’une journée donnée.