Ottawa a annoncé mardi avoir réservé 56 millions de doses du vaccin de Pfizer et BioNTech, en plus des 20 millions qui l’étaient déjà. Un vaccin porteur de l’espoir d’une accalmie de la pandémie, mais qui présente un défi de taille quant à sa distribution, puisqu’il doit être conservé à -70 degrés Celsius.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Une source gouvernementale a confirmé à La Presse que ces doses supplémentaires, combinées aux 20 millions de doses déjà sécurisées auprès de ces deux sociétés pharmaceutiques grâce à une entente signée en août, permettraient d’offrir un vaccin à l’ensemble de la population canadienne dans les mois qui suivront son approbation.

Le Canada compte près de 38 millions d’habitants. Le vaccin développé par Pfizer et BioNTech, qui est efficace à 90 % selon des données dévoilées lundi, nécessite deux doses, lesquelles doivent être administrées à trois semaines d’intervalle. Les 76 millions de doses couvriraient donc toute la population canadienne.

Soixante congélateurs

L’administration du vaccin présentera un défi de taille. Ces vaccins contre la COVID-19 doivent être entreposés à une température beaucoup plus basse que d’habitude, soit -70 degrés Celsius. Cela pourrait limiter le nombre de cliniques de vaccination qui seront accessibles à la population.

« Il n’y a aucun frigo qui descend à -70 ou -80 degrés Celsius sur les lieux habituels de vaccination », explique Maryse Guay, spécialiste de la question à l’Université de Sherbrooke et au Centre de recherche de l’hôpital Charles-Lemoyne. « Il va falloir se revirer sur un 10 cents. » Habituellement, les vaccins sont conservés entre 2 et 8 degrés Celsius.

En point de presse mardi, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a abordé la question. « On a une soixantaine de congélateurs qui ont été achetés pour qu’ils puissent être déplacés aux bons endroits, au bon moment », a dit M. Dubé.

La difficulté logistique ne compliquera pas la vaccination des groupes prioritaires comme les travailleurs de la santé et les personnes âgées, selon Don Sheppard, directeur de l’Initiative interdisciplinaire en infection et immunité de McGill (MI4). « Mais pour la vaccination de masse, c’est plus compliqué, dit le DSheppard. Au CUSM, par exemple, il doit y avoir une douzaine de congélateurs capables de ce type de température en clinique, et entre 30 et 50 en recherche. Mais on fait quoi avec les choses qu’on met dedans actuellement ? »

PHOTO FOURNIE PAR PFIZER

La boîte AeroSafe mise au point par Pfizer pour transporter le vaccin contre la COVID-19.

Pfizer a mis au point des boîtes remplies de glace sèche avec un GPS connecté à des thermomètres, dans lesquelles les vaccins seront envoyés partout dans le monde depuis les usines de Puurs, en Belgique, et de Kalamazoo, au Michigan. En entrevue avec Reuters lundi, le PDG de BioNTech, Ugur Sahin, a affirmé que le vaccin peut être conservé cinq jours dans un réfrigérateur normal.

Tests rapides

À Ottawa, Justin Trudeau a également annoncé mardi que Santé Canada a approuvé un autre outil de dépistage rapide, le BD Veritor, un appareil portatif qui peut effectuer un test en un peu plus de 15 minutes.

Le Canada a conclu une entente pour obtenir 7,6 millions de ces tests au total, avec la livraison des premiers millions prévue d’ici la fin de novembre. Le BD Veritor est le deuxième test antigénique rapide dont le Canada fait l’acquisition, après le test Panbio d’Abbott. À ce jour, le gouvernement fédéral a fourni plus de 3,3 millions de tests de dépistage rapide aux provinces et aux territoires.

Relâchement en Ontario

Se disant fort inquiet de la hausse du nombre de cas de COVID-19 dans de nombreuses régions du pays, le premier ministre Justin Trudeau a affirmé durant une conférence de presse qu’il ne faut pas céder à la pression de rouvrir certains pans de l’économie. « J’implore les premiers ministres et les maires à faire la bonne chose : agissez maintenant pour protéger la santé publique », a dit M. Trudeau.

Le premier ministre n’a toutefois pas voulu dire quelles mesures précises devraient prendre les provinces pour maîtriser la pandémie. Il a aussi de nouveau écarté l’idée d’invoquer la Loi sur les mesures d’urgence pour imposer des règles plus strictes.

Le premier ministre a dit comprendre ceux qui s’inquiètent du ralentissement économique. Mais il a fait valoir qu’il est impossible de relancer pleinement l’économie sans d’abord vaincre la COVID-19.

Au cours des derniers jours, l’Ontario a allégé les restrictions dans ses zones les plus touchées par la pandémie, tandis qu’en Alberta, des voix s’élèvent de plus en plus pour exhorter Jason Kenney à faire de l’économie la priorité plutôt que la santé de ses citoyens.